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Autres / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

Le dialogue interreligieux

En ce mois de jeûne, il est bénéfique de parler de dialogue et d’amitié. Pour contribuer au vivre ensemble et à la sauvegarde des valeurs morales communes, le monde a besoin de repères. Dans une époque de méfiance et d’hostilité, le combat par la solidarité pour renforcer l’amitié, notamment islamo-chrétienne, est d’actualité. Le monde contemporain se trouve à un tournant difficile de l’avenir de l’humanité et des relations internationales, en particulier en ce qui concerne le rapport entre l'Occident et l'Islam. Tout ce qui contribue à la paix doit être soutenu. D’autant que le Prophète respectait les « Gens du Livre ».

La responsabilité est collective
L’islam se veut la religion du Vrai, celle que Dieu a agréé, en même temps, les autres religions célestes sont respectées pour la part de vérité qu’elles recèlent. Tous les envoyés affirment une vérité universelle. Les sages n’excluent personne, ne s’estiment pas supérieurs, ne méprisent jamais l’autre. Ils appliquent la maxime : “Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse” . Ils savent que la foi va avec les bonnes œuvres : “Vous n'atteindrez la piété qu'en faisant don des biens que vous aimez le plus” (Coran). Les ignorants et les fanatiques prétendent monopoliser la vérité et refusent le débat. Aujourd’hui l’humanité est perturbée par la montée de l’intolérance. Pourtant, la pluralité des religions, des cultures, des langues, des ethnies et des parcours collectifs et individuels, est constitutive de l’histoire de l’humanité. L’histoire des civilisations démontre qu’il est possible de vivre ensemble, en dialoguant, en régulant les tensions et en articulant diversité et unité. Dialoguer ce n’est pas prendre le risque de renoncer à la vérité et verser dans le relativisme. C’est une exigence de la foi et de la raison, pour vivre ensemble. La responsabilité est collective pour réunir les personnes de bonne volonté, comme les musulmans et  les chrétiens. Nous avons à reconnaître les fruits produits par les uns et des autres, Jésus aurait dit : “Vous les jugerez à leurs fruits... LKes arbres bénis donnent des fruits bénis...” (Mt 12,33). Témoigner par la bonne parole est notre tâche. Le Coran énonce : “Vois-tu à quoi le Seigneur compare la bonne parole ? C'est à un bel arbre dont les racines se fixent solidement dans le sol et dont la ramure s'élance vers le ciel.” Appeler les dignitaires religieux et les croyants à dénoncer l’extrémisme est bénéfique, il y a lieu aussi d’interpeller tous les acteurs de la société. Il est temps de donner la parole aux médiateurs plutôt qu’aux pyromanes, d’autant qu’aujourd’hui l’humanité paraît spirituellement pauvre, marquée par la détresse intérieure. Toute pensée doit être un cri d’alarme qui éveille les consciences et propose des remèdes. Il est des paroles qui sont des actes. Les associations du dialogue pour l’amitié interreligieuse et interculturelle, symbolisent l’acte de croire encore en autrui et l’espérance de voir changer le monde. Face à la pluralité, le Prophète exige le respect et conseille la voie du dialogue. Le Coran précise que les chrétiens sont les plus proches des musulmans. Le meilleur parmi les humains est le plus pieux. Cette dimension ouverte et universelle a fait dire à Ibn Arabi : “Mon cœur est apte à recevoir tous les êtres” et à l’Émir Abdelkader : “Si les chrétiens et les musulmans m’écoutaient, je ferais d’eux des frères.” L’Algérie pratique le vivre-ensemble, local et mondial. Les religions sont face à des défis communs. Le devenir des uns dépend en partie de celui des autres. Les chrétiens en terre musulmane sont une partie de l’identité culturelle des musulmans.

Mis à l’épreuve
Nous sommes mis à l’épreuve du vivre-ensemble. Ce qui était possible durant les heures de gloire de la civilisation musulmane peut l’être aujourd’hui, en apprenant à discerner et à sortir de nos points d’aveuglement. Ce qui est inadmissible ce sont les amalgames, la diabolisation et l’islamophobie. L’extrémisme n’est ni dans l’Évangile, ni dans la Thora, ni dans le Coran. Les religions sont instrumentalisées et trahies. Ni l’Émir Abdelkader, ni la glorieuse Révolution de Novembre n’ont jamais confondu entre colonialisme et christianisme, malgré des collusions de prêtres et d’évêques Il faut en finir avec l’amalgame entre Islam et extrémisme. En Algérie, pays musulman et terre de l’amitié-islamo-chrétienne, où nombre de religieux chrétiens étaient et sont encore solidaires du peuple algérien, les citoyens savent que l’extrémisme violent n’a pas de religion, ni de nationalité. C’est, entre autres, grâce à ce discernement qu’il a été vaincu. L'Occident doit savoir que des Mandela, Gandhi ou des Martin Luther King pourraient aussi bien être des musulmans. L’Émir Abdelkader, l’Algérien, en est le symbole. L’Église  dans le monde musulman a survécu autant grâce à la volonté des communautés chrétiennes de vouloir continuer d'exister que par le sens de l’ouverture de la culture musulmane. Durant des siècles, en terre d’Islam se réfugiaient  les persécutés et en premier lieu les juifs. Il y a 150 ans, l’Émir Abdelkader au nom de l’humanisme musulman sauvait des milliers de chrétiens à Damas face à la folie sectaire. Lors de la guerre qui l’opposait sur son territoire à la puissance française occupante, il rédigea un règlement humanitaire dans lequel il imposait à ses soldats le respect absolu des civils et des prisonniers, et ceci bien avant les conventions internationales. La politique du Pape François, actuel souverain pontife, ouvert, proche des pauvres et des déshérités, est un autre signe d’espérance. Il a affirmé à maintes reprises qu’il “est  important de promouvoir l’amitié et le respect entre les différentes traditions religieuses pour réaliser la coexistence pacifique entre les peuples”. Il fait part, à chaque occasion, “de l’estime réciproque et du travail commun à accomplir pour le bien de l’humanité”. Depuis son arrivée au Vatican, le pape François, met l’accent sur le dialogue islamo-chrétien : “Nous reconnaissons l’importance de la promotion d’un dialogue interreligieux constructif avec l’Islam, basé sur le respect mutuel et sur l’amitié. Inspirés par des valeurs communes et affermis par un authentique sentiment fraternel…” La position du pape François traduit et renforce l’esprit et la lettre de Vatican II, dans Lumen Gentium et Nostra Aetate, (1965) qui avait reconnu que des “ semences de Vérité”, se trouvent dans les autres traditions religieuses. L’amitié islamo-chrétienne dont dépend en partie l’avenir du monde, permet d’espérer. La différence des chemins, des cultures et des religions doit être vécue comme une miséricorde. En ces temps porteurs d’incertitudes et d’opportunités, il n’est pas vain de dialoguer. L’Algérie, pays ancestral de la culture de la dignité humaine, de la solidarité et des maîtres spirituels, ne peut que cultiver la jeunesse à la passion du savoir-être authentique et du vivre-ensemble.

Par : Mustapha Cherif
Professeur des universités, auteur de “Rencontre avec le pape”, Barzakh, Alger, et Al Bouraq, Paris, 2012.


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