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chronique / ACTUALITÉS

La littérature algérienne d’expression française est une mémoire positive commune !


Ces jours-ci, on parle beaucoup de la mémoire, en Algérie. On a même créé  une chaîne de télévision gouvernementale appelée “La Mémoire” (Adhaqira). Tous les débats polémiques, sages ou scientifiques, en Algérie comme en France, autour de la question de la mémoire ont été déclenchés suite au rapport présenté au président Emmanuel Macron par l’historien Benjamin Stora, le 20 janvier 2021. Il n’y a pas de mémoire historique pure pour une nation pure. La mémoire est toujours au pluriel. Un acquis composé. Un passé composé. Toute mémoire est nécessairement traversée par d’autres mémoires. Il y a des mémoires communes faites dans la violence des guerres, d’autres dans la cohabitation ethnique, d’autres dans la concurrence économique, d’autres dans la littérature et les langues. Qui parmi nous n’a pas aimé Nedjma de Kateb Yacine, La Colline oubliée de Mouloud Mammeri, La Grande Maison de Mohammed Dib, La Soif d’Assia Djebar, Le Fils du pauvre de Mouloud Feraoun, Je t’offrirai une gazelle de Malek Haddad, Le Grain dans la meule de Malek Ouary, Le Muezzin de Mourad Bourboune et d’autres chefs-d’œuvre de la première génération de littérateurs algériens d’expression française ou de graphie française ? Bien que cette belle littérature soit écrite en français, elle a porté majestueusement l’image d’une Algérie qui menait avec bravoure une guerre armée et un combat politique contre la France coloniale.

Le français pour ces écrivains n’est pas la langue du colonisateur, mais une arme pour combattre le colonialisme. Elle est avant tout la langue de Voltaire, de Rimbaud, de Zola, de Rousseau, de Pascal, de Paul Éluard, de Sartre, de Simone Veil, de Proust, de Simone de Beauvoir, de Malraux, d’Aragon, d’Elsa Triolet, de Char… La langue française qui, aux côtés d’autres langues, avec d’autres langues, avait participé à la création du nouveau monde. Elle est la maison de la belle littérature et de la pensée philosophique. Le français est aussi la langue de cette élite qui a milité sans relâche pour l’indépendance de l’Algérie en s’engageant dans les rangs de la révolution algérienne : Sartre, Francis Jeanson, Audin, Beauvoir, Halimi, le réseau des porteurs de valise… Pour reconstituer la mémoire algérienne avec toutes ses dimensions, il faut libérer l’Algérien du complexe de la langue française. Il faut que l’Algérien se libère de cette image qui présente le français comme la main sale des colonialistes et la rendre à la main noble d’une élite éclairée.

Celle qui constitue un véritable capital d’amis pour l’Algérie indépendante.  Qui parmi nous n’a pas apprécié La Répudiation de Rachid Boudjedra, Les Chercheurs d’os de Tahar Djaout, Le Fleuve détourné de Rachid Mimouni, Le Soleil sous le tamis de Rabah Belamri, La Chrysalide d’Aïcha Lemsine et d’autres textes de cette deuxième génération littéraire qui a interrogé sans concession l’Algérie indépendante ? Une indépendance longtemps rêvée par les révolutionnaires mais restée infinie. Elle demeure dans le rêve. Comme un rêve ! Certes, l’hymne national et le drapeau sont la fierté et le symbole d’une nation. Mais l’indépendance n’est pas le fait de planter librement et avec allégresse le drapeau national sur la terrasse d’un immeuble ou sur le balcon d’une institution ! L’indépendance ne s’arrête pas au bord de l’hymne national Qassamane entonné avec jubilation dans la rue ou dans la cour d’une école, elle est un projet sociopolitique qui mène le pays vers la modernité, dans la cour des grands. L’indépendance a besoin d’un projet de société moderne, juste et égalitaire. Un projet sociopolitique capable de créer la rupture avec les colonialismes, les despotes, les injustices. En Algérie, l’écriture littéraire en français continue avec brio.

La lecture en français continue avec engouement. Mais la haine-passion envers le français continue, comme un complexe historico-psychique qui demande analyse avec audace intellectuelle et politique. Et c’est le rôle et le devoir des intellectuels et des universitaires libres. Nous sommes appelés à dépasser l’étape de décoloniser l’Histoire à une autre étape, celle de “décomplexer l’Histoire”. Et pour arriver à “décomplexer l’Histoire”, il faut décoder la mémoire positive commune. Les écrivains algériens d’expression française, depuis Zohra la femme du mineur, roman d’Abdelkader Hadj Hamou publié en 1925, ou Mektoub paru en 1929 et Myriem dans les palmes roman publié en 1930 de Mohamed Ould Cheikh… en passant par la génération littéraire de la Seconde Guerre mondiale, ont pu créer un capital d’amis intellectuels français appartenant à la gauche ou aux tendances des libéraux, en Algérie comme dans l’Hexagone.

Dès la publication de leurs premiers romans, ils se sont trouvés entourés, encouragés et accompagnés par un important capital d’intellectuels français rangés du côté de la cause algérienne. Des maisons d’édition françaises renommées ont ouvert leurs portes et leurs répertoires aux écrivains algériens engagés pour l’indépendance, à l’image de Mohammed Dib, de Kateb Yacine, de Mouloud Mammeri, de Mouloud Feraoun, de Malek Haddad, d’Assia Djebar, de Jean Amrouche… La littérature algérienne d’expression française est une mémoire positive commune qui a voyagé dans le monde pour présenter une Algérie rêvée. 

 

 

A. Z.
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