Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

Économie / Chroniques Mekideche

en toute liberté

Peut-on sortir de la crise par une gouvernance de meilleure qualité ?

C‘est dès le début de cette année 2016, plus qu’en 2015, que l’on rentrera dans le dur en matière de gestion tendue de la crise. Ce type de situation, déjà vécu dans la décennie 90, et à un degré moindre en 2008 et 2009, exigera une gouvernance économique et sociale d’une plus grande efficacité et justesse.
Ce qui implique une meilleure anticipation, une gestion réactive et un plan de réformes, à contre-courant des paradigmes et pratiques en vigueur, afin de faire sortir l’économie du pays de la crise. Est-ce impossible comme certains le proclament déjà dans leurs médias, ici et surtout ailleurs, tant la culture rentière et le poids des lobbies imprègnent la société et l’économie algériennes ? Ces derniers avancent l’argument que la prégnance de la variable extérieure des prix des hydrocarbures est telle en Algérie qu’elle revêt un caractère structurel permanent sur le fonctionnement et la reproduction de l’économie et de la société algériennes. À l’inverse d’autres considèrent que ces moments exceptionnels de rupture offrent précisément une fenêtre de tir favorable pour infléchir un modèle économique devenu inopérant du fait de la forte contraction, dans la durée, de la rente des hydrocarbures ? Je choisis pour ma part ce second point de vue. Car, une sortie de crise par une meilleure gouvernance économique et sociale est, me semble-t-il, possible du fait que les marges de manœuvre financières le permettent encore en 2016. Mais nous verrons que cette démarche va buter sur des pré-requis dont la résolution implique l’amélioration de la gouvernance politique sans laquelle la résistance au changement aura des difficultés à être contournée, comme en témoigne la réaction de l’opposition à la loi de finances 2016. Ceci n’est d’ailleurs pas propre à l’Algérie. Ainsi dans leur méthodologie d’évaluation de la gouvernance des pays concernés, les institutions internationales comme l’OCDE et continentales comme le MAEP de l’Union africaine déroulent systématiquement leurs exercices autour de quatre axes imbriqués : la gouvernance politique, la gouvernance institutionnelle, la gouvernance économique y compris celle de l’entreprise et la gouvernance sociale. À ce sujet un élément problématique intéressant concernant notre pays émerge. Pourquoi la gouvernance sociale de l’Algérie est bonne alors que sa gouvernance économique est médiocre ? La réponse à cette question pourrait être de nature à éclairer certaines pistes d’amélioration de la gouvernance économique qui est une des préoccupations majeures des pouvoirs publics et des partenaires sociaux.
Retour aux faits. Le rapport 2015 sur le développement humain du Pnud (288 pages, 27 décembre 2015) classe l’Algérie comme pays à haut développement humain au rang de 83e sur 200 pays. En Afrique, l’Algérie est en tête avec l’île Maurice et les Seychelles. À l’inverse au plan du climat des affaires nous sommes toujours mauvais et traînons au bas des classements internationaux. Dans le rapport Doing Business 2016, établi parle groupe de la Banque mondiale, l’Algérie est classée 163e sur 189 pays, en recul de deux places par rapport à 2015. Je relève, à titre d’illustration, un élément paradoxal dans le critère “raccordement à l’électricité” des entreprises, où nous reculons de plus de 5 places (de 125 en 2015 à 130 en 2016)  alors que l’Algérie est électrifiée à plus de 97%. Difficile de faire mieux et pourtant les entreprises n’en bénéficient pas ! Les cas vécus d’entreprises dont j’ai eu connaissance me permettent de confirmer cette divergence récurrente et inacceptable créée par la bureaucratie ambiante. Le fait est que nous n’obtenons pas les mêmes performances dans la gouvernance économique que dans la gouvernance sociale. Est-ce dû à une déclinaison algérienne du syndrome hollandais ou à une cause lointaine et profonde de nature anthropologique ? Y a-t-il alors une sorte d’internalisation par les institutions et la société du fait que les retards dans les réalisations des investissements seront, de toute manière, couverts, voire compensées par la rente ? Ou bien que le “biznassi” algérien soit différent culturellement de l’homme d’affaires capitaliste “schumpétérien” ? Tant que des recherches académiques et professionnelles n’auront pas été faites chez nous sur ces sujets, nous aurons toujours des difficultés à conduire avec succès les réformes économiques et à diversifier notre économie. La preuve est que nous avons déjà de bons textes mais qui ne sont pas implantés dans le paysage économique. Je dis bien chez nous car les réponses généralement “libérales” apportées de l’extérieur ne règlent rien. Tenez par exemple la thématique sur “l’inclusion économique et financière” proposée par CARE lors de la cérémonie de son 15e anniversaire n’a pas été pertinemment traitée dans sa partie économique. D’une part parce que le débat était fermé et d’autre part parce que l’éminent économiste libéral péruvien Hernando De Soto a parlé d’une forme d’économie informelle qui n’est pas celle de l’Algérie. Ainsi, contrairement aux exemples génériques qu’il a donnés, les “biznassi” chez nous ont tous un passeport et voyagent régulièrement dans le reste du monde pour importer la plupart du temps. On ne peut pas non plus le suivre dans son raisonnement lorsqu’il justifie la “tchippa”  comme la contrepartie des impôts dus à l’État redistributeur. Quant à la qualité de la gouvernance politique, elle est au cœur du dispositif de réforme car elle en construit son acceptabilité sociale et politique par une ingénierie progressive de mise en œuvre et la construction de consensus. Dans ce cadre on verra ce que la nouvelle Constitution va réserver comme place aux contre-pouvoirs en général et à l’opposition institutionnelle ou non en particulier. Cela pour que la classe politique et la société civile deviennent des facteurs de solution dans les réformes économiques à venir.
On voit bien qu’il va falloir encore creuser, comme disent les encadreurs à leurs doctorants, afin de trouver le sentier optimal pour implanter des réformes économiques qui sont incontournables pour le pays. Aussi bien dans le domaine de la gouvernance économique que dans celui de la gouvernance politique. C’est, pour ma part l’agenda qu’il faudrait retenir pour 2016. Pour le reste je vous souhaite, chers lecteurs, une bonne année pour vous et vos proches.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER