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chronique / ACTUALITÉS

Y aura-t-il, parmi ces réfugiés, un Khalil Gibran ou un Édouard Saïd ?

Amine Zaoui

Une légende apportée par l’historien Ibn Asâkir (mort en 1176) affirme que Damas fut la première cité à élever une muraille, après le déluge !
J’aime cette ville qui ne ressemble en rien aux autres villes. Elle est fascinante et plurielle. Commerçante et artiste. Chrétienne et musulmane. Arabe et kurde. Novatrice et conservatrice. Ville du luth, par excellence ! Une ville de voyageurs avec un cœur et une culture vénitienne ! Damas ville du péché et porte du paradis !  
L’histoire nous raconte que l’intelligentsia de Bilad Echcham (Syrie, Liban et Palestine) a toujours goûté à l’amertume de l’exil, la torture des dictateurs, toutes couleurs des dictateurs, et aux affreux massacres.
Les Turcs ottomans avaient toujours une main dans cet exode, cet exil des intellectuels visionnaires de Bilad Echcham.
L’écrivain Gibran Khalil Gibran le plus connu, le plus lu, le plus influent jusqu’à nos jours était la victime des Turcs ottomans. En 1910, son livre El Arwah el moutamarrida (les Âmes Rebelles), jugé blasphématoire et hérétique par le pouvoir despote ottoman qui avait la mainmise sur Bilad Echcham, a été brûlé sur la place publique à Beyrouth.
Au début du siècle dernier, nombreux sont les intellectuels de Bilad Echcham, qui ont pris le chemin de l’exil à cause de la tyrannie exercée par autorités ottomanes sur les citoyens.
Les vagues d’intellectuels migrateurs de Bilad Echcham, du siècle dernier, avec leur esprit vénitien aventurier, ont pris le chemin de l’Amérique. Ils se sont installés aux USA et dans les pays d’Amérique du Sud. Malgré toutes les souffrances endossées et les marginalisations subies, au bout de quelques années, ils sont arrivés à créer un dynamisme culturel, économique et politique dans les pays d’accueil.
L’intelligentsia politique d’origine de Bilad Echcham, dans la majorité était chrétienne, a enregistré une percée remarquable dans la vie politique des pays d’accueil en s’adaptant à la culture, la religion, le commerce, la langue et les coutumes (Carlos Menem, ancien président de l’Argentine ; Alberto Dahik, ancien vice-président de l'Équateur ; Robert Ghiz, Premier ministre de l'Île du Prince-Édouard ; Jamil Mahuad, ancien président de l'Équateur ; Julio César Turbay Ayala, ancien président de Colombie…).
Les gens des lettres, de leur côté, n’ont pas tardé à marquer la vie intellectuelle et artistique du pays d’accueil. Des plumes à l’image d’Elia Abu Madi (poète), Mikhaïl Nouaymeh (poète et écrivain), Amin al-Rihani (écrivain et essayiste), Albert Hourani (historien) et son frère Albert Hourani (historien)… ont signé leur vie.
L’influence littéraire de cette diaspora est arrivée jusqu’au pays d’origine. Les clubs littéraires créés par ces écrivains, à l’image d’Arrabita Al Kalamiya (la ligue de la plume), créée et présidée par Khalil Gibran, dont les membres étaient des écrivains de renommée, a marqué la littérature arabe. Elle continue jusqu’à aujourd’hui son impact sur les écrivains. Le livre Le Prophète de Khalil Gibran demeure le livre le plus lu depuis son apparition en 1923. Depuis son pays d’exil, cette diaspora de Bilad Echcham a bouleversé le style de littérature arabe. Elle a modernisé la langue arabe. Elle a libéré la prose arabe. Elle a marqué le premier pas vers la modernisation dans le monde arabe, hélas avortée par le courant salafiste et réformiste religieux.
Aujourd’hui, en suivant, le cœur brisé, sur toutes les télévisions du monde ces chaînes humaines de réfugiés, fuyant la guerre et l’intolérance, peut-on imaginer qu’un jour le monde arabe aura un écrivain, parmi cette foule malmenée, souffrante, bloquée sur des frontières barricadées… à la taille de Khalil Gibran, d’Edouard Saïd, Hisham Sharabi ou Adonis ? Un écrivain capable de réveiller la conscience et faire face à l’hégémonie islamique dans un monde fatigué par les haines, les commerçants de religion et le pétrole ?
Je suis optimiste.

A. Z.


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2 réactions
Emmah le 07/10/2015 à 13h08

Nul n'est prophète en son pays. Faut-il vivre dans un exile amère loin de sa terre natale, loin de sa famille et amis pour que le génie artistique et littéraire s'épanouissent ? Fuir l'insécurité, les dictatures, la pensée sclérosée, les cerveaux surgelés et le beni-oui-ouisme ambiant; c'est peut-etre cela la rençon à payer. "Ardh Rabbi wasaa".

Emmah le 07/10/2015 à 13h08

Nul n'est prophète en son pays. Faut-il vivre dans un exile amère loin de sa terre natale, loin de sa famille et amis pour que le génie artistique et littéraire s'épanouissent ? Fuir l'insécurité, les dictatures, la pensée sclérosée, les cerveaux surgelés et le beni-oui-ouisme ambiant; c'est peut-etre cela la rençon à payer. "Ardh Rabbi wasaa".

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