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chronique / ACTUALITÉS

Sonatrach et la littérature


L’argent est l’envers de la littérature ! La littérature est la sœur jumelle de la misère : cette image est bien cultivée dans l’imaginaire sudiste. Elle l’était et elle l’est toujours : liée à la pauvreté dans les pays arabes et en Afrique du Nord. Sur l’autre rive, le livre, notamment le roman, est devenu une économie imposante. Et les écrivains, qui ont franchi le monde des stars, sont devenus les éléments d’une sorte de bourse internationale comme l’or, le pétrole ou le café…
La littérature est une économie positive et fructueuse dans une société qui croit en cette création en papier. Une société qui adore les livres. Un lectorat qui persiste dans son aventure avec la magie des mots. 
Le livre n’est pas de la responsabilité de l’État uniquement. La culture est plus éternelle qu’un système politique saisonnier. Les pouvoirs politiques encouragent une certaine littérature, celle qui leur fait éloge et allégeance. Mais la littérature, la bonne littérature, conteste toute domestication ou assujettissement.
Si la bourgeoisie européenne, par ses traditions d’amour du roman, de la peinture, de la musique, de l’urbanisme, de l’art vestimentaire et de l’art culinaire, a été la porteuse de la littérature, chez nous, ce qui devrait être la “bourgeoisie” n’est que la “chkara” d’argent ! Une gent sans culture, hybride, sans raffinement et sans goût social. 
Chez nous, la bourgeoisie, si bourgeoisie il y a, n’est là que pour amasser de l’argent douteux et ambigu. Pour dilapider les richesses publiques. Cette bourgeoisie de la chkara n’a aucune relation avec l’art, la littérature, la musique, les arts plastiques ou le cinéma. Elle n’a pas l’art du savoir-vivre. Jamais un “bourgeois de chkara” n’a construit un centre culturel. N’a pensé à élever les murs d’un conservatoire, d’un théâtre, d’une salle de danse, d’une bibliothèque ou même d’une clinique. Si le bourgeois de la chkara, suivant et encourageant l'hypocrisie politico-religieuse régnante, fait des dons pour la construction des mosquées, ce n'est pas par amour de la religion ou par respect des prieurs et des fidèles, mais pour se faire une pseudo-image religieuse auprès des croyants dupés ! 
On n’a pas entendu parler d’un prix littéraire créé par un bourgeois de la chkara ! C’est le dernier de ses soucis ! Sous d’autres cieux voisins, il existe quelques exemples qui honorent l’argent, honorent leur richesse par leur soutien à la littérature. À titre d’exemple, en Jordanie, l’établissement Abdul Hameed Shoman fait un travail remarquable depuis des décennies dans le domaine de la culture en organisant des conférences, des colloques, des rencontres avec des écrivains, des conférenciers. Et il a créé un important prix littéraire pour récompenser la littérature pour enfants. 
Au Soudan, l’opérateur de téléphonie mobile Zain est l’initiateur du prix international du roman créé en 2010. Il porte le nom de Tayeb Salih, l’un des plus grands romanciers arabes du XXe siècle, dont le roman Saison de la migration vers le Nord est désigné comme l’un des cent meilleurs romans de l’Histoire. En Égypte, le milliardaire et homme d’affaires Sawiris finance et organise depuis 2005 un grand prix littéraire pour la promotion de la littérature égyptienne. En Tunisie, les assurances Comar financent le prix littéraire Comar d’or, créé en 1997 pour soutenir les romanciers tunisiens dans les deux langues arabe et français. 
Au Maroc, l’hôtel La Mamounia de Marrakech a créé son prix littéraire pour la promotion de la littérature marocaine d’expression française. Ce prix a disparu depuis 2015.  
Chez nous, en Algérie, personne ne met la main dans sa chkara pour financer ou parrainer un prix littéraire. À quand la création d’un prix de littérature par M. Rebrab ? Un grand prix littéraire pour récompenser la littérature algérienne et africaine. À quand la création d’un prix international de littéraire par  Sonatrach, en tant que société citoyenne ? Un prix récompensant la littérature du désert, par exemple. 
Le jour où la bourgeoisie de la chkara saisira la magie de la littérature et de l’art, ce jour-là, la chkara se métamorphosera en un vrai capital avec une éthique économique et artistique. Ce jour-là, nos villes respecteront l’urbanisme, les arbres reviendront sur les trottoirs, la propreté régnera dans nos villes et nos villages. Le savoir-vivre, le savoir-faire et le savoir-sourire s’installeront dans la quotidienneté ; la citoyenneté deviendra la culture qui rime avec la liberté individuelle et la responsabilité collective et sociale. 
 

Par :  Amin ZAOUI

 


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