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Autres / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

Les enjeux du vivre-ensemble

La civilisation musulmane, bien comprise, a été celle du vivre-ensemble. Durant plus de mille ans, ce fut une réalité tangible. Unité et diversité se conjuguaient. Les groupes intolérants étaient rares. Il est temps de le rappeler : l’islam subit aujourd’hui les affres de multiples dérives et manipulations, dont il est évidemment innocent. Dans le monde entier, l’enjeu est de redonner la priorité au savoir vivre ensemble, en paix, et faire reculer l’ignorance, la peur et la colère, qui semble gouverner les sociétés et alimenter l’insécurité. Le musulman est celui qui est censé réfléchir et croire au Créateur des mondes, qui s’est adressé pour la dernière fois à l’humanité à travers son Livre descendu sur le Prophète (sws). C’est aussi la croyance au Jugement dernier, à l’Au-delà, aux anges, au Paradis et à l’Enfer et à l’unité de l’humanité, par-delà ses diversités. Cette attitude de la foi doit se traduire à travers des rites et des bonnes actions qui respectent le droit à la différence et l’attitude juste. Aujourd’hui la guerre est multiforme : économique, culturelle et politique. Les relations internationales sont marquées par le recul du droit.
Il est nécessaire de rappeler au monde entier que les cinq “piliers de l’islam” et l’ensemble des préceptes sont tournés vers le vivre-ensemble. Ils permettent de saisir la figure de l’être musulman, qui doit s’imposer une saine discipline de vie par le bel-agir, en donnant l’exemple de l’humanisme, sans chercher à imposer son point de vue aux autres : “Seriez-vous hommes à ordonner de faire le bien, tout en oubliant de le faire vous-mêmes, alors que vous récitez le Livre ? N’êtes-vous donc pas raisonnables ?” (2-44)

La foi et le vivre-ensemble
Le Coran, niveau théorique, vise à éduquer au comportement spirituel, humain et sociable, à l’éducation plénière, afin de faciliter le vivre-ensemble entre les humains et préparer à l’au-delà du monde. Ce n’est pas une doctrine qui se contente de consoler, ou qui tourne le dos au monde terrestre. Sur la base de la foi réfléchie, il s’agit de former un être responsable, tolérant et pacifique, pour une cité vertueuse. Le Coran vise à la fois l’autonomie de l’individu et l’être commun. Des musulmans actuels ne semblent pas conscients de ce paradigme.
Faire le bien, c’est répondre à l’appel coranique pour vivre raisonnablement. La foi liée aux actions justes est définie par le Coran comme une réponse à l’appel du Créateur des mondes  pour honorer l’humanité : “Ô vous qui croyez ! Répondez à Dieu et au messager lorsqu’Il vous appelle à ce qui vous donne la vraie vie, et sachez que Dieu s’interpose entre l’homme et son cœur et ce que vers Lui que vous serez rassemblés.” (8-24)
Être croyant c’est théoriquement être équitable, pratiquer la sagesse, les bonnes actions et de s’abstenir d’actes intolérants, pour élever notre humanité : “Ceux qui ont cru et n’ont point troublé la pureté de leur foi par quelque iniquité, ceux-là ont la sécurité et ce sont eux les bien-guidés.” (6-82) Le mot iman, signifiant “foi” en arabe, est de la même racine que le mot aman, qui signifie la tranquillité du cœur, la sérénité, la paix, et le mot al-amana signifie le dépôt, la responsabilité. L’état de la société montre que l’on est loin du compte.
Est perdue de vue la foi qui favorise le vivre-ensemble. Le lien social s’est affaibli. Pourtant, le mot islam signifie s’en remettre en confiance au Créateur et vivre la paix en ce bas-monde. Les savants s’accordent à définir le vivre-ensemble comme l’acceptation réfléchie et sincère de la mission octroyée par Dieu en vue de L’adorer sous des formes multiples et concrètes. Un travail bien accompli, un sourire, une aide accordée à la plus faible des créatures, l’amour de la patrie, le respect de la nature, la transmission du savoir font parties de la foi. La civilisation musulmane a institué un modèle universel du vivre-ensemble, par l’attachement à la fois à l’au-delà éternel du monde, à l’engagement ici-bas pour l’être commun souverain. C’est une vision qui ne verse ni dans le communautarisme ni dans l’individualisme, mais équilibre les droits de l’individu et ceux de la communauté, pour honorer la vie humaine. C’est cela qui mérite d’être compris.
Les peuples, même s’ils ne parlent pas la même langue, partagent les mêmes aspirations et donnent le même sens aux questions essentielles ; encore plus aujourd’hui où c’est la mondialité de la désorientation et des excès qui semble commander. Dans le contexte de la crise mondiale, permanente et multiforme, des problèmes de fond s’y greffent, ceux du vivre-ensemble et des rapports Orient-Occident. Cultiver le vivre-ensemble, au dialogue des civilisations, est devenu un impératif. D’autant qu’il y a des orients et des occidents.
À voir les malheurs du monde musulman, les polémiques et l’image déformée de l’islam, certains oublient que ce méconnu a donné à l’humanité une civilisation du vivre-ensemble fondée sur la rationalité et la culture spirituelle ouverte. L’humanité est mise à l’épreuve. L’Homme est censé être lieutenant, responsable, pour faire fructifier le monde pour le bien commun. Il est responsabilisé, sans se croire maître et possesseur du monde. Il doit accomplir le degré de l'Homme mesuré et juste, pour réaliser un projet viable du vivre-ensemble. La civilisation musulmane a eu ses heures de gloire durant plus de mille ans, avec ses réussites et ses limites, compte tenu de la nature humaine. Elle se situe entre le monde antique et le monde moderne. Elle a couvert la moitié du monde connu. Sur le plan de la foi, elle reste vivante et une source d’inspiration, mais le monde musulman est perturbé, déstabilisé, politiquement et culturellement. Elle mérite d’être revisitée pour comprendre le sens de l’homo-islamicus, réfuter les archaïsmes, se corriger et relever les défis.
Se souvenir de la civilisation du vivre-ensemble, hymne à la vie, fondée sur les principes de l’unité du genre humain et du respect du droit à la différence, est une urgence. Le but est de réapprendre à vivre de manière vigilante et ouverte, en réfléchissant : “C’est un livre béni que Nous t’avons révélé afin que les hommes de bon sens en méditent les versets et s’y arrêtent pour réfléchir.” (38-29)
L’humanité doit tenir compte du caractère éphémère de l’existence sur terre et de sa gravité. La vie n’est ni un jeu ni une illusion. De la conduite sur terre dépend le devenir ici-bas et dans l’au-delà du monde. D’où l’importance de la bonne conduite. Témoigner du sens du monde et être juste favorisent le vivre-ensemble.

À suivre. M. C.
Professeur des universités, auteur d’Une autre modernité, Anep, Alger, 2016.


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