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Économie / Chroniques Mekideche

EN TOUTE LIBERTÉ

Filières universitaires et emploi : une inadéquation qui vient de loin

Mustapha MEKIDECHE

En période d’inscription universitaire, on constate de façon récurrente un désarroi profond chez les nouveaux bacheliers et leurs parents. Ce dernier est d’ailleurs largement relayé sur les réseaux sociaux. Quelle filière choisir ? Ou plutôt quelles sont les filières auxquelles on ouvre droit ? Comment s’effectue, en dernière analyse, l’affectation finale au vu des dix options souhaitées et classées par ordre décroissant d’intérêt dans la préinscription? La filière finalement affectée et/ou choisie offrira-t-elle, en fin de cycle un débouché professionnel adéquat ? La question est d’autant plus préoccupante qu’elle concerne 80% de la cohorte des nouveaux bacheliers, en enlevant ceux d’entre eux qui ont une moyenne supérieure à 13/20 d’un côté et inférieure à 11/20 de l’autre. Cette courbe gaussienne des résultats aurait pu être encore plus complexe à gérer par l’université si l’on avait cédé au populisme. Celui de la réintroduction  des “rachats” à moins de 10/20 car cette courbe aurait été alors plus aplatie dans le sens de l’abscisse des notes les plus basses. Résultat des courses : la cuvée 2014 se contente du taux de 45,01% de réussite. En comparaison  avec celui de 87,9% réalisée par la France nous sommes évidemment loin du compte. Ceci étant, l’objectif intermédiaire de 70% de réussite au baccalauréat fixé par la ministre de l’Éducation nationale “à l’horizon 2015” me paraît trop élevé compte tenu des retards, des pesanteurs et des tropismes qui caractérisent pour le moment l’école algérienne.
Alors comment se répartissent  les étudiants dans les  spécialités offertes par le système universitaire ? Considérant, probablement à tort, que les aptitudes scientifiques sont plus utiles aux sciences médicales notamment, qu’aux sciences sociales on retrouve dès 2007, deux tiers des effectifs totaux des  étudiants inscrits dans les filières des sciences humaines et sociales SHS). C’est ce que nous pouvons appeler une orientation par défaut. De plus il y a un autre fait qui explique cette polarisation qui vient de loin. Je  vois mal en effet comment on pourrait attirer des étudiants vers les filières technologiques lorsque le secteur industriel ne contribue qu’à 5% du PIB. Tout le monde le sait, y compris les bacheliers et les étudiants. Combien d’ingénieurs toutes spécialités confondues se trouvent sans emploi et lorsqu’ils en trouvent un il est  le plus souvent sans  rapport avec leur cursus universitaire ? Ce sont  les fondamentaux du marché du travail qu’il va falloir corriger. Excès de l’offre face à une insuffisance  de la demande : seuls 67% des diplômés ont trouvé un  emploi selon une enquête de l’ONS faite en 2013. Inadéquation ensuite de l’offre par rapport à la demande exprimée : 37,5% d’emplois ne trouvent pas preneurs selon le Patronat algérien. Les politiques publiques de soutien à l’emploi ont atteint leurs limites d’efficacité en contribuant à réduire le taux de chômage à 9,8%. Cela sera beaucoup plus coûteux et plus difficile d‘améliorer ce ratio par les seuls mécanismes publics d’accompagnement et d’appui. C’est le binôme entreprise/université qui pourra, à présent, contribuer le plus  à la croissance et à l’emploi, moyennant de sa part deux efforts concomitants appuyés par l’action intelligente et décentralisée des pouvoirs publics. Ce qui est attendu de la communauté universitaire et de son système c’est à la fois la prise en charge correcte de démocratisation de l’enseignement supérieur et la mise en adéquation permanente des formations dispensées aux besoins des secteurs productifs de biens et de services. Les instruments ont été mis en place. Il convient de bien ou de mieux  les utiliser. Je pense, contrairement à une idée reçue, au système pédagogique du LMD qui fait de la relation entreprise/université un lien structurel même si beaucoup d’universités se plaignent des difficultés à trouver des stages en entreprises  pour leurs étudiants. Je pense également aux programmes nationaux de recherche et au système national d’innovation dont les financements budgétaires sont disponibles. Ce qui est attendu des entreprises c’est la mutualisation de leurs besoins en technologie et en management pour faciliter une prise en charge plus adaptée et plus efficace par les différents systèmes nationaux de formation, y compris privés. Cela en attendant que la masse critique des entreprises algériennes soit plus grande (97% des entreprises algériennes ont moins de trois salariés) et leur forme de gestion plus moderne (la formule de société par actions est encore l’exception). Une autre idée st celle d’intégrer des hommes ressources universitaires dans les organes sociaux et/ou les comités stratégiques des entreprises. Une dernière idée est de considérer le capital humain de l’entreprise comme un actif stratégique auquel il convient de veiller autant qu’à sa trésorerie ou bien à ses parts de marchés car au bout du compte c’est lui qui les génère. A ce propos lorsque l’on demandait au PDG du constructeur aéronautique brésilien Embraer quel était le secret de sa réussite, il répondait “la qualité de nos ingénieurs”. Pour conclure on voit bien que tout est dans tout. On peut ainsi transformer la contrainte de la massification des cohortes universitaires en formation en avantage compétitif pour l’économie algérienne pour autant que les deux institutions concernées que sont l’entreprise et l’université  se concertent et construisent des passerelles  de partenariat solides et permanentes. C’est par cette voie que sont passés des pays émergents comme le Brésil mais aussi comme l’Inde et la Chine. Pourquoi pas alors l’Algérie ?  C’est ce qu’on appelle dans l’art militaire et le management, transformer une menace en opportunité.

M. M.


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