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chronique / ACTUALITÉS

Les dernières correspondances de Mohamed Choukri

Amine Zaoui

Mohamed Choukri est un écrivain sans pair. Rebelle ! Insoumis ! Indomptable ! Et il est doux ! L‘héritier d’une grande tradition littéraire populaire courageuse. Il est le premier, aux côtés de l’écrivain tunisien Ali Douadji, qui a ouvert la littérature maghrébine de langue arabe sur la liberté individuelle. Il l’a placée sous un imaginaire loin des clichés. Libérée de la parole préfabriquée. Mohamed Choukri a affranchi le texte romanesque de la rhétorique descriptive orientale. Il a su comment habiter le roman maghrébin écrit en arabe dans les choses du cœur et du corps. Un écrivain entre le populaire et l’élitisme.
Son premier roman Le pain nu fut un texte oral. Il l’a raconté d’abord, dans sa langue maternelle, le maghrebi.
Le pain nu a été publié, traduit en anglais et en français avant d’être édité dans sa langue d’origine. Mohamed Choukri menait une vie de gitan. Un brigand moderne ! Saâlouq. Seul, à Tanger, sur la terrasse d’un immeuble, il écoulait ses jours en compagnie de son chien, de la musique et des livres.
Il est l’écrivain qui a participé à la fabrication d’un mythe appelé Tanger. Il n’y a pas de Tanger sans Mohamed Choukri. Il est le gardien spirituel de cette ville. Le saint patron !
Dans les lettres de correspondance échangées entre Mohamed Choukri et son ami l’écrivain et universitaire Mohamed Berrada, de 1974 jusqu’à 1994, éditées dans un volume aux éditions (Akhbar El Yawm, Le Caire) sous le titre de Roses et cendres (wardoun wa ramad), on y trouve l’image d’un Mohamed Choukri pétri de son quotidien dans toutes ses facettes. Mohamed Choukri le correspondant ne trahit pas l’écrivain littéraire. Les lettres de Choukri confirment son image véhiculée dans l’espace littéraire et médiatique, celle d’un intellectuel qui vibre philosophiquement avec son temps. Des lettres courtes concises qui dessinent toutes les préoccupations, les folies, les rêves et les déceptions de l’écrivain sans retouches et sans hypocrisie. À travers ces lettres, on retrouve Mohamed Choukri l’enfant terrible, mais aussi l’écrivain habité par l’angoisse de l’écriture et l’angoisse du monde qui l’entoure. Comme dans ces textes littéraires, romans et nouvelles, ses correspondances avec Mohamed Berrada présentent la vie nue, sans masque aucun, dans toute sa férocité et avec toute sa beauté : les bars, les femmes, le chien, les crédits, les amis, la lecture, les voyages, les journalistes, la musique, les escaliers, la maladie, la fatigue, les traducteurs, l’argent, l’amitié, la fidélité… Tout cela est dit dans un langage poétique, populaire, spontané et crédible. Il dit sa vie de brigand libre et libéré ! Il l’écrit, la présente avec amour, bonheur et un goût d’amertume. Il croque la pomme de la vie à pleines dents ! Mais dans ces correspondances, le lecteur se trouve aussi devant un débat très profond, entre deux grands écrivains Mohamed Choukri et Mohamed Berrada. Un débat autour de la chose littéraire, tantôt sur un ton d’humour tantôt sur un ton de réflexions philosophiques et politiques. Sur la notion de l’écriture, de la langue, de l’engagement, le rôle de la critique.
Les lettres de Mohamed Choukri sont un prolongement naturel de ses textes littéraires, nouvelles et romans.
Ces correspondances mettent de la lumière sur les textes romanesques de Mohamed Choukri : la manière de construire une nouvelle, comment monter les personnages d’un roman, le rapport à la langue, le regard de l’autre, sur l’autre.
Roses et cendres (correspondances entre Mohamed Choukri et Mohamed Berrada) est l’un des derniers livres dans l’art des lettres échangées entre les écrivains. Cet art est en voie d’extinction.

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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