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Économie / Chroniques Mekideche

Industrie pharmaceutique algérienne :

fort potentiel mais subsistance d’inertie

J’ai toujours pensé et écrit que l’état de sa branche pharmaceutique est le marqueur le plus pertinent de l’industrie algérienne. Cela en dépit du faible poids relatif de cette branche dans cet état consolidé du “tout-import” dans lequel baigne l’économie algérienne. Un marché de  3 milliards de dollars, couvert à un tiers par la production nationale et aux deux tiers par l’import. En comparant ce dernier chiffre (2 milliards de dollars) aux 60 milliards d’importation annuelle, cela peut sembler négligeable : un peu plus de 3%. Malgré cette faible part dans la structure globale de nos importations nous n’avons pas su échapper aux pénuries en la matière. Et dans ce cas, ces pénuries revêtent quelquefois des aspects tragiques s’agissant du droit à la santé du citoyen. Ceci dit le marché algérien de la pharmacie est le second en Afrique derrière celui de l’Afrique du Sud. Mais cette forte élasticité de nos importations, notamment de médicaments, c’était avant, sauf que beaucoup de mes compatriotes ne le savent pas encore. A ce sujet on constate que ce secteur avait anticipé cette perspective avant les autres branches industrielles en  initiant un développement endogène. A quelques mois du lancement du programme quinquennal 2015-2019, il est utile de faire un bilan des progrès réalisés et des contraintes qui lestent encore et  toujours ce secteur stratégique. Avant cela je vous dis pourquoi le secteur pharmaceutique est le marqueur le plus pertinent de l’état de l’industrie algérienne. Ce secteur subit, en plus des conséquences négatives partagées avec le reste de l’industrie d’un climat des affaires encore médiocre, des contraintes bureaucratiques supplémentaires dues à la nature spécifique de ses produits. S’il arrive, malgré cela, à réaliser un taux de croissance convenable, les autres branches industrielles ne tarderont pas à suivre. Comme on dit qui peut le plus peut le moins. Qu’en est-il des éléments de bilan ? L’objectif fixé en 2010, partagé par les producteurs du secteur et les pouvoirs publics, de couvrir 70% des besoins nationaux en médicaments en 2014 ne sera certainement pas atteint. Nous verrons pourquoi. Sur une nomenclature  de 1400 médicaments seuls 310 sont produits en Algérie. Cependant beaucoup de choses ont été initiée dans la sphère productive du secteur. Après plusieurs années d’incertitude, le groupe pharmaceutique public retrouve le chemin de la croissance et de l’investissement. C’est ainsi qu’en 2011, ce groupe a bénéficié d’un plan de développement de 17 milliards de DA afin de doubler sa production sur cinq ans. Résultat à mi-course : Saidal a réalisé un bénéfice net consolidé de 2,65 milliards de DA en 2013. Enfin en mars  2013, le groupe public a signé trois contrats de réalisation d’usines de production de génériques à Zmirli, Constantine et Cherchell. Mais on se souvient moins de la  performance de ses actifs intangibles alors que la recherche et l’innovation sont au cœur de leur métier. En effet qui se rappelle que l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi) avait décerné au Centre de recherche et de développement de Saidal le prix de la meilleure invention de l’année 2007 pour la “matrice à désintégration rapide” ? Ceci tant,  c’est  le secteur privé qui réalise la plus grande partie de la production nationale de médicaments. En termes d’investissement, le dynamisme du secteur privé dans ce secteur est illustré par le lancement de plusieurs projets. Certains le sont en  en joint-ventures avec de grands laboratoires internationaux à l’instar de celui d’Alger associant Biopharm avec Asterzeneca pour fabriquer des médicaments pour les pathologies cardiovasculaires, neurologiques et oncologiques. Sur le moyen et long termes, la direction de la ville nouvelle de Sidi Abdallah a déjà validé 42 projets d‘investissement dans le domaine de la santé et du médicament pour une superficie de 52 ha. Il faut rappeler que l’Algérie cherche à développer sur ce site un pôle de recherche et de production de médicaments innovants biotechnologiques. La construction d’un partenariat  avec le réseau américain de laboratoires PhRMA pour y établir un quatrième pôle biotechnologique mondial de recherche et de production après ceux de Boston, Dublin et Singapour, est en cours. Sur le même pôle Sanofi-Aventis a déjà démarré la construction de “la plus grande usine d’Afrique”, selon ses promoteurs, usine devant produire “250 types de médicaments secs, liquides et en sachets adaptés au marché algérien”.  Je vais vous dire à présent pourquoi l’objectif de couvrir 70% des besoins en 2014 par la production nationale n’a pas été atteint. D’abord pour les contraintes identiques à celles que subissent à ce jour une grande partie des investisseurs en Algérie : l’indisponibilité, dans des délais et des coûts compatibles avec une conduite professionnelle du projet, du foncier industriel requis. J’ai connaissance de plusieurs projets dont les études de procédés, l’ingénierie de réalisation sont  terminées et le financement bouclé alors que l’assette foncière n’est toujours pas disponible. Ensuite il y a des contraintes spécifiques au secteur. A titre d’exemple la contrainte de lenteur dans le système d’enregistrement du médicament. Dr Abdelouahed Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (Unop) nous apprend que le traitement de cette contrainte pourrait permettre “l’enregistrement d’au moins 500 produits locaux par an et de seulement 150 médicaments par an”. Pour ce faire, l’étude du dossier d’enregistrement ne devrait pas excéder “une période de sept jours”. Il me semble, quant à moi, que ce type de contrainte bureaucratique récurrente n’est pas due à la mauvaise volonté. Elle renvoie fondamentalement à une asymétrie devenue structurelle, partout dans les administrations, entre les ressources requises et les missions dévolues. Comment voulez que le service d’enregistrement des médicaments du ministère en charge de la santé qui ne dispose que de moins d’une dizaine de spécialistes puisse réaliser des performances qui en nécessitent plusieurs dizaines ? On voit bien, en conclusion, que les objectifs de croissance forte de ce secteur, et de façon plus générale ceux du système productif algérien, sont à notre portée. On identifie assez bien également, avec le temps et l’expérience, les forces, les intérêts et les tropismes qui en contrarient l’essor. Alors pourquoi cette inertie ? La réponse à cette question est clairement dans le champ politique.

 


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