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chronique / ACTUALITÉS

Nous sommes tous des analphabètes, ou presque !

Amine Zaoui

Toute l’Algérie, à l’école ! Nous sommes tous des analphabètes, ou presque ! Pour anoblir Yennayer 2968, fête nationale officielle, dès demain et de bonne heure, il faut que le peuple, tout le peuple algérien se lève tôt pour reprendre le chemin de l’école. Rejoindre les bancs de l’école. De cinq ans à quatre vingt-dix ans et plus. Nous sommes en retard, d’au moins soixante ans, c'est-à-dire depuis 1962 !
Dans nos bouches, sur nos langues, chacun de nous a une ou deux langues, mais avec un goût étranger !  
C’est fou ! Nous sommes tout un peuple, ou presque, analphabète ! Pour la première fois dans  l’Histoire universelle, un peuple ne connaît pas sa langue ! Un peuple qui fête son année, avec fierté, et tant mieux, qui officialise sa langue, et tant mieux … mais qui ne connaît pas sa langue, et c’est honteux !
Sur une population de quarante millions, il y a seulement 370 000 petits Algériens qui sont déjà aux bancs d’école, attablés avec craie, cahiers et stylos. Bravo les arrière-arrière-petits fils de Juba 2, roi savant et de la brave Kahina.
Nous sommes un peuple, qui a traversé les siècles tourmentés, des jours durs et d’autres moins durs. Des jours de fêtes amères et d’autres de guerres féroces.
À chaque épreuve historique, les enfants de Tamazgha se trouvaient dépossédés de leur langue, le berbère, violée par un envahisseur du Nord ou d’Orient. Mais, après chaque épreuve, le phœnix renaît de ses cendres, grâce aux femmes qui enfantent et soufflent dans l’âme de leur bébé le feu magique de cette langue des ancêtres.
Ces belles et braves femmes dissimulaient la langue amazighe dans leur matrice et dans le lait maternel. Et, de génération en génération, les enfants berbères ont tété cette langue dans ce lait maternel. Ce n’est pas un café au lait mais une langue au lait.
Les poètes aussi, à l’image de Si Mhand U Mohand, Slimane Azem, Cheikh El Hassnaoui, Cherif Khaddam, Matoub Lounès, Lounis Aït Menguellet, Idir, Jamal Allam, étaient fidèles. Les conteuses et les grillots sur la place tajmaât, eux aussi se faisaient le gardien de la mémoire. Ils sont les faiseurs d’arc-en-ciel !   
Même si nos ancêtres ont écrit de beaux livres en latin, Apulée, Juba 2, saint Augustin et les autres, la langue berbère est restée sur les langues et dans les cœurs. Capital des paysans libres et des guerriers courageux.
D’autres Amazighs ont utilisé l’arabe à l’image d’Ibn Khaldun, d’El Ghobrini, de Yahia Zouaoui … mais la langue de la vie et du quotidien n’a cessé de se renouveler, de porter  l’art et célébrer le rituel du travail et de l’intelligence.
D’autres nous ont légué des merveilles en français à l’image de Taos Amrouche, Jean El Mouhoub Amrouche, Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Tahar Djaout, … mais la langue qui est le terreau de cette Algérie s’installe dans l’âme productrice de ces textes. On aime en tamazight et on écrit en français. On vit en tamazight et on prie en arabe.
Des siècles durant, nous avons écrit dans les langues des autres, tantôt dans celle du nord tantôt dans celle d’Orient, mais peu dans la nôtre, le tamazight.
Aujourd’hui, en cette année de 2968, de 2018, nous avons besoin, plus que jamais, d’un militantisme scientifique. D’une vigilance scientifique et politique. La langue amazighe qui, par ses enfants, ses poètes, ses femmes et ses hommes, a persisté malgré les viols, les trahisons et les guerres, cette langue a besoin d’un savant militant. D’un poète maniant le verbe. D’un traducteur capable de faire de cette langue accueillante un espace pour les grandes plumes universelles. D’un linguiste. D’un pédagogue. D’un romancier. D’un nouvelliste. D’un dramaturge. D’un médecin qui délivre une ordonnance en tamazight. D’un avocat qui plaide en tamazight.
Le parcours du combattant est encore long mais l’arme a changé d’épaule.

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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Commentaires
11 réactions
hanna le 04/01/2018 à 17h15

Encore une perche pour semer le doute et la ségrégation !! L'état a reconnu volontiers la langue berbère comme une langue nationale et tout le monde est d'accord et tant mieux! Mais cela signifiait qu'on passe à autre chose ensemble et unie. Un peuple musulman, arabe et fière de son origine et de son histoire..Tarek benzyad,l'Emir Abdelkader, Cheikh benbedis,Si elhaoues,Larbi benmehidi.. Il faut tirer vers le haut et laisser le champs libre et riche sans amalgame absurde,n'est ce pas?

ASSIL le 05/01/2018 à 16h20

Que la langue Amazigh s'impose dans les plaidoiries et nos institutions que le J.O aura sa version Berbère ,ce n'est pas ça qui fait peur ... c'est la politisation ,la surenchère , le rejet de l'Arabe et l'approche populiste adaptée par certains fervents de cette constante noble et historique...

Argaz le 05/01/2018 à 0h07

Hanna vous considérez que le fait de reparler encore de Tamazight c’est semer le doute et la séparation ? Pourquoi bon Dieu cette peur bleue dès qu’il est question de parler de Tamazight. Incroyable ! Monsieur, sachez que l’on ne se lacera jamais d’en parler tant que cette langue n’ait pas retrouvé le rôle qui lui est dévolu à savoir celle de la communication de tous les jours, celle utilisée dans les plaidoiries et enfin celle utilisant ses moyens médiatiques parlés et audiovisuels.

ASSIL le 05/01/2018 à 15h28

Nul n'a le droit de nier la culture d'un peuple. L'intolérance des spécificités identitaires et culturelles handicape toute société qui aspire à la démocratie et la liberté du groupe et de l'individu. La langue qui véhicule l'identité et la culture intergénérations contribue non pas à une diversité qui se limite au caractère linguistique mais elle est aussi une forme d'expression de tolérance et de liberté. La diversité n'est viable au sein d'une nation ou société qu'en dissociant ...

ASSIL le 05/01/2018 à 15h31

.......le concept culturel du politique . Autrement la diversité engendrera une rivalité politique avec des enjeux régionalistes, tribaux et linguistiques ; d'où le péril de l'unicité. Ne pas dissocier la culture de la politique et mélanger ces deux concepts représente un risque non pas pour la culture AMAZIGH mais pour l'ALGERIE.La constitutionnalisation de la langue AMAZIGH ne doit en aucun cas constituer un facteur d'exclusion et forme légale afin d'user de.....

ASSIL le 05/01/2018 à 15h34

.....l'histoire contre la réalité arabophone et un occidentalisation occidentalisation qui déculturera .... et l'arabophone et l'Amazighofone ....... ASSIL KSEL

Argaz le 05/01/2018 à 19h46

ASSIL Pour justement ne pas en arriver à votre déduction je vous cite : " ....l'histoire contre la réalité arabophone et un occidentalisation occidentalisation qui déculturera .... et l'arabophone et l'Amazighofone ......"il faudrait que l'on se ménage entre nous Algériens au lieu d'opposer un déni catégorique sur un droit élémentaire de l'autre qui n'aspire qu'à faire revivre sa langue maternelle. Quel crime de lèse majesté a-t-on commis svp pour me permettre à moi d'occulter ma personnalité?

hanna le 05/01/2018 à 23h54

Je ne reviens pas sur certains propos naïfs.. J'invite les sincères de se concentrer sur l'avenir de cette grande nation qui un jour a donné toutes les leçons à L'OTAN et ses alliés sans tirer les balles dans les pieds. On a besoin de tout le monde mais toujours pour tirer vers le haut!!

Argaz le 06/01/2018 à 20h16

Vivement souligné hanna, il faut passer à l'avenir, voilà qui est bien dit et nous sommes tous d'accord sur çà au lieu de s'entre déchirer pour le bonheur de nos ennemis de toujours. C'est cette sincérité qui nous manque. Car revendiquer son appartenance n'est pas de nature à aiguiser tous ces couteaux d'autant qu'on le demande à notre pays et dans notre pays. Cordialement

zone-refuge le 07/01/2018 à 3h59

Qui a versé dans la politisation et la surenchère en 1962 à ce jour, en rejetant l'algérianité du pays? Qui a choisi l’extrémisme et l'obscurantisme, en rejetant la modération, lors des élections de 1991? Par ailleurs, sachez Messieurs, que l'Algérie ne fait pas exception dans le monde dit arabo-musulman, dans le cas contraire, j'aimerais bien connaitre un pays qui ''tire vers le haut'' et où un État de droit est constitué.

hanna le 07/01/2018 à 12h05

Bravo à tous! Notre centre d'intérêt c'est notre nation unique diversifié et riche. Il faut faire barrage aux diviseurs et aux manipulateurs. Notre socle social est sacré et nous n'acceptons pas de marchandise !! Nous sommes un continent et nous avons beaucoup d'ennemis autour,il faut en avoir conscience et au travail..

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