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chronique / ACTUALITÉS

Organisation des marchés et franchise : pourquoi mettre la charrue avant les bœufs ?

MUSTAPHA MEKIDECHE

Le débat économiqueen Algérie,avec l’implication au fil du temps des acteurs internes et externes, devient de plus en plus ciblé et efficace. C’est ce qui ressort, en tout cas, des travaux du séminaire organisé le 25 janvier 2016 par la Chambre de commerce et d’industrie algérienne (CACI) sur la question de “La franchise, un outil de développement de l’économie nationale”. Le casting était parfait : association professionnelle de la franchise et pouvoirs publics avec l’appui technique du programme de droit commercial du département du commerce des États-Unis, pays qui a vu naître la franchise dans les années 20. Sauf qu’à l’issue du débat, il apparaissait clairement que les priorités des différentes parties prenantes du séminaire n’étaient pas les mêmes. Rappelons à ce propos que le 14 mai 2012 une rencontre sur le même thème avait été organisée par l’association CARE avec l’appui cette fois-ci de l’institution française du commerce extérieur UBI France, dont le  pays, lui aussi, a été précurseur, depuis les années 70, de la franchise en Europe. Cela me donne l’occasion de revenir  sur l’analyse de cette problématique récurrente en la contextualisant pour en comprendre les dynamiques et les agendas souhaités des uns et les craintes exprimées par les autres. D’abord le contexte de déficit de la balance  des paiements, celui de la balance des services ainsi que celui de la balance commerciale, n’incitera probablement  pas la Banque d’Algérie à introduire dans la législation des changes de nouvelles positions éligibles à transfert. Disons que c’est un élément de réforme contextuellement décalé. Cela d’autant que les transferts exagérés et quelquefois indus, opérés les années précédentes par certains concessionnaires automobiles, sont très mal passés. De plus nous sommes incapables, en l’état actuel des choses, de calculer un taux d’intégration d’un bien physique, comment voulez-vous que l’on puisse apprécier le prix du bien immatériel offert par une franchise ?  Mais, le moment venu, Mme Marianne Guerin-McMannus, représentante du Programme américain de coopération sur le développement du droit commercial nous aidera à mettre en place les algorithmes de calcul. Pour le reste, on sait y faire. Ensuite, face à une crise financière sérieuse et durable, la priorité économique est d’élargir la gamme de la production algérienne et non de développer des niches d’import, fussent-elles créatrices de marqueurs de qualité. Aussi je partage, une fois n’est pas coutume, la position de l’administration algérienne du commerce sur la question, exprimée par Aït Abderrahmane Abdelaziz, directeur général de la régulation et de l’organisation des activités du ministère. Il a déclaré au séminaire en question, à juste titre, que “la diversification de l’économie algérienne doit commencer par le développement de sa production nationale et ensuite réfléchir à la franchise”. En revanche, l’idée à creuser, en contre- partie de marchés émergents ouverts, serait  plutôt celle de construire, à partir des usines existantes et  des nouveaux projets industriels,  des alliances, des partenariats ou des opérations de processing avec les grandes marques. Certains, décidément c’est une manie, nous expliquent ne pas comprendre pourquoi la franchise n’est pas développée chez nous autant que chez nos voisins égyptiens, tunisiens et marocains. La raison est simple : les pays à grand flux touristiques ont besoin de ces marques relais, localisées dans les hôtels et centres commerciaux,  pour fidéliser les clientèles en leur restituant les invariants de leur mode de consommation. Cela viendra  pour nous mais on n’y est pas encore d’autant qu’un ample reflux touristique est visible chez nos voisins. Enfin pour terminer sur ce point, un pays qui ne dispose que de six grandes surfaces appartenant aux rares réseaux de grande distribution présents en Algérie, ne peut prétendre assurer une compétition sérieuse entre les produits des marques franchisées. Le développement et l’organisation de nos marchés, en éradiquant au passage l’informel et la contrefaçon qui nous inondent, constitue, me semble-t-il, un préalable. Plus que cela, il va falloir sortir de ce  cadre étroit de simple “représentation de marques étrangères pour la revente en l’état” dans lequel est encastré chez nous ce  concept de franchise. Mieux, il va falloir se l’approprier. Le groupe privé algérien, BKL industries, a essayé, il y a quelques années de le faire. Cette enseigne nationale de fabrication de fenêtre n’a pu franchiser, à ce jour et à ma connaissance,  plus d’une dizaine de menuisiers. Pourtant son business plan contenu dans l’“Offre de franchise des menuisiers BKL” tenait la route en termes de tendances du marché et de positionnement concurrentiel. Les mêmes causes produisant  les mêmes effets, on revient au mauvais climat des affaires et à la bureaucratie qui paralysent  et souvent tuent dans l’œuf toute initiative féconde du marché. D’où quelquefois les chemins sinueux empruntés par les acteurs du marché soit pour anticiper l’inexistence d’un cadre réglementaire clair et transparent soit pour contourner celui existant tant les obstacles sont nombreux et assez souvent infranchissables. Cela explique d’ailleurs, en y ajoutant l’étroitesse du nombre d’offreurs, les prix très élevés en Algérie de produits de certaines grandes marques, provenant quelquefois de stocks invendus et/ou déclassés au lieu et place des nouvelles collections saisonnières. Si cela peut vous rassurer, j’ai constaté le même phénomène dans les grands magasins de Johannesburg, bien que ce pays ami fasse partie des BRICS. Au terme de ma chronique je valide le titre que je lui ai donné. Il ne sert à rien de mettre la charrue avant les bœufs : on dépense trop d’énergie pour peu ou pas de résultats. Il faut revenir à un des fondamentaux des réformes : l’organisation de nos marchés. Vous verrez qu’après le reste viendra, y compris le développement de la franchise. Dans l’équilibre respecté des parties contractantes. Évidemment.

M. M.


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