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A la une / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

L’éthique comme antidote

Les pays musulmans, pour la plupart actuellement agressés, doivent s’imprégner de l’éthique coranique, l’antidote contre les dérives de toutes natures qu’ils produisent ou subissent. Chaque musulman  doit se souvenir de la parole prophétique : “Je suis venu parfaire les caractères”, maqarim al akhlaq, le comportement vertueux, la juste attitude. L’éthique en islam suppose un effort individuel et collectif pour bien se conduire, éclairer l’âme, résister aux pulsions négatives et promouvoir le vivre-ensemble.
Forger des citoyens aptes à assumer le vivre-ensemble est un des buts de la civilisation musulmane. Face aux atteintes à la dignité humaine, il faut résister noblement, rationnellement, rester résilient, avec hauteur de vue. Ce sont les croyants à la bonté naturelle et les mystiques, les soufis, qui insistent sur al adab, la bonne conduite. C’est l’enjeu premier. L’humanité du musulman conforme à la voie mohammadienne : “Donne priorité à l’indulgence et ordonne ce qui est conforme à la coutume, puis évite les ignorants” (7-199). Des savants musulmans ont accueilli, transmis et développé le sens du savoir-vivre, aujourd’hui en crise.
Jeûner devrait pacifier les cœurs, faire prendre conscience que la morale est fondamentale pour une nation. Les peuples sont confrontés à des défis pour forger une société juste, cultivée et responsable. La norme  a pour but de dicter un bon comportement pour réaliser le civisme et la responsabilité sociétale des individus, des entreprises et des organisations. Il s’agit d’apprendre à vivre ensemble, dans le respect de notre environnement, sur la base de l’équité. La société musulmane ne peut faire exception. Elle évolue, change, se transforme. Le mois de Ramadhan montre qu’il existe encore des hommes et des femmes qui croient à une éthique de vie. Assumer le devoir comme pur effort pour Dieu est la voie de l’islam. C’est une forme de participation à l’action divine et au bien commun.
Sur le plan de la culture, de la pensée et des sciences, il est vital de renouer le dialogue avec les textes sacrés en tenant compte des progrès scientifiques. Les antimusulmans n’endiguent pas le désordre et les sectes, ils les propagent. La culture du jeûne ne prétend pas résoudre les problèmes sociaux, mais elle a une fonction thérapeutique. Le mois de Ramadhan recrée du lien social. Chacun est responsable : “Il sera sûrement demandé compte de I’ouïe, de la vue et du cœur” (17 – 36).
La spiritualité a aussi pour fonction de prévenir les maux sociaux. Ibn Sina, le fondateur de la médecine, auteur d’A-Chiffa, la guérison, et Ibn Khaldoun, initiateur de la sociologie, auteur d’Al Muquadima, l’histoire universelle, enseignent le respect de l’éthique, comme source d’humanisation pour le vivre-ensemble. Le Coran est universel sur tous les plans. Il mentionne plusieurs centaines de fois le mot humains, les hommes et onze fois le concept d’Occident, Al-Maghrib, et dix-sept fois celui d’Orient, Al-Machriq. Cela montre le souci d’universalité, et d’allier, de concilier les mondes. Apprendre à vivre ensemble entre humains est un impératif. Nombreux sont les savants qui traitent de la question de la norme dans le comportement, vouant leur vie à prêcher le bien, à promouvoir la justice, rappelant à l’ordre les puissants et en éduquant les masses sur le chemin de la conduite pieuse. L’éthique est une question centrale pour l’avenir de l’humanité, d’où l’importance que lui accorde la civilisation musulmane. La littérature sur ce sujet, d’al adab, d’al akhlaq, suluk, les trois notions les plus usitées durant le temps classique, était fort riche et explicite quand aux enjeux. Ils donnaient une grande importance aux convenances et aux codes de conduite en toutes circonstances. Aujourd’hui ce thème est occulté. La perspective est basée sur l’effort personnel de la recherche du bon comportement.
Pour garantir la bonne méthode et atteindre les finalités, l’islam préconise de suivre un maître spirituel éducateur, le cheikh al murabi. Pour la plupart des savants, bien se conduire, c’est s’initier à supporter les difficultés de la vie et autrui et maîtriser ses passions. Le témoignage est crédible et porteur lorsque les actes sont conformes aux principes.
Tout calcul, intérêt étroit, ou mauvaise intention, annulent la validité de l’acte éthique. La sincérité, la patience et la confiance sont fondamentales comme l’exprime Ibn ‘Atta Allah : “Que le délai mis à t’accorder ce que tu as demandé par des prières insistantes ne cause pas ton désespoir, l’exaucement de tes prières t’est garanti pour les choses qu’Il a choisi de t’accorder, et non pas pour celles que tu as choisies pour toi-même ; et elles te seront accordées au moment où Il veut, et non pas au moment que tu souhaites.”
Aujourd’hui, dans tous les pays, il y a une triple crise : - du sens de l’existence, - de l’État de droit, et - de la répartition des richesses. Mais les sociétés n’abdiquent pas. Le rappel de la norme devrait permettre d’y voir clair en ce qui concerne les causes des dérives, de comprendre les dysfonctionnements des sociétés et de rouvrir les possibilités de bâtir une civilisation commune. Nul ne peut isolément relever les défis complexes.
Dans les moments les épreuves, le peuple Algérien, de son côté, montre qu’il est porteur de hautes valeurs. Il reste à retrouver le souffle qui remobilise. Il s’agit de s’engager par le travail pour le bien commun et de donner du sens à la vie collective. Il ne suffit pas de jeûner. Il faut bien se comporter. La société qui met l’accent sur les valeurs éthiques s’inscrira dans la durée. Sur le plan social, social et éducatif, l'enjeu est de favoriser l’émancipation, de réduire les fractures. Favoriser le désenclavement et la mise en valeur des quartiers et des pays les plus défavorisés. Il est temps d’envisager une éthique à l'échelle planétaire, basée sur une hypothèse : l'homme, plus qu’un corps, plus qu’un agent social, est une âme !


M. C.
(*) Mustapha Cherif


est professeur des universités, lauréat du prix Unesco du dialogue des cultures. Auteur d’ouvrages, dont Le défi du savoir en Algérie, Éditions Anep, Alger, 2012.dont “Le défi du savoir en Algérie”,
éditions Anep, Alger, 2012.


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