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chronique / ACTUALITÉS

Une censure appelée “lecteur-guetteur” !

AMIN ZAOUI

L’écriture est un acte de transgression perpétuelle. Pourquoi est-ce que ce lecteur me fait peur ? Dans une société, comme la nôtre, où l’éducation artistique n’a aucune place, où les portes de l’école comme celles de l’université par la suite sont fermées aux poètes, aux musiciens, aux dramaturges, en tant qu’écrivain défenseur de la diversité et de la liberté, le lecteur me fait peur.
Pourquoi est-ce que ce lecteur me fait peur ?
Dans une société où les cafés littéraires sont rares ou leur existence n’est que saisonnière ou informelle, où le nombre des librairies se compte sur les doigts d’une seule main, le lecteur est un censeur. Il est périlleux.
Pourquoi est-ce que ce lecteur me fait peur ?
Dans une société où la mosquée conserve tous les pouvoirs, la mosquée politisée, la mosquée dirigée par des prêcheurs fanatiques, où les bons croyants sont pris en otages, poussés malgré eux, à se métamorphoser, petit à petit, en populace, dans ce cas de figure que peut-il faire un créateur, un littéraire, mine d’imagination et de rêve?
Pourquoi est-ce que ce lecteur me fait peur ?
Comment peut-on croire à l’équilibre d’un citoyen suivant : celui qui va cinq fois par jour à la mosquée, et tant mieux, mais qui n’a jamais mis les pieds dans une salle de cinéma, n’a jamais chauffé un siège dans un théâtre, n’a jamais visité une galerie d’art, n’a jamais assisté à un spectacle de musique noble ? En tant qu’écrivain, cette situation me fait peur.
Aujourd’hui la religion politisée a monopolisé tout l’espace social, elle a pris la culture en otage, elle a remplacé la science, elle a hanté les détails de la vie quotidienne du citoyen : dans le discours, l’imaginaire et le comportement, l’hypocrisie, la haine et l’anathème.
Pourquoi est-ce que ce lecteur me fait peur ?
Dans toute l’histoire de l’islam, la société musulmane n’a vécu qu’une seule fois son équilibre socioculturel, cela s’est produit au 4e siècle de l’hégire (10e et 11e), où le citoyen avait le droit de vivre la diversité dans le social, dans l’art et dans la pensée philosophique. La religion faisait une partie de la vie parmi d’autres.
Pourquoi est-ce que ce lecteur me fait peur ?
Face à cette situation du vide, l’écrivain n’admet pas qu’un lecteur-populace, au moment de l’écriture, lui force, lui écorche, lui brise son imaginaire.  Au moment de l’écriture, dans une société déséquilibrée, l’écrivain libre se trouve encerclé par trois censeurs : une mosquée politisée, un commissariat et un lecteur-populace bridé et entravé.
Face à cette situation de souffrance, comment éviter, se libérer des yeux de ces trois guetteurs ? L’œil qui ne dort jamais ! Dans ce monde déséquilibré par le religieux politisé, sans spiritualité aucune, l’écrivain est demandé à faire face à un lecteur-populace. Monter un texte libre loin de la présence du lecteur-populace guetteur !
Pourquoi est-ce que ce lecteur me fait peur ?
De la présence du lecteur-populace se nourrit l’esprit de la dictature moralisatrice et hégémonique qui est l’ennemie de tout texte de création libre.  La censure du lecteur-populace est plus forte, plus agressive, plus menaçante que celle exercée par les institutions étatiques chargées de la censure et de la répression. La première censure est régentée par la force divine, elle est intouchable, totalitaire et éternelle, la deuxième, celle d’un régime politique, est menacée par le changement produit par l’histoire.  Dans le monde arabe et maghrébin, l’État censure ou l’État-mosquée, afin de faire plaisir à la populace fanatique, il lui délègue la mission du contrôle des écrivains libres. Une dérogation qui ne dit pas son nom. Indirecte. Gramsci a dit : “La populace est le bras droit du fascisme.”
L’écrivain doit écouter le lecteur mais ne doit jamais se plier à ses exigences. L’écrivain qui cherche les applaudissements du lecteur-populace est condamné, tôt ou tard, par l’oubli de l’histoire de la littérature.
Pourquoi est-ce que ce lecteur me fait peur ?

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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7 réactions
no passaran le 06/10/2016 à 13h14

monsieur commencez par ne pas insulter le lecteur si vous voulez que l'on vous respecte. le respecter c'est ne pas faire ne citations du grand Gramsci qui est fausse. Gramsci n'a jamais dit que la ''populace'' est le bras armé du fascisme. Au contraire il dit ce sont les classes petites bourgeoises qui ont fait le lit du fascisme et il ajoute le fascisme n'a pas mordu dans les régions industrialisés peuplées de la classe ouvrière.

no passaran le 06/10/2016 à 13h20

chez nous le fascisme trouve son bonheur dans les classes petites bourgeoises nouvellement ''riche'' en villas hideuses et voitures rutilantes. Monsieur, sachez que le mot populace est un mot vulgaire sorti de la bouche de cette petite bourgeoisie qui veut faire oublier ses origines quand elle crevait de faim. Ce n'est pas la première que vous faites des traductions bizarres de l'arabe en français. Si vous écrivez en arabe changez de traducteur il vous fait du tort. signé, un lecteur- peuple.

Aissam le 07/10/2016 à 10h40

Sur la chaine TV Echourouk, une question a été posée à Monsieur Zaoui. Certains vous qualifient d'arrogant, que en pensez vous ? Monsieur Zaoui a répondu par la négative. En lisant cette contribution et mis à part les vérités qu'elle véhicule, je suis aussi d'avis que Monsieur Zaoui est arrogant sinon comment qualifié quelqu'un qui juge les gens (les lecteurs) et pire encore joue le jeux de la classification sociale (élite, bourgeoisie, populace ...).

djamil hm le 08/10/2016 à 11h07

D'Amine Zaoui, on aime juste ses écrits et ici il s'adresse à des "lecteurs" qui ne le lisent pas ou ce miroir qui renvoie une autre image ou encore cet "autre paradoxal" et pour cela il n'a pas de souci à se faire. Aucun écrivain ne pense à un 'non lectorat' sinon il verse dans le soliloque.

ladjenef le 21/10/2016 à 22h24

Qualifier le divin (Allah) de sensur veut dire beaucoup de choses sur le fond de la pensée de Amine Zaoui. En s'adressant a un lectorat musulman cela relève de l'offense à legar de ce "lecteur" devenu par l'attitude de Amine Zaoui "GETTEUR" ! Apparemment Zaoui s'est trompé de société au même titre que Said Saadi. Cela explique pourquoi certains de ceux qui se disent "intellectuels" vivent en marge de la société algérienne.

ladjenef le 21/10/2016 à 22h24

Qualifier le divin (Allah) de sensur veut dire beaucoup de choses sur le fond de la pensée de Amine Zaoui. En s'adressant a un lectorat musulman cela relève de l'offense à legar de ce "lecteur" devenu par l'attitude de Amine Zaoui "GETTEUR" ! Apparemment Zaoui s'est trompé de société au même titre que Said Saadi. Cela explique pourquoi certains de ceux qui se disent "intellectuels" vivent en marge de la société algérienne.

ahmed33 le 28/10/2016 à 19h14

monsieur zaoui le lecteur quelqu;il soit est un etre humain et il a la faculté de penser comme toi.et il ne doit pas plaire a tes normes pour qu;il soit un bon lecteur..un etre humain ne doit pas aller au cinema ou au théatre ou etre libéral pour qu;il soit un bon etre humain...tout ça et le fruit de votre culture occidentale .et le lecteur n;est pas obligé de te suivre dans tes visions...et s;il ya un que nous devons lui plaire c;est dieu..et pas les europeens..tu peut ecrire et nous de choisir

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