Quand la patrie est plus vaste que la religion

Amine Zaoui

La patrie est plus vaste que la religion. La religion, qu’importe la religion, ne constitue jamais le facteur déterminant du patriotisme chez le citoyen. Le patriotisme en tant que philosophie, que conviction personnelle ou collective, qu’affection envers une terre, envers une culture,  dispose de ses paramètres particuliers.   
En Algérie, en 1956, nous sommes en pleine révolution, le peuple mène une guerre juste pour la liberté et pour l’indépendance. Le rêve pour une Algérie souveraine et d’égalité.
En Algérie, en 1957, nous sommes en plein feu d’une guerre dure et sans merci, et voici un grand nationaliste algérien, patriote qui adhère aux valeurs de la Révolution. Qui croit en cette guerre juste et libératrice ; il s’appelle Ferdinand Iveton. Un juif algérien, qui a refusé l’injustice, qui a condamné la colonisation, qui a donné sa vie à la Révolution algérienne. La patrie est plus vaste que la religion.  Ferdinand Iveton, le militant juif algérien, le petit citoyen, est condamné a mort par l’armée coloniale. Il fut exécuté par la France coloniale le 11 février 1957 à 4h30 du matin : “Je vais mourir, mais l'Algérie sera indépendante” furent les derniers mots prononcés par Fernand Iveton, avant d'être guillotiné. Nous sommes le 19 juin 1956, dans la prison de Barberousse à Alger, un autre militant, un citoyen courageux, militant contre l’injustice coloniale, il s’appelle Ahmed, Ahmed Zabana, ou Zahana qu’importe. Il est le premier indépendantiste algérien guillotiné. Un musulman algérien, qui a refusé, lui aussi comme Yveton le juif, l’injustice et l’esclavagisme colonial. Ahmed Zabana le musulman fut, comme Yveton le juif, exécuté avec la même guillotine !! Nous sommes en 1955, l’Algérie est en pleine  guerre, un autre citoyen algérien, dénonciateur de l’injustice coloniale dans son pays. Lui, ne porte pas le nom ni de Ahmed le musulman ni de Ferdinand Iveton le juif, il s’appelle  Henri. Henri Maillot. Marqué par le combat libérateur des algériens, Henri Maillot rejoint les rangs des moujahidine pour la libération de la patrie. Le 4 avril 1956, il déserte et détourne un camion d'armes et de munitions pour rejoindre un groupe de maquisards dans la région de Chlef. Le 22 mai 1956, Henri Maillot est condamné à mort par contumace pour trahison par le tribunal militaire d'Alger. Le 5 juin 1956, il est surpris par les troupes françaises coloniales, torturé, il  s'écroule sous une rafale de l’armée coloniale.  Il écrit : “Je ne suis pas musulman, mais je suis Algérien, d’origine européenne. Je considère l’Algérie comme ma patrie.”  Si Ahmed est né musulman, Ferdinand est né juif, Henri est né chrétien, l’Algérie est comme la vie, a été faite pour eux tous ! La patrie est plus vaste, est plus complète que la religion.  Nous sommes en 62, un été chaud, c’est l’heure de l’indépendance, le grand Jour, en hâte, les traitres de la Révolution quittent l’Algérie essayant de trouver refuge ailleurs, en France, ou même à l’intérieur.
Nous sommes en 62, parmi les traîtres il y avait des harkis musulmans ceux qui ont trahi Zabana,  mais aussi il y avait des harkis juifs ceux qui ont trahi le sang de Ferdinand Iveton, et des harkis chrétiens ceux qui ont trahi le sang d’Henri Maillot. La patrie est plus complète que la religion !
Devant cette forte leçon d’une tragédie historique, il faut dire, le dire haut et clair : la religion n’a jamais, et elle ne le sera point, l’élément qui détermine la couleur d’une patrie ou le nationalisme ou le patriotisme d’un citoyen. La religion n’est qu’un rapport entre le citoyen croyant et le Ciel, un Ciel musulman ou juif ou chrétien.
Aujourd’hui avec cette haine qui habite le jeune Algérien, une haine à l’encontre des juifs ou des chrétiens, à l’encontre des autres religions, cette haine n’est que le résultat d’une faillite dans l’enseignement des religions, dans l’enseignement de l’Histoire de notre Révolution. Les enfants de Novembre étaient conscients que leur islam ne faisait pas guerre aux autres religions, et que la seule religion qui rassemblait les citoyens de l’Algérie était la révolution, était la liberté, était la patrie indépendante.

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr