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A la une / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

Égalité et singularité

Les inégalités se creusent partout dans le monde. Il faut rappeler que, pour l’islam, Dieu créa les êtres humains à partir d’un archétype unique, min jins wahid. Tous les hommes en forment la descendance et sont égaux par leur humanité. Le Coran prône l’égalité entre les humains, tout en reconnaissant le droit à la différence, le respect des singularités. La distinction entre les humains selon leur mérite et destin, entre les croyants et ceux qui ne croient pas, ne change pas les données sur l’égalité. Exclure et discriminer comme le font nombre de systèmes et groupes est contraire à la raison universelle et à la spiritualité.

L’égale dignité
La condition humaine, le droit et les règles du jeu sur terre et les épreuves sont valables pour tous, croyants et incroyants. Rien n’est donné d’avance. Les êtres sont théoriquement égaux en dignité et chacun est libre : “Que celui qui le veut croie, que celui qui le veut soit un incroyant.” (18-28) La différence réside dans le principe que le Coran s’adresse à toute l’humanité, et énonce des promesses en direction des croyants et des menaces à l’adresse des incroyants. Cependant, Dieu seul connaît le secret des cœurs, personne n’a le droit de se faire le juge d’un autre. La Révélation est destinée à toute l’humanité, elle affirme l’égalité entre tous.
Avoir la foi, c’est normalement respecter le principe de l’égalité et s’ouvrir à autrui. La guidance, el-houda, vise le monde entier. Le Coran cite trois sortes de différences principales entre les humains. La première est liée au savoir : “Ceux qui savent sont-ils semblables à ceux qui ne savent pas ?” (39-9) La deuxième est liée à la piété : “Le plus digne au regard de Dieu, c’est celui qui se prémunit davantage.” (49-13) La troisième est liée à l’effort sur le chemin divin, ceux qui donnent de leurs biens et personnes : “Et quant à ceux qui croient et font de bonnes œuvres, Nous leur effacerons leurs méfaits et Nous le rétribuerons de la meilleure récompense pour ce qu’ils auront accompli.”
(29-6)
L’égalité humaine n’exclut pas la diversité et les singularités pour s’entreconnaître : “Si Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c’est en vue de votre connaissance mutuelle.” Face au mystère de la diversité, il s’agit de pratiquer le respect, l’ouverture, l’interconnaissance par l’exercice du dénominateur commun, la raison. Pour découvrir la pluralité et l’unité, le commun et les singularités, l’interconnaissance est vitale. Dialoguer pour s’enrichir de nos différences doit se faire de manière courtoise : “Ne controversez avec les gens du Livre que de la plus belle sorte.” (29-46)
La relation avec notre prochain mérite d’être empreinte, précise le Coran, par les signes de l’échange, de l’hospitalité et de la paix : “Les adorateurs du Tout-Miséricordieux sont ceux qui vont par la terre modestement et si des étrangers les interpellent, ils disent : Paix.” Le respect des chemins divers, de la vie privée des gens et de la bonté sont essentiels : “Il ne t’appartient pas de juger de leurs intentions, comme il ne leur appartient pas de juger les tiennes ; (…) doux, humain, enclin à l’indulgence, adresse-toi à eux avec douceur.”

La reconnaissance de la singularité d’autrui
La reconnaissance à la fois de la singularité – tout être est unique – et de la qualité d’humain permet d’apprendre à vivre ensemble. Chaque être humain a une histoire, une destinée et un devenir qui lui sont propres. La reconnaissance mutuelle permet de dépasser la différence, car chaque être humain porte en lui la trace du divin. Qualité qui fait que, selon le Coran, les anges se prosternent devant Adam, à qui Dieu enseigne les noms de toutes choses.
L’épreuve de la vie concerne le rapport entre l’égalité et la singularité, mais comment les articuler ? La civilisation musulmane a mis l’accent sur l’hospitalité, l’accueil, la reconnaissance de la pluralité, plus que toute autre civilisation. Les êtres humains sont mis à l’épreuve face aux autres et à la diversité des cultures : “Vous qui croyez, Dieu vous met certainement à l’épreuve.”
Pour le Coran la vie est épreuve : “Prétendez-vous entrer au Jardin sans aucunement passer par les épreuves ?” La nature de l’épreuve est claire : “C’est ainsi que Nous mettons à l’épreuve les gens : les uns par les autres.” Il s’agit aujourd’hui de reconstruire la grille de lecture en favorisant le dialogue avec autrui, dans toutes les dimensions, notamment par les traductions et la circulation des personnes et des idées. Il faut revoir les systèmes éducatifs axés sur le patrimoine propre et l’ouverture sur le monde.
Les leçons des autres civilisations contribuent à faire face aux défis qui se posent pour tous. Nul n’a le monopole de la vérité, et les semences croisées de nos singularités sont bénéfiques, pourquoi ne serions-nous pas capables de nous penser aujourd’hui – hommes, femmes et peuples, en particulier ceux de la Méditerranée, sur la base du dialogue des civilisations – comme un espace pour une culture universelle ?
On pourrait juger inutile d’insister sur la nécessité du vivre-ensemble, du respect de l’altérité, de la coexistence. Mais celle-ci n’est pas reconnue par tous. La tendance est celle de l’intolérance, du ressentiment ou de l’abandon. La circulation des singularités, des langues, des savoirs, des héritages, le sens de la synthèse et de l’hospitalité ont cédé le pas à une uniformisation et à des repliements identitaires. Pourtant, il est possible de désenclaver les cultures. La voie civilisée dépend de notre compréhension de ce que sont l’égalité et la singularité.
Il n’y a pas de civilisation extravertie, qui ne fasse qu’imiter, dépendante, ni de civilisation monolithique, autosuffisante, fermée, isolée et insulaire. Il n’y a pas d’antagonisme entre les civilisations. Toute civilisation se développe sur la base de l’échange, du partage et de l’altercation. L’absence de débat marque la rupture de civilisation.
Le dialogue entre éducateurs, fait ancien, en perpétuel devenir, doit retrouver ses lettres de noblesse.
Il n’est pas assez pratiqué. Il s’agit de coexistence par la connaissance, la reconnaissance de l’autre et la symbiose. Sans relativisme, toute civilisation a son sceau propre, mais elle se comprend aussi par sa rencontre avec “l’autre”.
La civilisation musulmane a dialogué avec les autres cultures et religions qui l’ont précédée. Il n’y a pas d’alternative au dialogue comme examen de conscience et échanges et à la négociation, non pas pour se diluer ou s’aligner sur un seul modèle, mais conjuguer des singularités et accepter des compromis sages pour vivre ensemble. Par-delà leurs singularités, les notions d’Orient et d’Occident sont relatives ; des orients et des occidents, chez les uns et les autres, existent, nous partageons un même monde et une même civilisation humaine.
Sur le plan géopolitique, le gap entre le Nord et le Sud reste problématique. Pour faire reculer les extrêmes, produire de la civilisation plénière, commune, universelle, il faut penser de manière transfrontalière. Il ne suffit pas d’offrir de la logique scientifique, mais aussi du sens et du juste, les trois conditions pour prétendre au rang de civilisation.
Le respect de la différence, du faible et de l’étranger est au centre de ce qu’est la foi : “La conduite vraie ne consiste pas à tourner votre tête vers le levant ou le couchant. Mais la piété consiste à croire en Dieu, au jour dernier, aux anges, à l’Écrit, aux prophètes ; à donner aux miséreux, aux étrangers, fils du chemin, (…) à accomplir la prière, à acquitter le don de la purification, à remplir les pactes une fois conclus, à prendre patience dans la souffrance et l’adversité, au moment du malheur : ceux-là sont les véridiques, ce sont ceux qui se prémunissent.” Il est urgent que les sociétés musulmanes fassent leur examen de conscience pour réduire l’écart entre la théorie et la pratique.

Par : Mustapha Cherif
Mustapha Cherif est professeur des universités, auteur de “L’islam, l’autre et la mondialisation”, Anep, 2005.


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