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chronique / ACTUALITÉS

Les hauts décideurs politiques et le roman subversif !


Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, on voit un président européen écouter pieusement un écrivain présentant une fable de La Fontaine. En regardant cette scène, je me suis dit : y a-t-il parmi nos hauts décideurs un “liseur” de roman, de la bonne littérature, un “écouteur” de la voix de l’écrivain sage contestataire ? Aux yeux de nos décideurs politiques, lire un roman, écouter un écrivain n’est que de la perte de temps ! De ce fait, la lecture du roman est un jeu d’adolescents. La littérature, en lecture, en écoute ou même en écriture, est “la chose” des fous ou des égarés ; écrivains et lecteurs. 
Ce qui échappe à nos hauts décideurs, à tous les niveaux : du président jusqu’au chef de Daïra passant par les vizirs, les walis et… que ne pas lire des romans provocateurs c’est causer une grande faille dans le sens des choses. 
Chez nous, dans ce beau bled que nous attentionnons comme on attentionne nos yeux, les hauts décideurs politiques, ceux qui détiennent le ciel pour qu’il ne nous tombe sur la tête n’aiment pas les romans. Parce que les romans les dénudent en parlant de la réalité de la pauvreté, de la famine, de la liberté, des pépins de l’Histoire, de l’amour, de la femme qui ne cède pas à leurs chantages ! Nos hauts décideurs politiques qui décident à notre place, les détenteurs du secret de polichinelle dans l’économie, dans l’industrie grippée, dans l’agriculture des années des vaches maigres ou grasses, dans le système scolaire malade, sous-estiment la littérature de fiction, celle qui se présente comme un miroir reflétant leur image claire et nette ! Nos hauts décideurs religieux, parce que dans notre beau bled que nous chérissons comme on chérit nos yeux même dans la religion on a des ordonnateurs divins, haïssent la littérature. La littérature à leurs yeux est l’espace réservé pour Iblis. Ils recommandent à leurs sujets la lecture d’un seul Livre, les autres sont maudits à l’enfer ! Autodafé ! 
Si par miracle, le président lit un jour le roman subversif, subversif aux yeux des pseudo-gardiens de la morale, à la place des rapports mensongers rédigés par ses collaborateurs qui ne sont que les anciens collaborateurs de son prédécesseur, sur l’économie, sur l’industrie, sur le système scolaire, sur l’agriculture, sur “les zones d’ombre”, sur la religion, il arrivera, sans doute, à se faire une idée juste sur ce bled que nous aimons comme on aime nos mères et nos yeux.
Dans ce bled, tous les hauts décideurs palabrent beaucoup, cela perdure depuis l’indépendance, autour de la nécessité de la lecture, l’amour du livre, mais personne ne bouge pour aider à la création d’un dynamisme cohérent du livre culturel et artistique. 
Il y a des idées folles, efficaces et rentables, par exemple : pourquoi ne pas organiser un concours du meilleur lecteur du roman ; concours destiné et réservé uniquement aux hauts-décideurs politiques ?
Je ne suis pas dupe. Mais rêver est un droit humain. La littérature dans le boudoir des hauts décideurs de bonne foi, à mes yeux, ressemble à la philosophie dans le boudoir de Sade ! Mais je me suis dit : existe-t-il encore un haut décideur politique de bonne foi ? Je ne suis pas pessimiste, mais ce qui se passe nous fait mal au cœur. Pêle-mêle ! La littérature, la bonne littérature est un moyen efficace pour les hauts décideurs de bonne foi à comprendre les bas-fonds du monde communautaire et individuel. La bonne littérature est visionnaire, prophétique. 
La littérature, la bonne littérature est capable de changer l’être humain, elle est un booster de la liberté et de la libération. 
Le roman qui dérange, ni pédagogie hypocrite ni leçon de morale ronronnant, fait apprendre au lecteur la philosophie du mal et du bien. Les hauts décideurs politiques ou technocrates qui ne lisent pas les romans dérangeurs écrits dans une liberté fictionnelle souffrent d’une maladie appelée “la sécheresse d’imagination” ! Et dans l’absence de cette énergie qui est l’imagination, le haut décideur de bonne foi passe de technocrate de bonne gestion à bureaucrate rongeur de papier. 
Et dans le pays, qu’importe le pays, où les hauts décideurs politiques ou technocrates boycottent la belle littérature, le roman subversif en particulier, ce pays est condamné à sa faillite. 
 

A. Z.
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