Mauritanie : blasphème et esclavagisme !

Amine Zaoui

En Mauritanie ! Il pleut des fatwas dans un pays où il ne pleut jamais ou rarement ! Dans ce pays où les pieds nus des hommes, des femmes et des chameaux sont enfoncés depuis la nuit des temps dans le sable chaud de la pauvreté. Et cela perdure. Les yeux rivés vers un ciel sans larmes, de souffrance ! Le ciel d’Allah ! Et cela perdure.
Dans ce pays d’un million et demi de poètes, de palmiers et de thé, un jeune citoyen a apporté son histoire pesante et fatigante vers le monde. Une histoire hallucinante. La croix du crucifié. Il s’appelle Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir, un nom purement mauritanien ! Rien de spécial ! Une voix singulière contre le sable du silence répandu qui encercle et qui étouffe.
Condamné à mort pour apostasie, Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir a 29 ans. L’âge de la fleur ! La rose du sable. Dans un pays qui applique la charia, “condamner à mort” est acte banal ! Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir a la langue pendue. Le chat ne lui a pas mangé sa langue, ni le loup des déserts, d’ailleurs.
Ould Mkheitir est condamné à mort parce qu’il a osé poster sur internet un petit texte critiquant l’histoire musulmane.
L’histoire de quelques acteurs de l’histoire musulmane. Tous les faits de son article sont tirés des livres références connus dans les khizanate (les bibliothèques) arabo-musulmanes classiques. Ils sont cités par Al Kortobi, par Tabari, par Ibn Hicham et par d’autres écrivains de la Cira prophétique. Tombé, comme une tornade, sur les oreilles des faqihs mauritaniens, l’article de Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir a fait le tour de sable. Il a fait soulever le sable et lever le sabre.
Les orthodoxes religieux répliquent. Avec violence, comme à l’habitude des fanatiques. Il pleut des fatwas dans un pays où il ne pleut jamais ou rarement ! De temps en temps, il pleut des criquets ou des sauterelles ! Le jeune Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir est condamné à mort, comme à l’habitude, sous prétexte qu’il a injurié le Prophète. Accusé d'apostasie, sous prétexte, “pour avoir parlé avec légèreté du Prophète”. Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est qu’une fois le juge a prononcé son jugement une scène de joie vibrante a régné dans la salle d'audience.
La liesse de la honte ! À Nouadhibou, ville mauritanienne située au nord-ouest du pays, là où le jeune Ould Mkheitir a été jugé, où il est détenu, des manifestations excitées, des marches ardentes, des banderoles agitées ont envahi les rues demandant la tête du condamné.
L’exécution ! La liesse sanguinaire ! Dans un pays appelé la Mauritanie, la population sort en masse pour défendre Allah. Lui qui n’a pas besoin des hommes pour le défendre. Lui qui sait mieux que quiconque se protéger. Dans ce pays appelé Mauritanie, où l’esclavagisme est encore une pratique quotidienne et une réalité criante, les hommes défendent Allah et oublient de défendre ce qu’Allah a défendu : le droit à l’affranchissement des esclaves.
Dans un pays, bien que la loi d’abolition d’esclavage soit votée, le marché des esclaves est toujours ouvert à l’image des marchés de bétail. On regarde vers le passé et on a peur de fixer le futur. Dans un pays où le sous-développement est ancré, la pauvreté est généralisée, les maladies ancestrales sont courantes, dans ce pays où il pleut des fatwas, dans ce pays où il ne pleut jamais ou rarement, dans ce pays où il  pleut des criquets ou des sauterelles, on défend Allah et on oublie l’esclave. Et je réclame la liberté pour Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir.

A. Z.