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A la une / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

Le dialogue des cultures contrarié

Le monde est pluriculturel et les différences culturelles sont une richesse. Cette évidence est remise en cause par les extrémistes de tout bord. Le dialogue des cultures est contrarié. Rééduquer au respect des cultures et des religions est primordiale. La civilisation musulmane a brillé de par le fait qu’elle a su dialoguer, échanger, partager. Il est logique de respecter  les racines de tout un chacun et d’apprendre à s’entreconnaître. L’inculture est parmi les causes de l’intolérance.
L’Islam rappelle que le monde est composé d’êtres différents, avec des langues, des couleurs de peau, des goûts, des traditions et des origines différentes. Le monde naturel est lui aussi divers, il existe une infinité de variétés de paysages, de pays, de végétations, d’oiseaux, de fleurs, de couleurs, de saisons, d’étoiles et d’animaux. Tous participent à la beauté et à la richesse de l’existence.

Cultures vivantes
Les scientifiques prouvent que les enfants ne sont pas intolérants, ils apprécient la diversité. Reste à ne pas les influencer. S’ils enregistrent des discours et gestes intolérants ils peuvent les mimer. L’éducation au vivre-ensemble passe par le dialogue des cultures pour les nouvelles générations. Sur le fond, il est impérieux d’enseigner qu’aucune culture n’est supérieure aux autres, même si on peut être fier de  notre culture qui résiste au temps.
Enseigner l’interculturel, connaître les principes et valeurs de la culture d’autrui, en mettant l’accent sur les convergences et en respectant les divergences. Condamner l’intolérance est nécessaire, mais pas suffisant. Le dialogue interculturel doit faire aimer la diversité et l’échange, en visant l’harmonie. Nul n’est monolithique ou totalement  homogène, toute identité est composée, la multiappartenance est naturelle.
Notre identité et nos sources de vie sont plurielles. La jeunesse doit savoir que la différence et la ressemblance se conjuguent. Les visions  chauvines et ethnocentristes s’opposent à la diversité et à l’islam. Les xénophobes discriminent autrui différent, ce qui est réprouvé par le Coran. Le dialogue est la solution pour faire tomber les murailles de préjugés. La civilisation musulmane qui reconnaît la pluralité, la diversité, l’altérité, les a magnifiés. Favoriser le vivre-ensemble permet d’articuler le spécifique et le général, les valeurs constantes et celles évolutives. À travers les débats pédagogiques, une diversification des contenus de l’enseignement et le développement de compétences interculturelles, il sera possible de former un citoyen ouvert.
Transmettre en priorité les valeurs nationales et spécifiques est logique, cela n’empêche pas d’enseigner les autres civilisations. L’école est l’institution où la personnalité nationale se forge, sans nier la diversité culturelle du monde. Le dialogue des cultures est bénéfique. Il a pour but de créer les conditions du vivre-ensemble paisible. C’est une discipline que la civilisation musulmane a pratiqué, en vue de comprendre le monde et la multiappartenance.  Aujourd’hui la mondialisation uniformisante pose problème.

Se connaître, s’entreconnaître
Dialoguer est la forme civilisée de la prévention et règlement des problèmes. L’isolement, l’ignorance, l’agressivité, la peur et la colère sont mauvais conseillers. Il ne signifie pas se nier. Mais accepter d’être transformé par le regard interactif, accepter de se corriger, de se dépasser, accepter des accommodements raisonnables, des critiques, accepter la demande de pardon, exprimer des regrets, accepter des idées d’intérêt commun. Accepter ce qui permet la paix.
Le Prophète a toujours accepté le dialogue, les pactes, les trêves, la réconciliation.  Aujourd’hui, les peuples de l’Islam sont assoiffés de justice et de culture, et perplexes face aux dérives. Paix, culture et justice sont contrariées. Le premier mot coranique révélé est “Lis” pour apprendre, réfléchir, dialoguer et édifier une cité du savoir. Les éducateurs, les intellectuels, les humanistes doivent éclairer la jeunesse, rapprocher les peuples et contribuer à bâtir le vivre ensemble de la connaissance.
 L’enjeu est mondial, d’où l’importance que l’Unesco accorde à cette question. La civilisation musulmane durant près de mille ans a su développer le concept de l’interculturel pour favoriser le progrès. Il est temps de renouer avec une approche globale qui intègre l’éducation et la culture à tous les niveaux.
Les peuples se plaignent de trois problèmes de fond : premièrement de la déresponsabilisation. Ils se sentent amputés de la possibilité de participer aux décisions qui engagent leur avenir, deuxièmement de la perte de morale, d’éthique, de sens, troisièmement de la précarité sociale et économique. Le débat sur ces questions peut ouvrir de nouveaux horizons.
Unité et pluralité
Par le dialogue des cultures et la reconnaissance du droit à la différence, tout en veillant à l’unité,  le vivre ensemble se renforcera. A la base, le sentiment d'appartenance à l'humanité tout entière doit être réactivé.
La civilisation musulmane, composée de nombres de cultures, telles l’arabe, l’amazighe, les méditerranéennes, les africaines, l’ottomane, l’indienne, voire les européennes, et d’autres métissées, démontre qu’unité et pluralité peuvent se conjuguer pour produire de l’universel.
Le dialogue est au cœur de la méthode de l’Islam. Rapprocher les communautés, les  peuples et les personnes est un travail primordial, qui nécessite de mettre l’accent sur la circulation des savoirs, la rencontre des humanités, la confrontation des idées. Le dialogue des cultures, des religions, des civilisations, aujourd’hui contrarié par la mondialisation uniformisante et par les intolérants, reste un art de vivre, que la civilisation musulmane a fait briller. Il ne s’agit pas de nostalgie de l’âge d’or, mais de mémoire vivante pour affronter les défis de l’heure.

M. C.
Mustapha Cherif est professeur des universités, auteur d’Une autre modernité, Anep, Alger, 2016.


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