Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de 11h (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Autres / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

Retrouver le sens du partage

L’égoïsme n’est pas l’islam ni l’authentique culture nationale. La civilisation arabo-berbéro-musulmane place le sens du partage au plus haut niveau. Il englobe et dépasse le simple lien social. L’islam est au-dessus de toutes les dérives et attaques dont il fait l’objet du dedans et du dehors. Ses adeptes doivent se corriger. Jeûner c’est se souvenir qu’il faut partager. S’estimer et s’aimer les uns les autres, par-delà nos différences, n’est pas un idéal impossible à atteindre.

La civilisation musulmane a forgé des cités du vivre-ensemble durant quinze siècles, sur la base du respect de la pluralité et de l'intégration de l'idée de conflit et du sens de l’entraide pour assurer la paix sociale. Mettre l’accent sur le bien commun, non pour des intérêts de puissance, d’influence, de gloire ou de vantardise, mais pour plaire à Dieu et servir l’humanité. Croire sans faire le bien n’a pas de sens : “Soyez équitable, c’est plus proche de la piété.” (5-8).

La solidarité humaine
La pratique de la zakat, devoir envers les pauvres et démunis, terme qui signifie à la fois purification tazkiya, croissance nama’, aumône, sadaqa, maîtrise des tensions, élévation spirituelle et bel-agir, partage, crée de la civilisation. Jeûner est un acte de solidarité ; monopoliser les biens et accaparer les richesses est contraire à l’esprit et à la lettre du Coran. Mal-agir et être injuste annulent l’acte spirituel. Le Prophète a clairement résumé sa mission d’envoyé : “Je suis venu éduquer, parfaire les caractères, pour le bel agir.” Le Coran précise : “Tu est une miséricorde pour les mondes.” Nous sommes loin de toute idée d’égoïsme, de bellicisme et d’intolérance. Le Ramadhan est censé donner du sens, favoriser l’humanisation, la maîtrise des tensions, en phase avec la réalité. La civilisation musulmane n’est pas un pacifisme qui fait le jeu du rapport du loup et de l’agneau. Les sages disent bien : “Il vaut mieux la contre-violence que l’indignité.” Jeûner c’est rester vigilant, digne, maître de ses passions et privilégier la solidarité humaine.
Le Coran prône une éthique sociale : “Emploie plutôt les richesses que Dieu t'a accordées pour gagner l'ultime demeure, sans pour autant renoncer à ta part de bonheur dans ce monde. Sois bon envers les autres comme Dieu l'a été envers toi ! Ne favorise pas la corruption sur la Terre, car Dieu n'aime pas les corrupteurs.” (28-77).  
Malgré les appréciations négatives vis-à-vis des religions, les traumatismes vécus de par les guerres de religions, les discours islamophobes de dénigrement et les usurpations du nom de l’islam par des sectes, il est bienfaisant. Quinze siècles de son histoire prouvent qu’il est source de justice sociale. Il représenta la relation humaine équitable et chaleureuse. Le Coran est innocent de toutes les manipulations et contre-sens. Par-delà la difficulté à saisir ses visées, ses recommandations, ses injonctions et la nécessité d’enseigner son sens vrai et universel. Les extrémistes sont l’anti-islam. Ils édulcorent le sens du texte, en citant des versets coupés de leur contexte et isolés du reste du corpus. Fondamentalement, il appelle à croire, faire le bien et être patient pour garantir la relation juste : “Par le temps ! En vérité, l’homme court à sa perte, à l’exception de ceux qui croient et font le bien, se recommandent la vérité et la patience.”

Croire et être bienfaisant
Croire et faire le bien sont indissociables. Les intellectuels soucieux d’objectivité scientifique et respectueux du caractère vénérable du Coran pratiquent l’interprétation, la critique constructive et s’attaquent à juste titre à des productions et structures humaines archaïques, qui nient la solidarité humaine et la bonté. Il est salutaire de s’opposer aux lectures fermées, aux actes injustes, de revoir les textes à l'aune des vraies sources et de l’évolution de nos sociétés.  Comme par le passé, où la civilisation musulmane a participé à la symbiose des cultures autour de la Méditerranée, en dialoguant avec les sources existantes et en les approfondissant, elle peut aujourd’hui contribuer à la recherche d’une nouvelle civilisation solidaire. Conjuguer authenticité et modernité, en traduction de la ligne médiane, est l’aspiration légitime de l’immense majorité des musulmans. La révélation est un souffle libérateur qui encourage le sens du partage avec tous les humains.
Il faut retrouver l’esprit et la lettre du Coran et de la Sunna, pour bâtir le vivre-ensemble du partage.
Face aux idéologies extrémistes, il y a urgence à réinventer un monde solidaire. Les notions de modération, d’équité et de rectitude  sont préconisées : “Agis avec rectitude, comme il t'a été prescrit, ainsi qu'à ceux qui, avec toi, se sont repentis ! Ne vous livrez pas à des excès ! Dieu est bien au courant de ce que vous faites.” (11-112)
Au vu de la confusion, éduquer à une juste compréhension de la religion est un devoir. Il y a lieu d’encourager une pensée théologique fidèle aux sources et conforme à la marche du temps, à partir d’un renouveau, tajdid, du sens et de pratiques sociales ouvertes. Les faits le prouvent.
Le Coran responsabilise chaque musulman. Il appelle à le recevoir comme s’il était révélé ici et maintenant, à suivre l’exemple du Prophète, à respecter les voix savantes, à consulter, à intérioriser et à interroger notre conscience critique. Cette alchimie fonctionne. Elle repose sur une vision du monde solidaire et cohérent. Depuis 15 siècles, la majorité des musulmans sait que le partage est un des buts de l’existence, et que le respect de la dignité est fondamental. Tout égoïsme contredit l’esprit et la lettre du Coran. Les citoyens de confession musulmane, qui ont la compétence théologique nécessaire, peuvent barrer la route aux apprentis sorciers de tout bord par l’inventivité, afin de se libérer de toutes les formes d’hostilités et contribuer à maintenir vivante une spiritualité du partage. 
Durant le temps de sa civilisation dominante, malgré des heurts et péripéties, l’islam n’a pas été belliqueux, ni mû par une ambition hégémonique. Le texte coranique, à travers nombre de principes, parle de Lui-même : il est pédagogique. L’humain est responsabilisé. L’un n’empêche pas l’autre. Contrairement à ce qui est colporté, l’islam n’exclut personne. Le don et les aumônes des biens peuvent s’effectuer au profit de toute personne nécessiteuse, quelle que soit sa croyance. Il a fallu attendre l’ère moderne, dans le contexte colonial et aujourd’hui du désordre mondial, pour que des sectes perturbent la ligne bienfaisante de toujours et nuisent aux fondements de cette ligne. Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de saper les lectures rigoristes et nihilistes, mais de poser également les questions éthiques qui se posent à l’humanité. La plupart des citoyens de confession musulmane à travers le monde sont conscients des difficultés, de leurs faiblesses actuelles et de leurs atouts. Ils ne sont pas dupes. Ils savent qu’il n’y a pas d’alternative à l’articulation entre soi et autrui, le commun et le spécifique, le particulier et l’universel. La civilisation musulmane ordonne la bienveillance et la pratique du bien pour réaliser le lien interhumain : “La vérité est que quiconque s’en remet en confiance à la Volonté divine tout en faisant le bien, c'est celui-là qui recevra sa récompense et n'aura à éprouver ni crainte ni peine.” (2-112)  Le vivre-ensemble se renforcera en mettant l’accent sur les actes de bienfaisance et une culture de la solidarité. La culture du partage est une chance, en alliance avec d’autres cultures, pour contribuer à réinventer de la civilisation, qui en ces temps modernes fait défaut, mais n’a pas totalement disparu. Jeûner c’est prendre conscience des enjeux et bâtir une société vigilante et généreuse, loin des extrêmes.


M. C.
(À suivre)
* Mustapha Cherif est professeur des universités, auteur de “Sortir des extrêmes”, Casbah éditions, Alger, 2016.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER