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chronique / ACTUALITÉS

PILE OU FACE


1- Pile ou face ? 
Sur le plan sociétal, nous sommes face à un jeu paradoxal : l’intellectuel ou le politique ?
2- Appartenir à la gent d’intellectuels est un choix délibéré et de conviction. C’est la fermeté de pouvoir tenir et, en permanence, la langue piquante, dans tous les sens. Avoir un œil qui ne dort jamais. Une position réfléchie, inflexible et transparente.
3- Le politique, par son ambition impérieuse et saisonnière, s’endort et se réveille tantôt dans l’amertume de la défaite, tantôt dans le bonheur de la victoire illusoire. Il est toujours dans la certitude mensongère.
De l’autre côté, l’intellectuel critique est installé, en permanence, les yeux grands ouverts, dans la question. Dans le questionnement. Dans le doute positif et fécond.
4- Tout intellectuel qui admet de vendre sa peau à la basse-cour des politiques est obligé de mettre la langue dans sa poche. De donner sa langue au chat. Qui est le chat ? Qui est la souris ?
5- À l'ère de la domination des partis politiques classiques – ceux de la droite, ceux de la gauche ou ceux de l’islamisme — dès que l’intellectuel critique cherche à jouer le politique, à habiter son discours, il se métamorphose en clown... avec tout le respect pour le génie des artistes clowns.
6- Au temps du règne du zaïmisme, de la chefferie partisane, toute version ou conversion politique d'un intellectuel critique n’est que transgénique ratée.
Dans toute l’Histoire universelle, les partis politiques classiques ont toujours essayé de brader les intellectuels. Et ça marche !  
7- En cette ère de politique tribale, rares sont les intellectuels critiques qui ont sauvegardé leur indépendance en se faisant, d'eux-mêmes, des politiques. L’autre politique.
L’intellectuel n’est pas un apolitique. Il fait la politique à sa façon. L’intellectuel organique est celui qui ne veut pas entraîner sa société dans la boue des rêves cauchemardesques.   
8- Refonder le champ politique sur une nouvelle échelle de valeurs est la première mission de l’intellectuel. Sa première conviction. 
9- Oui, l’intellectuel est quelqu’un d’engagé. L’engagement n’est pas un concept antique. L’engagement intellectuel n’est pas de la “vieille casserole”. Toujours une exigence d’actualité.
10- Le combat contre le terrorisme est un engagement intellectuel international. Le combat contre l’islamisme est un combat, d’abord, intellectuel. Un combat contre l’ignorance sacralisée.   
Le combat pour l’égalité des sexes est un combat prioritaire. Un combat contre les idées du machisme. 
Le combat pour la liberté d’expression est un engagement intellectuel. Ce combat perdure depuis la nuit des temps.    
11- Je ne crois pas au prophétisme, je crois aux intellectuels qui se transforment en prophètes historiques et non pas mythiques. La prophétie est une vision intellectuelle de l’Histoire et de la réalité. Du passé, du présent et du futur. Une vision relative.
12- Nous avons quelques intellectuels qui sont aussi grands, meilleurs et efficaces que les prophètes et les partis politiques.
13- Kateb Yacine, lui seul, par ses pièces théâtrales, par ses textes, par son enracinement dans la société, faisait trembler Mohamed Ghazali, le chef de file des Frères musulmans et protégé du président Chadli Bendjedid.
Adonis, le poète et le penseur, est plus important que tous les partis laïques arabes et nord-africains. Par son courage intellectuel, il est plus influent que tous les universitaires modernes arabes. 
Mouloud Mammeri, le sage de tous les révolutionnaires, par une simple conférence prononcée sur la poésie berbère, fut le prophète du Printemps berbère. Une date décisive qui a déclenché une avalanche de changements politiques, culturels et constitutionnels dans notre pays et en Afrique du Nord.
Ahlem Mosteghanemi, écrivaine et romancière, par ses textes osés, est la reine de Saba d’un peuple composé de plus de 12 millions d’admirateurs et de lecteurs. Aucun parti dans le monde n’a ce nombre d’adhérents ou même de sympathisants. 
14- Certes, des intellectuels – ceux qui ont changé le monde autour d’eux – l’ont payé de leur vie : Abdelkader Alloula, Tahar Djaout, Mahdi Amal, M’hamed Boukhobza, Djilali Liabes, Mahfoud Boucebci, Chokri Belaïd, Farj Fouda, Mohamed Brahmi…
Aujourd’hui, afin de poursuivre leur combat, il faut combattre la culture de l’oubli et exercer la politique autrement.  
15 - La culture, parce qu’elle est la lumière, fait peur aux ténèbres.

 

Par : AMIN ZAOUI


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