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Économie / Chroniques Mekideche

Gaz de schiste en Algérie :

un débat utile mais encore asymétrique

En dépit des récupérations politiciennes inévitables et des interférences extérieures (il y en aura toujours), le débat social et technicoéconomique qui se développe sur le gaz de schiste en Algérie est tout compte fait utile bien qu’asymétrique. Cette asymétrie dans la connaissance et la vision du sujet rend cependant les positions affichées et les dialogues entre les acteurs sociaux, les populations et les experts d’une part et les pouvoirs publics d’autre part, assez difficiles à conduire et à clarifier.
Pour tout dire, le débat risque de déraper et même d’aller dans tous les sens. A l’inverse, un problème bien posé est à demi résolu. Aussi il convient d’abord de quitter le champ des arguments faciles ou superficiels que j’ai entendus çà et là du type “on nous ment, l’Algérie n’a pas d’experts ou bien encore qu’il n’y aucun risque”. Il faut que les uns et les autres fassent quand même l’effort d’identifier au préalable les termes d’un débat social utile sur la question ; l’irruption puis l’implication des populations et des élites locales concernées dans ce débat étant plutôt une bonne nouvelle.
Pour ma part, je tenterai ici de mettre en perspective les termes de ce débat, qui ne fait que commencer, en rejetant d’emblée l’option du passage en force mais aussi celle de l’insulte gratuite et souvent anonyme (quel courage) que l’on retrouve sur les réseaux sociaux. Expurgée donc de ces excès, on peut segmenter les termes du débat  en trois niveaux problématiques, ou perçus comme tels, sur lesquelles les désaccords doivent être précisés puis réduits et les convergences construites. Un premier palier, qui est préjudiciel, devra répondre à la question suivante : est-ce vraiment nécessaire de recourir au gaz de schiste et à quel horizon temporel pour assurer notre sécurité énergétique ? Un deuxième niveau qui aura pour objet de traiter des conditions de sécurité d’exploration, d’exploitation et de protection de l’environnement mises en avant avec force par les populations locales. Et enfin un troisième niveau qui examinera les conditions économiques et financières d’exploitation de cette ressource insuffisamment étudiées pour l’heure, sachant d’ores et déjà que l’exploitation de cette dernière est une opération industrielle qui ne générera pas de rente. Commençons par le premier niveau de désaccord : à quoi bon recourir au gaz de schiste si les réserves de gaz conventionnelles suffisent à couvrir les besoins à long terme du pays ? Force est de constater que malheureusement tel n’est pas le cas. La production nationale de gaz naturel conventionnel, après le pic de 2005, dû à une exportation massive finalement non justifiée économiquement et financièrement, est entrée dans un déclin avéré de l’ordre de 7,5%. Ce n’est pas les déclarations officielles d’un doublement de la production gazière qui y changeront quelque chose, car il s’agit, pour l’essentiel, de la mise en production de projets en retard tels que celui de Gassi Touil.
Je dirais même plus : cette annonce a été une erreur de communication qui a brouillé le débat, car l’opinion publique est en droit de s’interroger : pourquoi développer dans ces conditions de disponibilité de gaz conventionnel le gaz de schiste ? En vérité, le bilan gazier est très préoccupant à long terme. Le profil moyen d’évolution de notre demande gazière à l’horizon 2030 s’élèvera à 37 milliards m3 pour la génération d’électricité auxquels il convient d’ajouter 40 milliards pour la consommation des ménages et des industries, soit 77 milliards de m3 par an (source Amina Seghali, Sonelgaz). En 2013, la consommation nationale de gaz a été de 36 milliards de m3 de gaz. Cette dernière doublera en 2030 et triplera probablement en 2040. Sauf à importer du gaz naturel, je vois mal comment satisfaire la demande à cet horizon. Le compte n’y sera pas, même si l’on accélère la réalisation du programme des énergies renouvelables approuvé par le gouvernement en 2011.
Le deuxième niveau de débat contradictoire devrait porter sur les conditions de recherche, d’exploitation et de protection de l’environnement. On peut repérer deux dangers potentiels majeurs dans ce processus d’exploration et de production du gaz de schiste. Le premier peut provenir d’une imperméabilité et d’une étanchéité du tubing non assurées. A ce propos, la grande catastrophe écologique du golfe de Mexique en a été la raison et pourtant il s’agissait de forages d’hydrocarbures conventionnels de BP. Le second danger potentiel est relatif aux conditions de récupération et de traitement des effluents liquides qui servent à la fracturation de la roche. La troisième problématique sujette à débat est de nature économique et financière. Il ne faut pas se bercer d’illusions, je le répète aux partisans de la rente perpétuelle au risque de les décevoir, l’exploitation du gaz de schiste est une opération industrielle qui ne génère pas de rente.
Pour plusieurs raisons : des coûts de production élevés du fait du nombre très élevé des plates-formes de forage pour obtenir la même production que pour du gaz conventionnel, la déplétion plus rapide des gisements qui oblige à opérer d’autres forages, d’où des charges opérationnelles et logistiques plus élevées. Il est évident que la rentabilité sera d’autant plus faible et le retour sur investissement plus long dans la situation d’une baisse durable et significative du prix des hydrocarbures.
En conclusion, l’équation de l’exploitation du gaz de schiste est complexe, car le recours à cette technique de mise en valeur est inévitable à terme, même si elle implique une vigilance environnementale inédite et une rentabilité modeste. D’où la nécessité d’approfondir le débat social, technologique et économique sur cette question, loin à la fois des surenchères et des certitudes superficielles que l’on a pu observer ces dernières semaines. La bonne nouvelle étant que ce débat a été ouvert très tôt. Il ne faut surtout pas le fermer prématurément ou le réduire à des incantations récurrentes sans intérêt.


M. M.


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