Islam(s) au pluriel singulier !

Amine Zaoui

Tout musulman ou simplement celui qui vit dans un pays musulman est condamné de vivre en otage d’un côté par la charia et de l’autre par les ulémas. La charia islamique est une violence intellectuelle.
Une violation de la vie privée. Une répression culturelle contre le sens de la citoyenneté participative. Et pourtant, cette charia hégémonique n’est que des interprétations temporelles des textes sacrées, n’est que des lectures controversées réalisées par des gens, par des êtres humains. Des intellectuels. Des gens qui par le temps qui passe et l’ignorance qui s’installe se sont métamorphosés en dieux, et ou en prophètes. Ces interprétations contestées qui composent le corpus de la charia ont été dictées par les pouvoirs islamiques successifs avec tout ce qu’ils avaient de conflictuels et de différends.
Le seul dominateur commun entre eux, entre ces pouvoirs, c’est qu’ils étaient tous des tortionnaires et des bouchers. Cela a commencé depuis la mise en terre du Prophète en 632.
Un enterrement précipité et intrigué. Par la subordination de la charia à la politique, la dépendance des ulémas aux politiciens, le musulman se trouve ceinturé par un tas de textes religieux contradictoires et opposés. Désorienté. Déboussolé. Le musulman, otage de la charia, vit en déconnexion permanente avec son entourage universel. De ce fait, la charia est l’ennemi de tout ce qui est féminin. De tout ce qui est beau. Ennemi de la vie. Ennemi de la création. Ennemi de la pensée libre.
D’abord, les Ulémas ont violé et ont volé ce nom de «âlim» qui signifie en arabe «savant» «homme de sciences» «scientifique». Ils ont enfilé une fausse appellation. Ils ont usurpé d’un faux nom, une fausse identité.
En réalité, les Ulémas musulmans n’ont rien de «science» ni de «scientifique». Universellement un âlim, c'est-à-dire un «savant», est celui qui arrive à inventer quelque chose pour l’humanité : en médecine, en mathématique, en physique, en biologie, en nucléaire…
Un savant ou un âlim c’est un Einstein, un Pasteur, Pierre et Marie Curie, Thalès, Newton, un Mark Zuckerberg … Les ulémas (les savants musulmans) à l’image de Abou Houraira, El Boukhari, Mouslim, Qaradaoui, Ghazali, Chaâraoui, Aidh Al Qarni… tout ce monde n’a aucun rapport avec le concept «âlim» ou avec «el îlm» la science. Ils sont des moulins de la rhétorique. Déboussolé, les musulmans vivent leur religion sur des niveaux différents :
1- Les hommes de la science, la vraie science, les savants à l’image d’Ibn El Haïthem, Arrazi, Ibn Sina.. ont vécu l’islam en questionnement continuel, entre adoration et athéisme. Entre l’Histoire et le mythe. Entre doute et foi. Cette gente scientifique et philosophique éclairée a été souvent menacée, malmenée, assassinée, exilée, maudite par les ulémas de la charia. À travers l’histoire musulmane cette gent a vécu les atrocités et l’amertume.
2- Les soufis, à l’image des savants, ont vécu l’islam sur un autre registre, une autre approche spirituelle et humaniste. Ils ont bouleversé le discours sclérose des ulémas orthodoxes. Eux aussi, les soufis, étaient souvent menacés et frappés par l’expiation et l’anathème. La religion soufie est universelle, plus vaste qu’une religion telle l’islam ou le judaïsme ou le christianisme. Le cabalisme n’est que vision soufie de la religion, une adoration absolue de la divinité absolue.
3- Les feqihs orthodoxes vivent la religion à leur guise, plutôt aux chuchotements et aux commandements des politiciens ou politistes. Ils sont les vendeurs à la criée de la religion. La religion n’est qu’une «chose» commercialisée et commerciale et commerciable. Mais le pire dans la société islamisée, c’est que seule la voix du feqih est écoutée, et suivie à l’aveuglette.
Hégémonique. La religion des feqihs est subordonnée aux politiques, et la religion du pouvoir politique est saisonnière.
4- Les politiques eux aussi vivent l’islam à leur manière ; la religion politique ne peut vivre ni survivre sans celle des feqihs.
5- Dans une société islamisée, prise en otage par les feqihs orthodoxes, la société vit et pratique son islam dans l’hypocrisie et en hypocrisie. On viole les femmes au nom du mariage. On insulte le créateur artiste. On jeûne la journée et on fume le haschich après l’appel à el iftar. Dans les mosquées qui poussent dans tous les coins de la rue, les croyants volent les chaussures des autres croyants. On triche, en échangeant la monnaie nationale, le dinar, contre l’euro ou le dollar, au noir, au Square, afin d’accomplir le pèlerinage ou la omra !
La charia a vidé l’islam de sa spiritualité. Elle a donné la religion aux politistes et aux marchands.

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr