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Économie / Chroniques Mekideche

Plan algérien anti-crise

une riposte ajustée et calibrée ?

Face au choc financier résultant de la baisse des prix du baril de brut, finalement non prévue et encore moins anticipée,  c’est la sensibilité sociale et politique et le contexte sécuritaire du pays  qui compliquent l’identification et la mise en œuvre d’un plan anti-crise réactif de nature à consolider notre résilience. La dernière sortie télévisée  du Premier ministre sur la chaîne publique A3 me semble néanmoins témoigner d’une perception plus objective et plus réaliste de l’ampleur de la  menace sur nos équilibres financiers. Je relève d’abord que les plans de riposte sont, pour tous, difficiles à dimensionner aussi bien pour les groupes pétroliers que pour les États producteurs d’hydrocarbures. Parmi les groupes pétroliers, Sonatrach est l’un des rares qui fait preuve d’un optimisme sans faille en maintenant l’ensemble de son programme d’investissement, y compris le segment aval. J’ai entendu l’inverse chez le président de Shell qui va réduire, quant à lui, son programme d’investissement  de 15 milliards de dollars sur trois ans. Mettant en perspective son propos,  il ajoute même que “les 500 milliards de dollars sur 5 ans, dont l’industrie pétrolière a besoin pour s’assurer que l’offre corresponde  à la demande, ne seront pas disponibles avec un prix du baril de  ce niveau”. La société pétrolière saoudite Aramco elle-même, celle par laquelle le scandale est arrivé,  a estimé que “ce niveau de  prix de 50 dollars est inquiétant”. Aussi, me semble-t-il, les ajustements devraient aussi concerner le deuxième investisseur du pays après le Trésor public.  Dans ces conditions difficiles, si notre groupe pétrolier national veut maintenir son plan d’investissements, il faudra  qu’il en démontre  les conditions de
rentabilité.
Pour ma part j’ai déjà considéré, dans ses colonnes, que les  projets du segment aval devraient être réévalués voire, pour certains d’entre eux, reportés en gardant seulement les investissements amont. Le deuxième argument qui milite pour la prudence est  que ce large plan d’investissement, sans encore de visibilité en matière de prix, va être alimenté par les réserves de change dont la durée de vie va en être réduite d’autant. Deuxième élément qui mérite un débat préalable : l’augmentation des quantités d’hydrocarbures exportables pour compenser une baisse estimée de 20 à 30 milliards de dollars de recettes pétrolières pour 2015. Dans un passé récent, l’augmentation  massive des exportations gazières, quand les prix étaient élevés, ont crée des problèmes sérieux dans la gestion de nos gisements. Alors augmenter les quantités exportables, quand les prix ont été divisés par deux, est encore plus problématique .Les deux priorités, dans le contexte actuel de crise, sont pour ma part la révision drastique de notre modèle dispendieux de consommation énergétique et l’élargissement de nos réserves.
Ce que je veux dire tout simplement c’est que les logiques sectorielles doivent, sous contrainte d’efficacité, être toujours soumises aux cohérences globales macro-financières.  Passons justement  aux éléments financiers et commerciaux du plan anti-crise. Les marges de manœuvre sont là aussi étroites aussi bien pour trouver des ressources financières alternatives que pour couper dans les dépenses en dinars et en devises. Examinons les deux mesures phares qui ont pour objet de réduire significativement le flux intenable des importations. D’abord celle de la Banque d’Algérie qui, dans son instruction du 23 novembre 2014, a divisé par deux le niveau autorisé des engagements des banques au titre des opérations d’importation. S’appuyant sur les règles prudentielles internationalement admises, cette mesure est opposable au tiers y compris aux institutions internationales, notamment le FMI. Pour s’assurer du respect de ces dispositions par les banques commerciales, le gouverneur de la Banque d’Algérie a même organisé, le 26 janvier 2015, une Conférence sur l’éthique bancaire. Il y a indiqué que “le contrôle au niveau des banques notamment pour ce qui touche aux importations sera renforcé”. Mais la difficulté résidera dans la définition des critères de choix des importations éligibles par les banques primaires. L’appel à l’éthique sera-t-il suffisant pour éliminer les importations superflues ?
Et lesquelles car chacun voit midi à sa porte? Espérons que les deux groupes de travail mis en place ,début janvier 2015, par le gouvernement “pour rationaliser les importations et prévenir l’évasion des capitaux” donneront de la substance aux banques pour opérer ces arbitrages. La deuxième mesure, dans le même registre, est le projet de loi relatif aux opérations d’importation et d’exportation de marchandises modifiant et complétant l’ordonnance du 19 juillet 2003. Dans la présente problématique, la principale disposition de ce projet de loi, approuvé en  Conseil des ministres, est la possibilité de  limiter quantitativement certaines importations pour assurer “la sauvegarde  des équilibres extérieurs du pays”. Il faut s’assurer là que nos engagements régionaux et internationaux soient respectés comme dans le cas des mesures prises par la Banque d’Algérie citées  plus haut. En dehors de la politique de substitution aux importations qui se situe dans un temps long, les autres mesures annoncées par les pouvoirs publics ou proposées  par les partenaires sociaux et certains experts gagneraient à être validées dans un processus de concertation sociale et politique.  Pour conclure j’observe que le plan algérien de gestion de la crise financière et commerciale n’a rien de spécifique.
C’est une réponse classique pour autant qu’il soit appliqué avec discernement mais fermeté. Il faut savoir à ce sujet que d’autres pays producteurs d’hydrocarbures ont des marges de manœuvres plus réduites que celles de l’Algérie. A l’exemple de la Russie qui, en plus des sanctions extérieures,  se trouve en récession  avec une forte dévaluation du rouble. A l’exemple aussi du Venezuela qui met en œuvre une politique d’austérité pour réduire une inflation de 60% et alimenter ses marchés en produits essentiels. Alors relativisons nos problèmes et ne sombrons pas, pour une fois, dans l’algéro-pessimisme devenu un sport national.


M. M.


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