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Économie / Chroniques Mekideche

Le secteur des TIC

Un nouveau moteur de croissance hors hydrocarbures ?

A première vue, dans cette période de crise pétrolière où l’on recherche désespérément à construire une “économie diversifiée”, le secteur des TIC est éligible, pour beaucoup, à être une partie constituante, robuste, de cette dernière. Ce qui renforce cette opinion chez certains c’est la percée spectaculaire et inattendue de la 3G, y compris pour l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (APRT).
Imaginez qu’en moins d’un an (de décembre 2013 à novembre 2014) le nombre d’abonnés à l’internet 3G a atteint 8,2 millions d’abonnés répartis dans 39 wilayas. Le dernier bilan de l’APRT établi en décembre 2014 donne le chiffre de 9 816 143 d’abonnés à la 3G (tous opérateurs fixe et mobiles confondus). Ce faisant, le taux de pénétration d’internet en Algérie est passé de 6% en 2013 à plus de 24% à fin 2014. Mais cela c’est l’arbre qui cache la forêt ; tout comme le développement rapide de la téléphonie mobile (39,5 millions d’abonnés à fin 2013) nous avait laissé penser que nous avions basculé dans l’économie numérique. En fait le secteur des TIC ne contribue qu’à 2,9% au PIB national, loin de la moyenne mondiale qui est de 7% ; loin aussi du Maroc (7%) et surtout de la Tunisie (13%).
De plus le segment de la téléphonie fixe ne progresse que lentement, avec une télédensité de 8,10% seulement en 2013 et un nombre total d’abonnés de 3 132 839. Alors il faut bien tenter d’expliquer pourquoi, malgré un engagement financier de l’Etat dans la branche estimé à cinq milliards de dollars entre 2012  et 2016 et celui d’opérateurs publics et privés et l’existence d’un marché solvable émergent, la contribution de la branche au PIB reste aussi faible.
En faisant cet exercice on identifiera probablement une grande partie des verrous qu’il va falloir sauter. J’observe pour ma part que le verrou le plus massif réside dans la partie aval du secteur des TIC. La demande et l’offre induite de l’industrie du contenu et des logiciels restent assez faibles alors que le hardware est déjà mis en place. La question est de savoir comment faire révéler puis faire émerger cette demande des entreprises, des ménages et des institutions de sorte que l’offre en la matière trouve un marché solvable. Une partie de la difficulté renvoie à la lenteur des réformes dans les branches et secteurs utilisateurs, réformes qui tardent à se mettre en place soit pour des raisons liées à des pesanteurs sociologiques des acteurs concernés, soit par le refus par ces derniers de la transparence résultant de l’utilisation des TIC. C’est le cas, par exemple, du refus, largement partagé chez les fournisseurs et même leurs clients, du paiement électronique par carte bancaire ou virement. On le comprend aisément lorsque l’on sait que même le chèque est refusé la plupart du temps par les fournisseurs. On le comprend aisément aussi lorsque l’on sait que beaucoup d’abonnés au téléphone fixe ou de clients Sonelgaz refusent le prélèvement “automatique” sur leur compte CCP par manque de confiance.
C’est pour cela que je partage le point de vue de l’expert Roslane Bencharif, qui considère que la responsabilité dans la persistance de l’inertie au e-paiement est équitablement partagée, pour des raisons différentes, entre les consommateurs, les opérateurs et les pouvoirs publics. De ce point de vue-là, les opérateurs de téléphonie ne font pas aussi les efforts nécessaires pour promouvoir le e-paiement qui ouvrira ultérieurement la voie au commerce en ligne.
De façon plus générale, ces derniers ne participent pas assez au développement de l’industrie du contenu alors qu’ils disposent de la sensibilité professionnelle et de l’expertise pour s’y impliquer davantage en relation avec les “développeurs de solutions”. Pour le moment, le développement des “contenus” locaux est insignifiant alors que le marché potentiel est là et le hardware requis mis en place pour l’essentiel.
Tant que les lignes ne bougeront pas sur ce segment aval, il ne faudra pas espérer une contribution plus forte de la branche au PIB. Pour tout vous dire, le débat sur l’introduction de la 4G me semble secondaire par rapport à celui relatif au développement des industries du contenu. En effet, à quoi bon passer à des technologies plus récentes et plus performantes si  leur effet d’entraînement sur les entreprises et les abonnés est invariant.
Si du point de vue de la demande de logiciels et d’applications l’inertie persiste toujours de la part des entreprises et des institutions publiques, malgré quelques percées, à l’inverse on observe un dynamisme du côté de l’offre. Ce dynamisme est souvent porté par de jeunes promoteurs de start-up répartis dans les territoires, accompagnés par de grands cyberparcs comme celui de Sidi-Abdallah ou tout simplement par des institutions locales d’incubateurs.
Je conclurais, une fois n’est pas coutume, par une anecdote illustrant parfaitement la situation que j’ai analysée. Un jeune responsable d’une start-up a participé à un concours de projets logiciels innovants, sponsorisé par des entrepreneurs publics et privés. Il a eu le premier prix en pensant qu’il allait obtenir auprès des sponsors de la manifestation un ou plusieurs contrats d’application pour son produit. On lui a offert tout simplement un ordinateur.
Mais je parierai que pour le prochain concours le prix consistera en la signature d’un contrat entre le lauréat et l’une des entreprises qui sponsorise. Pourquoi cet optimisme, me direz-vous ? Parce que tout simplement la diversification de notre économie productive, qui passera forcément par la compétitivité, nécessitera des entreprises performantes numérisées. Aussi bien pour la substitution aux importations que pour le développement des exportations. Mais il faudra faire vite car les amortisseurs financiers et budgétaires du pays ont une durée de vie limitée.


M. M.


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