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Autres / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

L’Algérie du vivre-ensemble

Le monde vit une crise du vivre ensemble. S’entreconnaître et se respecter est un impératif. La civilisation musulmane a fondé un art du vivre-ensemble. Pour contribuer à l’éveil des consciences et au rapprochement entre les peuples, l’Algérie a initié la Journée internationale du vivre-ensemble.


L’Algérie à l’avant-garde
Est à l’ordre du jour le concept du vivre-ensemble que nous privilégions depuis des décennies. L’Algérie carrefour des civilisations, fidèle à ses racines et son sens du bien commun, à l’avant-garde, ayant à l’esprit la Charte des Nations unies et consciente de l’importance de promouvoir une culture de la paix pour le bien de l’humanité et celui des générations à venir, a initié la Journée internationale du vivre-ensemble.
Fait rare, comme une grâce divine, la proposition algérienne fut adoptée à l’unanimité par les pays membres de l’Assemblée générale de l’ONU ! Elle est commémorée partout,notamment  par l’Unesco, pour la première fois  ce  16 mai 2018. La société civile algérienne est partie prenante. À l’occasion de cet événement phare, Alger est la capitale mondiale du vivre-ensemble.
L’initiative algérienne est un message fort de la juste vision. L’Algérie montre qu’il y a lieu de mettre fin aux obstacles qui perturbent le vivre-ensemble partout dans le monde. La Journée internationale du vivre-ensemble répond à des besoins pressants de l’humanité. Il est urgent de rapprocher les peuples et de privilégier la fraternité humaine.
Depuis la nuit des temps, jusqu'à l’épopée de l’émir Abdelkader, au message de Novembre et au souffle de la Concorde et de la Réconciliation nationale, l’Algérie se veut une terre du vivre -ensemble. Une culture de l’osmose, notamment entre amazighité, islamité et arabité, ouverte sur le monde.
Les relations internationales, marquées par des tensions et incertitudes, doivent s’orienter vers le dialogue, l’interconnaissance et la prééminence du droit pour bâtir un monde moins violent. Sur le plan symbolique, cette Journée Internationale du vivre-ensemble coïncide avec le début du mois de Ramadhan. C’est une double occasion de renforcer le vivre-ensemble, les référents nationaux et les liens sociaux.
Les sociétés musulmanes sont confrontées aujourd’hui à des idées extrémistes néfastes, source de dissension, les unes sous couvert de la religion, les autres sous couvert du modernisme. L’Algérie, exemple probant en matière de lutte contre l’extrémisme violent, œuvre pour le bien commun.  Les préceptes de l’islam, sunnite et du juste milieu, sur le plan théorique orientent à la paix, à la justice et au juste milieu, comme base du vivre-ensemble. Dans ce sens, jeûner est un pilier central de l’islam qui vise l’humanisation individuelle et collective, un devoir : « Vous qui croyez, le jeûne vous a été prescrit… » (2-183) Socialement en Algérie, c’est le pilier le plus pratiqué, ayant trait à la fierté d’être, au secret des cœurs et à la rupture avec la frénésie du monde, pour prendre du recul.
Le mois de Ramadhan est le temps spirituel par excellence du vivre-ensemble, où le Coran a été révélé à l’humanité : « Le mois de Ramadhan est celui au cours duquel le Coran a été révélé pour guider les hommes dans la bonne direction et leur permettre de distinguer la Vérité de l’erreur. Quiconque parmi vous aura pris connaissance de ce mois devra commencer le jeûne…Achevez donc la période du jeûne, et louez Dieu pour vous avoir guidés, afin de Lui prouver votre reconnaissance ». (2 -185)

La tolérance
Le jeûne est tolérant, obligatoire pour ceux qui en ont les capacités. Il est prescrit avec d’éventuelles dérogations, tout en attirant l’attention sur ces bienfaits : « Le jeûne devra être observé pendant un nombre de jours bien déterminé. Celui d’entre vous qui, malade ou en voyage, aura été empêché de l’observer, devra jeûner plus tard un nombre de jours équivalent à celui des jours de rupture. Mais ceux qui ne peuvent le supporter qu’avec grande difficulté devront assumer, à titre de compensation, la nourriture d’un pauvre pour chaque jour de jeûne non observé. Le mérite de celui qui en nourrira davantage ne sera que plus grand. Mais savez-vous qu’il est préférable pour vous de jeûner ? » (2-184)
Le jeûne est censé être fondé sur la modération, la maîtrise de soi, la mesure, avec pour but de réaliser les qualités humaines et la paix. C’est l’interprétations dominante des savants algériens en théologie depuis des siècles. Des croyants aujourd’hui sont en contradiction avec ces valeurs. Le Coran incite à faire l’expérience de la vie et en même temps appelle à la retenue, à la maîtrise des désirs et des besoins. Jeûner, c’est faire l’expérience concrète de la vie intérieure, dont seul Dieu connaît la sincérité, et par là retrouver ce qui nous tient en propre. Sur le plan collectif il s’agit d’apprendre à vivre ensemble et de renforcer l’unité. Le jeûne permet théoriquement de s’écarter de ce qui fait écran entre le Créateur et la créature, entre soi et l’autre. Il s’agit d’une attitude qui devrait fortifier le lien social et la sociabilité. Il ne s’agit pas d’un simple acte d’adoration et de privation. Jeûner permet de penser aux défavorisés, à ceux qui souffrent des précarités.
Le jeûneur doit prendre conscience de la valeur des biens que Dieu lui octroie, et, par là, éviter le gaspillage et l’avarice. Le jeûneur lors de la rupture du jeûne lie les droits du corps et de l’âme. Le verset, par lequel débute le passage coranique relatif au mois de Ramadhan, indique  l’universalité du jeûne, rite présent dans les autres traditions : « Ô croyants ! Le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit aux peuples qui vous ont précédés, afin que vous manifestiez votre piété.» (2-183) Il se distingue des autres œuvres d’adoration, il ne consiste pas à accomplir des actes prescrits mais à s’abstenir. Son essence est immuable, ses règles varient d’une Tradition monothéiste à une autre.

Perfectionnement du caractère
Les Algériens aiment le mois de Ramadhan. Ils savent que les actes dont il convient de s’abstenir sont la modalité connue et courante : le dépassement des désirs, des besoins et des pulsions, cultiver la patience et la tolérance. Le Coran pour définir le jeûne emploie deux notions de même racine : siyâm, le jeûne légal durant le mois de Ramadhan, et sawm,  le jeûne en général.
Sawm apparaît une fois dans le Coran, à propos de la sainte vierge Maryam, l’Ange Gabriel lui conseille de jeûner : « Si tu vois quelque créature humaine, dis : “J’ai voué un jeûne, sawm, au Tout-Miséricordieux, et je ne parlerai aujourd’hui à aucun homme” ». (19-36) Sawm signifie ici un « jeûne de silence », une abstention de parole. Contrairement aux pratiques ostentatoires et intolérantes, il est censé être paix intérieure, acte libre et humble, abstention et silence existentiel.
Le jeûneur se sent en contact avec Celui qui l’a créé, et qui le récompensera. Nul ne peut vérifier si vraiment untel jeûne, hormis Dieu. Personne n’a le droit d’interférer. Il renforce les dispositions du croyant à maîtriser ses passions. Il ne s’agit pas de simples privations. Le Coran lui attribue une forme de perfection pour s’éduquer au vivre ensemble.
Il existe un lien entre le jeûne, siyyam, la prière, salât, l’aumône, zakat et le pèlerinage, hajj. Tous ont un aspect ouvert : celui du sens de la communion, du partage, de la rencontre, c’est à dire du vivre-ensemble. Par exemple, l’état de dépouillement et de sacralisation, ihrâm, comporte des interdits et des abstinences. Comme le jeûne, il confère au pèlerin un statut spirituel élevé. Prier, donner de ses biens et jeûner devrait adoucir les mœurs liées au vivre-ensemble. Ce n’est pas assez respecté. Dieu, « Celui qui subsiste par Lui-même », n’a pas besoin du jeûne des croyants, c’est dans leur intérêt.
Le croyant a besoin de maîtriser ses besoins, de prouver qu’il le fait par amour pour approcher le Créateur et pour apprendre à vivre en paix avec autrui. Jeûner c’est se sentir capable de dépasser la condition humaine.
Cet acte est réalisé pour vivre une expérience spirituelle et sociale unique. Le « jeûneur » doit le vivre sur le plan moral, pas seulement par la faim et la soif. Il s’agit de s’abstenir des mauvaises pensées et de se souvenir du bien commun. C’est un chemin d’élévation, par l’abandon des passions débridées et des actes d’égoïsme, pour renforcer le vivre-ensemble.
A suivre.


M. C.


(*) Professeur des universités, lauréat du prix Unesco du dialogue des cultures, auteur de « L’Alliance des civilisations », Casbah-éditions, Alger, 2017.


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