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Économie / Chroniques Mekideche

EN TOUTE LIBERTÉ

À propos de la filière viandes en Algérie : où en est-on vraiment ?

Mustapha MEKIDECHE

À vrai dire, pour une fois,  j’ai eu des difficultés, en préparant cette chronique, à trouver une base documentaire et statistique cohérente. J’ai même relevé un début de polémique entre l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) et le ministère de l’Agriculture sur les statistiques de production. L’argument imparable de l’UGCAA étant que la croissance à deux chiffres affichée de la filière viandes  ne se reflète ni dans la stabilisation des prix ni dans la diminution des importations de viandes rouges.Qui croire ? Mais dans tous les cas cela témoigne déjà, à première vue, d’une filière éclatée et encore inorganisée, incapable en tout cas de valider des statistiques de production et encore mois de formuler des propositions consensuelles de redressement.
Essayons quand même d’y voir clair, quand bien même cela est rendu encore plus compliqué par les études de nos fournisseurs nord- méditerranéens qui poursuivent, quant à eux, d’autres objectifs, ceux de l’élargissement de leurs exportations de viande sous toutes les formes. Certains vont jusqu’à préciser, s’agissant de la sous-filière bovine, que “le développement local ne tarit pas le besoin des importations”. Malgré tout, les recoupements statistiques que j’ai faits pour les viandes rouges donnent une production annuelle de 400 000 tonnes pour une demande estimée à 600 000 tonnes, soit une couverture du marché national des deux tiers au mieux, partiellement assurée par des importations, notamment lors du Ramadhan (30 000 à 40 000 t). Cette production est réalisée par 192 667 éleveurs disposant de 20 millions de têtes ovines et 2 millions de bovins. Par ailleurs la filière ne dispose pour un pays aussi vaste que l’Algérie que de 64 abattoirs équipés, 323 centres d’abattages et 100 unités de transformation. Ceci étant, les experts estiment que l’essentiel des goulots d’étranglement de la filière se situent en amont. Ainsi selon Akli Moussoui, ingénieur agronome, les pouvoirs publics doivent en priorité “dégager un  programme de développement de l’alimentation animale”. Force est de constater que le développement des cultures fourragères reste encore peu perceptible en dépit des déclarations du secteur concerné. On peut repérer cette démarche extensive inopérante, coûteuse et inefficace dans les statistiques données par l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) sur la période 2002-2013. Le nombre de projets d’engraissement de bovins et/ou ovins est de 54 pour un  montant total de 5,620 milliards DA et 701 emplois crées. Ce qui donne en moyenne par projet 100 millions DA (1million d’euros) et 13 emplois. Ce n‘est pas avec des projets de cette taille modeste qu’on obtiendra le niveau de production de viandes rouges nécessaire pour couvrir les besoins du marché. À l’inverse, notons que la progression significative des  surfaces agricoles irriguées mises à la disposition de la filière permettra d’avoir à la fois des exploitations agricoles de plus grande taille et de produire de façon intensive les aliments du bétail, notamment les productions fourragères. Le bureau commercial d’Alger de l’agence économique  française Ubifrance qui vient de mettre en ligne  sur son site une étude sur “le marché de la filière viande en Algérie 2015”, estime que ces surfaces irriguées vont atteindre à moyen terme 1,6 million d’hectares. J’ajouterai que le Comité mixte de pilotage ad hoc regroupant le ministère de l’Agriculture et celui des Ressources en eau, installé le 2 février 2015, avait été chargé de mettre en œuvre un  programme de 2 millions d’hectares à l’horizon 2020.
S’agissant de la filière  de viande blanche, nous disposons d’études précises qui nous permettent d’identifier, là aussi, “les raisons de sa déstructuration chronique”. Ainsi un article scientifique publié dans le deuxième numéro 2013 de la revue New Médit par Ahcène Kaci (École nationale agronomique d’Alger) et Foued Cheriet (Sup. Agro Montpellier) et intitulé “Analyse de la compétitivité de la filière de viande de volaille en Algérie : tentatives d’explication d’une déstructuration chronique” en cerne parfaitement la problématique. Ce papier nous apprend que, malgré des inputs subventionnés, les coûts de production d’élevage de poulets  étaient en 2007 et en Algérie  de 1,67 euro par kilo de poids vif  soit trois fois ceux des États-Unis et du Brésil et deux fois ceux des Pays-Bas. Le coût après abattage reste dans les mêmes proportions  en ajoutant qu’ils sont le double de ceux de la Thaïlande. Les facteurs d’inefficacité de la filière renvoient, selon les deux auteurs, non seulement aux facteurs de surcoûts de production mais aussi à des facteurs institutionnels et organisationnels auxquels s’ajoutent les facteurs liés aux compétences et À l’apprentissage. Cette faiblesse de compétitivité risque à l’avenir, c'est-à-dire après notre accession à l’OMC, d’entraîner la disparition de cette filière. Aussi concluent-ils par un certain nombre de mesures de nature à “améliorer la compétitivité et soutenir la concurrence internationale”. Il s’agit en particulier d’y injecter de nouveaux investissements de modernisation, d’adapter les produits avicoles aux attentes des consommateurs, de développer de nouveaux produits à forte  valeur ajoutée et “de mettre en place un système fiable de contrôle de la qualité au sein de la filière”.
Pour conclure on peut dire que cette filière viandes, à l’instar des autres filières agricoles et agroalimentaires souffre des mêmes déficits institutionnels  et organisationnels. Elle souffre également des mêmes déficits de qualification des ressources humaines. Elle souffre aussi d’une configuration foncière inadaptée. Produire localement veut aussi dire produire moins cher car la substitution aux importations ne peut se faire à n’importe quel prix. En ces temps de rationalisation budgétaire mais aussi d’accession prochaine   à l’OMC, il faudra apprendre à compter et à être compétitif. Ce qui est valable pour l’industrie est valable aussi pour les services, le BTPH et l’agriculture. Les périodes de transition seront plus courtes qu prévu. La sanction internationale, institutionnelle et marchande, sera féroce à l’encontre de qui n’a plus d’argent. Regardez le traitement réservé à la Grèce. Cela devait donner à réfléchir. À tous.

M. M.


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