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chronique / ACTUALITÉS

Une pathologie idéologique à triple tête : femme, juif et Noir


La société arabo-musulmane, en général, souffre d’une pathologie idéologique chronique et collective, une pathologie idéologique à triple tête : racisme sexuel, le féminicide, racisme contre les Noirs et l’antisémitisme, la haine contre les juifs. 
C’est une pathologie idéologique à triple tête chronique qui occupe l’inconscient collectif, sans aucun autocontrôle, héritée d’une génération antérieure pour une autre postérieure. Cela perdure depuis des siècles ! Elle est détectée, et clairement, dans le discours quotidien.        
Et à l’instar de toutes les sociétés, rurales ou citadines, dans les pays arabes du Moyen-Orient et aux pays d’Afrique du Nord, notre société algérienne, malheureusement, n’échappe pas à la règle. Ceux et celles qui font cette société, c’est-à-dire les hommes et les femmes, ne sont ni anges ni diables. Ils sont, tout simplement, comme toute autre société, avec ses défauts et ses bienfaits. Nous ne vivons pas dans une société angélique, et c’est très important de le rappeler. Nous ne sommes pas, non plus, dans une société puritaine, et il faut le signaler. Le puritanisme sociétal est une idéologie mensongère transmise et retransmise par une élite aliénée, coupée du monde.
La culture, une certaine culture, la religion extrémiste et la politique politicienne ont engendré et propagé cette maladie idéologique à triple tête.  
Ce qu’il faut signaler aussi, avec courage et responsabilité intellectuelle, c’est que le groupe social de nos intellectuels ne pourra jamais faire face à cette pathologie idéologique à triple tête, parce que ce dernier, le groupe social d’élites, souffre d’autres troubles : le trauma historique et la hantise religieuse débridée et fanatique. 
Notre société, il faut l’avouer, vit sous l’emprise d’un caractère collectif cachotier. La culture de la décence négative. La pudeur rongée par l’hypocrisie sociale à connotation religieuse, pour plus d’influence. On excelle dans l’apprentissage au citoyen : fermer les yeux sur un problème est la meilleure méthode pour le régler ! Ne pas parler d’une pathologie idéologique est la meilleure manière de l’éradiquer ! 
Le silence est un facteur qui aggrave les méfaits relevant de cette pathologie idéologique dangereuse à triple tête.  
Les citoyens arabes et nord-africains ont besoin de libérer leurs paroles. De se dire. De dire. Confesser sans tabou. Exorciser. Le citoyen vit comme dans un cycle ou dans un cercle culturel fermé, où l’aire d’échanges avec autrui est en stagnation.       
Comme partout ailleurs, chez nous aussi, le féminicide, l’antisémitisme et le racisme ordinaire contre les Noirs sont une réalité patente. Nous mentons sur nous-mêmes ! Nous mentons à nous-mêmes ! Juif hachak. Femme, la honte, eddar hachak. Noir esclave, k’hel fi ghir wejhek. Et devant cette pathologie idéologique à trois têtes, il ne faut pas fermer les yeux. Et c’est la responsabilité des intellectuels de la dénoncer,  la critiquer, l’expliquer, la condamner sans tolérance aucune, et avec grande transparence intellectuelle. Dans une société où la pathologie idéologique à triple tête est tolérée, la culture de l’humanisme est chassée.  Pour faire face à cette pathologie idéologique à trois têtes qui ronge la société en catimini, et pour venir au secours des victimes, il ne faut pas cacher nos saletés sous le tapis. Il faut avoir le verbe pour dénoncer, par la littérature, par le théâtre, par la musique, par l’école, par la mosquée et, bien sûr, par la prise en charge sociale et psychique.
Ils sont des vrais malades, ceux qui ont attrapé le virus de la pathologie à triple tête. Et il faut les prendre en charge.  
Notre société, malheureusement, je le dis avec tristesse et révolte, baigne dans la culture du viol ordinaire, dans l’antisémitisme ordinaire et dans le racisme ordinaire, où le violeur est toléré, l’antisémite pardonné, le raciste excusé. Une tolérance ambiguë ! Une tolérance complice.     
Et parce que l’imaginaire social collectif viole toutes les valeurs humaines, l’agression d’un corps féminin, la haine envers un juif, l’insulte d’un Noir se réalise, se vit, sans remords, ni crainte, ni correction, ni répression. Se vit dans la rue, s’écoute dans les prêches du vendredi, s’apprend dans la leçon à l’école républicaine ou coranique !
Qui parmi nous n’a pas appris à l’école le fameux poème raciste d’Al Mutanabbi, et il est toujours dans le programme : “L’esclave n’est pas un frère pour l’homme libre et pieux // Même s’il est né dans des habits d’homme libre. Si tu achètes l’esclave, n’oublie pas le fouet // car les esclaves sont infects et des bons à rien dangereux” ? 
La culture du viol ordinaire, du racisme envers les Noirs, de la haine envers les juifs est encouragée et soutenue par une exégèse fallacieuse. Elle présente le Noir comme un esclave, le juif comme un éternel douteux, la femme comme fornicatrice perpétuelle. Que la femme est un être incomplet, incapable de maîtriser ses envies sataniques. Les envies sataniques de la femme représentent une menace permanente pour la divinisation de l’homme ! De l’autre côté, cette exégèse présente l’homme comme un saint, un être complet. Il est la victime, ce pauvre, de la fitna de la femme maudite depuis la genèse. C’est elle, la femme, qui avait chassé l’homme du paradis, et c’est elle qui va l’envoyer en enfer, le jour dernier !      
Cet imaginaire quotidien maladif et altéré qui prend en otage toute une société, des générations successives, n’est pas fatal, n’est pas un fait tombant du ciel. Il est le produit, malheureusement, d’une faillite d’un ensemble d’institutions : la famille, la rue, l’école, la culture, la mosquée et les médias.
Et sans une révision courageuse des missions de ces institutions, à savoir la famille, la rue, l’école, la mosquée et les médias, aucune avancée ne peut être réalisée. Certes, je suis triste, mais je ne suis pas pessimiste !   
 

A. Z.
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