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Économie / Chroniques Mekideche

Fin de la grève du segment amont de la filière lait

qui a mis la main à la poche le marché ou encore l’Etat ?

C’est à la veille du Ramadhan, au moment où la demande en lait cru des transformateurs et des ménages est la plus élevée que les fédérations d’éleveurs de bovins des wilayas de Tizi Ouzou et de Béjaïa ont initié un mouvement de grève. Il s’agissait pour eux de protester contre le gel de la subvention de l’État à hauteur de 12 DA le litre de lait cru, alors que les coûts d’un certain nombre de facteurs de production ont considérablement augmenté tels que le fourrage (300%)  et autres aliments concentrés du bétail (24%). Posons d’abord exactement les termes d’un problème qui peut intéresser les doctorants en économie industrielle ou en économie agricole, mais qui intéresse surtout les acteurs de la filière et les pouvoirs publics qui sont invités à mettre la main à la poche. Selon les producteurs de lait cru, et il n’y pas lieu d’invalider cela, “il faut savoir que la production d’un litre de ait de vache (nous) revient à 75 DA et est cédé aux transformateurs à 35 DA”. La subvention octroyée par le budget de l’État, à travers l’Office national interprofessionnel du lait (Onil) aux producteurs  est de 12 DA par litre. Alors faisons le calcul : il y a un montant différentiel de 75 DA moins 47 DA, soit 28 DA par litre à financer pour équilibrer l’opération et donc d’assurer la viabilité de l’activité. Toute la question  est de savoir qui prendra en charge ce différentiel : l’État ou le marché ? Pour Mahmoud Bouchekeur, président du Comité interprofessionnel du lait, la solution la plus simple aurait été sans doute que l’État le fasse de nouveau car cela a toujours été, à ce jour, la solution de facilité récurrente. Sauf que la contrainte budgétaire borne les capacités financières de l’État qui doit faire face dorénavant à des arbitrages douloureux en matière de dotations. D’où la réponse prudente du ministre de l’Agriculture, Abdelkader Kadi, aux revendications ainsi exprimées par le Comité interprofessionnel du lait à qui il a demandé “de formuler des propositions réalistes”. Mais lesquelles ?  Et quelle place  pour les logiques marchandes dans tout cela ?  Pour la première fois, me semble-t-il, les deux leviers que sont l’État et le marché vont intervenir de façon concomitante, en tant que deux variables déterminantes d’ajustement, pour résorber cette crise de l’amont de la filière. Du côté du marché, il s’agit de mieux rémunérer les producteurs locaux de lait cru par un partage équitable des marges importantes obtenues sur des produits finis à prix libérés (lait conditionné, fromages, yaourts et autres produits lactés) au profit des industries de transformation. Du côté de pouvoirs publics, il s’agit de parvenir à “l’assainissement et le contrôle du circuit financier des primes et soutien accordés par l’État à la filière lait” et mieux réguler les prix des intrants des producteurs de lait cru. C’est d’ailleurs ce qui a conduit à l’arrêt de cette grève des producteurs de lait cru entamée au début de ce  mois de juin 2015. Cela ressort aussi de la déclaration de la Fédération des éleveurs et producteurs de lait de la wilaya de Tizi Ouzou, annonçant la suspension du mouvement de grève, qui y exprime une double satisfaction. Celle d’avoir obtenu l’écoute des pouvoirs publics pour mieux réguler, accompagner et assainir leur activité et une réponse favorable du marché, notamment celle des entreprises de transformation de la haute et basse Kabylie, nommément citées, pour répartir plus équitablement les marges des produits libérés. Alors quels enseignements tirés de cette crise et de son traitement ?  Plusieurs. D’abord la nécessité de l’observation et ensuite de l’analyse des conditions de formation des marges industrielles et commerciales. Cela pour y dénicher éventuellement les captages induits de rentes et d’abus de position dominante, conformément au principe de base de toute économie de marché : celui de la symétrie de l’information entre les institutions et les acteurs. C’est valable pour cette filière comme pour les autres qui disposent d’intrants subventionnés pour les ménages mais aussi des mêmes intrants censés être acquis aux prix internationaux pour obtenir d’autres produits à prix libres sur le marché. C’est le cas de la filière céréales mais pas seulement.. Le deuxième enseignement renvoie à l’urgence et à la mise à plat des mécanismes de subvention des produits de première en ciblant les segments sociaux à bas revenus et vulnérables les gaspillages et laisser jouer les lois du marché pour les autres. On voit bien les difficultés, dans le cadre du système de redistribution en vigueur, de réduire les gaspillages et les captations indues des subventions par certains acteurs formels et informels de marché. Dernier enseignement l’organisation des filières et de leurs différents acteurs qui sont non seulement en position de vigie, pour anticiper le moindre signal du marché, mais aussi sont porteurs de solutions négociables. Vous voyez bien il n’y a pas lieu de désespérer de ce pays. Il est suffisamment maltraité par les autres. Vous n’avez qu’à lire la presse étrangère.


M. M.


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