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Autres / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

La cité juste à réinventer

Selon la civilisation musulmane, le vivre-ensemble doit se placer sous le signe de l'évidence, au sens où il n’y a pas d’alternative sage et raisonnable à l’être commun. Cela doit être compris sous le signe de l’adhésion, de l'effort et de la volonté à vivre-ensemble, en n’occultant pas les différences.

La Cité juste, El Médina Al Munawara, lumineuse, mis en place par le Prophète en est le symbole. Les sociétés musulmanes depuis au moins trois siècles ont des difficultés à être à la hauteur de ce modèle. Leur posture est passéiste, alors qu’elles doivent innover et rajeunir, pour lier authenticité et modernité.
Les savants, comme Abu Hamed Ghazali dans Ihya Ulum Din et Ibn Khaldoun dans  Al Muquadima, exhortent à éduquer au vivre-ensemble. Tout comme les philosophes humanistes modernes, comme Jacques Derrida qui disait : “Il faut passer du simple ‘il faut bien... vivre ensemble’ à l'exigeant ‘vouloir bien vivre ensemble’”. Cela signifie réunir les “conditions” de vivre ensemble, du “vouloir vivre ensemble”, sans lequel rien n'est possible. Éduquer au vouloir vivre ensemble est une responsabilité collective.

L’État de droit
Cette volonté doit être visible, entretenue, renouvelée, recréée, négociée, par l’acte du civisme quotidien et celui profond de l’engagement, pour bâtir un vivre-ensemble toujours à parfaire. Pour l’Islam, vivre, c'est toujours “vivre ensemble”, personne ne peut vivre seul, ou uniquement avec ceux qui lui ressemblent. Personne n’est monolithique et imperméable à l’altérité.
L’Islam offre un modèle pour apprendre à vivre ensemble. Il concerne l’ensemble des rapports avec le monde et l’au-delà du monde, en laissant ouverte la question, afin que chacun assume et démontre sa bonne volonté et son souci de l’excellence. Cela se nourrit, se cultive, se construit, se consolide, par le dialogue, le débat public, le raisonnement.
La société a pour tâche de forger un État de droit, afin que la majorité n’opprime pas les minorités. De ce fondement découle le vivre-ensemble. Les sages savants et même les simples citoyens savent qu’il faut de la compétence et de la légitimité pour gouverner sur la base de règles politiques justes, afin d’assurer la stabilité et le développement. Ce sont des qualités qui font défaut à nombre de régimes des pays musulmans.
Édifier un État de droit et une société éclairée n’est point une utopie ; tout en reconnaissant la difficulté du vivre-ensemble dans un monde où des systèmes divisent, séparent et opposent. Le vouloir vivre ensemble régional et mondial est remis en cause. Raison de plus pour éduquer, résister intelligemment et rappeler les enjeux pour ne pas sombrer dans les confrontations nuisibles pour tous.
La citoyenneté du vivre-ensemble est liée à la civilisation du dialogue. Elle n’est pas une invention récente. Médine en fut l’exemple lumineux dés l’an I de l’hégire. C’est être membre de la cité, reconnu comme égal, par-delà les convictions, les origines, l’ethnie, la langue et les parcours. La citoyenneté est au cœur du projet coranique pour bâtir une cité juste. L’Islam vise la citoyenneté, tout en se fondant sur le lien religieux pour renforcer la cohésion de la société.
La religion bien comprise renforce le lien social, l’équilibre humain et la responsabilité, en fondant la société sur une norme supérieure commune, la reconnaissance du droit à la différence et l’égale dignité. La politique d’une société citoyenne, de la connaissance, de l’équilibre des droits et des devoirs et de l’égalité des chances, qui s’appuie sur une éthique, comme champ autonome, s’est exprimée au temps du Prophète à Médine, puis parfois dans le contexte de l’État-Nation versus pays musulmans du VIIe au XVIIe siècle.

Authenticité et progrès
La solution pour sortir du sous-développement politique, économique et scientifique du monde musulman, réside bien dans une réforme culturelle profonde, fondée sur une pensée éducative. L’Islam vise la cité civilisée, le progrès. Il n’ordonne aucun système politique en particulier, mais exige l’État de droit, la justice, la culture, en somme la citoyenneté. La religion exige le respect d’autrui, l’égalité, la loi pour tous, la concertation et le consensus. Les musulmans n’ont pas une culture politique coupée du monde.
Comme tous les peuples, ils aspirent à l’équité, à la justice, à la liberté et à la participation à leur devenir collectif. Les idéaux politiques modernes ne sont pas étrangers à la logique musulmane émancipatrice, même si des divergences existent en ce qui concerne la place des valeurs morales, éthiques et sacrées. Il n’y a pas d’alternative au vivre-ensemble juste, sur la base du savoir et du dialogue.
Le vivre-ensemble, la cité juste et la bonne gouvernance trouvent leurs sources dans le souci fondamental de sécurité, de stabilité, de liberté et d’égalité, prônées par le Coran et dans d’autres valeurs comme la consultation, la pratique du consensus et l’assentiment des masses, ou ses représentants, symbolisé par la mubay’a, l’acte d’allégeance ou de consentement, par lequel l’autorité était investie, au nom du peuple.
Chaque peuple, selon l’époque et les conditions historiques, peut choisir, après débat, le système politique démocratique qui lui convient le mieux, dans toutes ses variantes. L’essentiel est de respecter la volonté générale et de viser le vivre-ensemble civilisé. Le Coran et la sunna autorisent de produire des règles et des lois d’intérêt général qui répondent à de nouveaux besoins. Reconnaître le droit à la différence, dialoguer et négocier, pour coexister, trouver des accommodements raisonnables, est à la base de la politique éducative musulmane et universelle. Les écueils sont nombreux, il faut savoir les affronter.
Premièrement : l’ignorance est la grande cause des problèmes et conflits du vivre-ensemble. La méconnaissance dans le monde musulman règne. Elle suscite préjugés et jugements erronés et hâtifs.
Les discours du monde dominants en profitent, caricaturent, déforment la réalité et ne mettent l’accent que sur les défauts, les contradictions et les faiblesses, au lieu de favoriser l’approche objective. Les peurs, les amalgames et la stigmatisation sont le produit de l’ignorance.
Deuxièmement : la prétention illusoire et outrancière à détenir le monopole de la vérité au nord comme au sud de la planète. Trop de discours chez les uns et les autres affirment à tort que seule telle doctrine, religion, culture ou civilisation, garantit le bonheur et le salut. Comme si l’accès au vrai, au beau et au juste était réservé à une seule vision.
Troisièmement, le refus de l’altérité : la singularité et la différence d’autrui sont niées. La réalité prouve pourtant que ce sont une richesse, car chaque pays ou communauté a son génie propre, à travers l’histoire et le monde. L’idée de se croire autosuffisant, monolithique, est contraire à la réalité. Le Coran demande d’être juste et équitable : “Soyez équitables, c’est plus proche de la piété.” (5-8) La cité juste du vivre-ensemble n’est pas une utopie, Médine, sans idéalisation, en a été l’esquisse, malgré l’adversité et les difficultés. Â suivre.


M. C.
(*) Mustapha Cherif est professeur des universités, auteur de “Le Prophète et notre temps”, Anep, Alger 2012.


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