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Autres / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

La fraternité humaine oubliée ?

De par le monde, l’oubli de la fraternité humaine doit être repensé. La civilisation musulmane élève au plus haut rang ce concept. Trois niveaux se complètent, entre musulmans, entre croyants de toutes religions et humaine. Les délires des extrémistes, intégristes et islamophobes, lui nuisent et ont pour but de faire diversion aux injustices et aux impasses de notre temps. L’islam est au-dessus de toutes les attaques dont il fait l’objet du dedans et du dehors.

À l’épreuve de la fraternité
Nul n’a le monopole de l’estime et de l’amour du prochain. Comme pour d’autres sagesses et spiritualités, en islam, théoriquement, le respect du lien humain est une valeur sacrée.
C’est un principe éthique axial. L’hostilité envers autrui est clairement et fermement prohibée.
Jeûner c’est aussi se souvenir qu’il faut fraterniser. Nous sommes mis à l’épreuve de cette question.
La culture fraternelle initie une pratique forte qui trouble les malintentionnés, et remet en cause leur attitude agressive. Dans cet ordre des valeurs abrahamiques, l’islam se veut une culture de la fraternité pour aboutir à une paix durable. La civilisation musulmane a forgé des cités du vivre-ensemble durant des siècles, sur la base du sens de la relation humaine fraternelle.
Pour le Coran, les hommes issus d’une origine commune sont frères. Le reconnaître c’est pratiquer le bel-agir, source de la paix. Il rappelle que les hommes sont nés d’une même origine. Adam n’est pas un mythe.
Pour cela, il énonce le principe de la fraternité humaine. L’unicité et l’égalité humaine sont foncières en islam. L’autre est d’abord le même, notre semblable, avant d’être différent.
Cette culture n’exclut pas le droit de se défendre, de manière humanitaire, contre toute agression, comme l’a pratiqué l’Émir Abdelkader au XIXe siècle, un des pères fondateurs du droit humanitaire moderne, lors de la résistance héroïque à l’occupant. L’émir proclamait : “Si les musulmans et les chrétiens m’écoutaient, je ferai d’eux des frères, intérieurement et extérieurement.” La préférence culturelle des musulmans devrait être pour la fraternité humaine. Le respect du droit à la différence est fondamental, fondé sur une spiritualité de l’excellence et de la miséricorde. Tout est signe du divin, reflet, présence, expérience, y compris les choses les plus fragiles, portés par le souffle et l’empreinte du Créateur. Rien n’existe sauf Dieu, mais tout est irradié, chaque chose et chaque être participent au tout.
Il s'agit de respecter le vivant, d’honorer la vie, de s'intérioriser humblement en l'être, de respecter toutes les âmes. D’où que la solidarité et la fraternité humaines sont fondamentales. Elles honorent l’humanité.
La civilisation musulmane fonde l’existence sur la liberté et le contrat entre Dieu et l’humanité sur la relation directe. Elle responsabilise et prône la fraternité humaine, le respect de l’altérité, en s’inscrivant dans l’histoire du salut. Les sociétés musulmanes doivent renouer avec cet esprit. Il respecte tous les peuples, leurs traditions et coutumes. Depuis quinze siècles, un nouvel horizon du vivre-ensemble fraternel et humain est possible.
Il suffit d’observer la générosité et la bienveillance des bons musulmans (car il existe de mauvais musulmans) et rendre visite à tant d’associations de toutes les cultures et croyances de par le monde, engagées pour le vivre-ensemble, pour se rendre compte que l’humanité guette le souffle de l’être commun juste.
La fraternité humaine se construit, s’irrigue, s’éclaire. À titre individuel, des personnalités, notamment des femmes courageuses, luttent pour faire entendre leur avis de musulmanes par le biais de l'écriture, de l’art, ou du combat contre l'extrémisme, afin que la fraternité humaine triomphe.
D’autres cherchent à interroger l'islam pour distinguer entre l’intolérance et la culture fraternelle.
Le droit au discernement, au questionnement et le droit à la différence sont prodigués par l’islam. Tout un chacun doit contribuer au vivre-ensemble fraternel. Le respect de la personne humaine est un impératif majeur. La civilisation islamique se définit par son sens du lien social, son système éducatif, son art de vivre, son sens de l’État et de la coexistence fraternelle.
Elle a favorisé les échanges, les synthèses et les innovations sur tous les plans, notamment des sciences, de la philosophie et des arts. Du temps de la civilisation musulmane, cela a dynamisé les cultures environnantes.
Elle distingue, ne confond pas, ni ignore les dimensions fondamentales de l’existence. Elle tient compte de l’être commun et des besoins de pratiques saines, qui dépassent les crises et oppositions d’intérêts et inclut tous les membres de la Cité sans exception.
Il n’y a pas de civilisation sans État qui protège tous les citoyens et favorise le consentement commun sur les règles sociétales, les compromis, les sacrifices équitables, afin de renoncer à l’hostilité, à une partie de notre vie pulsionnelle, pour garantir l’ordre, la coexistence et l’œuvre d’humanisation.
Malgré les contre-exemples flagrants des fondamentalismes et autres archaïsmes qui prolifèrent durant les temps de crise, l’islam du vivre-ensemble, de l’être commun, du respect de la diversité dans la cité, de la loi pour tous, de la hauteur de vue, de la mesure, ne cède pas sur la question du sens de la fraternité humaine, en complément de la fraternité entre musulmans.
La doctrine musulmane respecte la diversité des natures, les patrimoines, les histoires de chacun, les singularités, les contextes.
Elle n’est pas extérieure à la vie et ne rend pas tout équivalent. Elle enseigne que chacun selon sa singularité, son intention et sa sensibilité, l’humain peut se rapporter à lui-même sur le mode du souvenir de l’origine commune qui se projette sur l’avenir.
D’où la nécessité de revenir aux pratiques quotidiennes d’intériorisation, liées à l’intime, au concret de la vie, de la culture de la fraternité.


M. C.
(À suivre)
(*) Mustapha Cherif est professeur des universités, auteur de “Orient-Occident”, Anep, Alger, 2014.


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