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A la une / Civilisation et spiritualité

Culture de la paix

Un sage, Ibn Atta Allah

Tâj al Dîn Ibn 'Atta Allah Al-Iskandarî est un savant théologien majeur, de l’école du Tassawwuf, homme spirituel exemplaire, qui mérite d’être connu par le grand public. Il fait partie de ceux qui représentent la sagesse et le savoir en islam. Il naquit à Alexandrie (Égypte) vers l’an 1250 et fut rappelé à Dieu au Caire en 1309. Découvrir sa pensée et sa méthode est salutaire pour affronter les défis, les incertitudes et les angoisses de notre temps.

Disciple du grand cheikh Ali Abu Hassan Shâdhily (m. 1258) qui est le fondateur de la confrérie soufie éponyme, auteur d’un texte majeur Hizb al-Bahr, qui disait “Mes livres sont mes disciples”, Ibn Atta Allah a enseigné la sagesse prophétique mohammadienne. À Alexandrie, il étudia la théologie selon le rite malékite, le code ascharite, et la voie éthique de Junayd, sous la conduite d’un autre maître, l'imam Abu el Abbas Mursi, successeur du cheikh Shâdhily à la tête de la nouvelle voie spirituelle shâdhiliyyah.

Le cœur de l’islam
Après la mort de son maître, Ibn ‘Atta Allah, de par sa sagesse, ses qualités et son savoir, devient le troisième maître de la tarîqa shâdhiliyyah. Elle prit une dimension encore plus gnostique et éducative, sur la base de ses travaux sur le soufisme, Tassawuf, le cœur de l’islam. Il œuvrait pour une interprétation vivante des textes musulmans. Cette prestigieuse Tarîqa, représentée par ses trois premiers fondateurs, Abu al Hassan Shâdhily, Abu Al Abbas al-Mursi et Ibn Atta Allah, est liée au Maghreb de manière profonde.
Ses premières sources sont le cheikh Abdeslam Ibn Mashish, du Rif marocain, qui initia Shâdhily, qui hérita aussi d’Abu Madyan el Ghouath, le grand saint patron de Tlemcen, mondialement reconnu. Abu Hassan Shâdhily vécut un temps en Tunisie, dans un bourg nommé Shadhila, d’où son nom. Avec la Tarîqa el Qadiriya de sidi Abdelkader el Djilali de Bagdad, et d’autres voies royales de la spiritualité, la shâdhiliyya a des ramifications nombreuses au Maghreb, à travers le monde musulman et au-delà.
Elle est cohérente et ouverte, sensible aux liens qu’elle a avec la voie de sidi Abu Madyan et même de sidi Abdelkader el Djilani, ainsi que la voie akbarienne et la nasqhbandiya, et le savoir et la sagesse d’al Hakim Al Tirmidhi (m. 930) et d’Abû Yazîd al-Bistâmi (IXe siècle). L’émir Abdelkader Al Djazairi représente cette osmose. Il a synthétisé avec éclat ces différentes voies.
Toutes les voies sont initiatiques, elles éduquent et forment les croyants soucieux d’approfondissement pour maîtriser l’âme, jihad anafs, le combat intérieur, “s’approcher” de la lumière divine, se réaliser spirituellement, en suivant et en imitant le guide des guides : le Sceau des envoyés, al-nur al-muhammadi. Ibn ‘Atta Allah cite un hadith authentique sur la haute valeur des savants musulmans qui enseignent la sagesse : “Les (saints) ulémas de ma communauté sont comparables aux prophètes du peuple d’Israël”, et aussi : “Ils sont les héritiers des prophètes.” Ibn ‘Atta Allah considère que la voie shâdhilya est celle des “pôles”, qutbaniya.

La foi réfléchie et intelligente
Ibn ‘Atta Allah, en tant que juriste et penseur soufi, se fondait sur le Coran et la Sunna. Il conjuguait avec harmonie al Charia et el Haqiqa, la Loi et la Vérité, l'exotérisme et l'ésotérisme, l’apparent et le caché, l’un et le multiple. Alim, savant, et imam à la mosquée Al Azhar et celle de Sidna El Hossein, il enseignait le fiqh, et, sur le plan de la théologie, les significations du concept central Al Tawid, et le principe d’Al Wassatiya, le juste milieu. Il mettait l’accent sur la bonne conduite légale, la vertu, Adab al-shar.
Sur le plan du savoir soufi, gnostique, il s’adresse à l’intelligence de la foi, enseignait le sens des Beaux Noms divins et le Tawil, la lecture du Coran. Comme l’enseigne le Prophète, les maîtres spirituels répètent au Murid, celui qui cherche Dieu : “Connais Dieu, craint Dieu, aime Dieu.” Il préconisait la sobriété, l’humilité et la lucidité : “Dieu est le seul but à atteindre.” Il exhorte ses étudiants, qui n’étaient pas tous soufis, et ses disciples, à se garder de toute forme d’injustice (zulm).
Fidèle à la ligne du sunnisme authentique et des maîtres soufis comme Hassan Al Basri, Abu Hamed Al Ghazali et Ibn Arabi le cheikh Al Akbar, Ibn ‘Atta Allah a réussi à populariser le soufisme et à démontrer que la voie mystique de l’islam est la voie orthodoxe et sage, celle de l’ihsan, le bel-agir, le niveau le plus haut de la recherche spirituelle. Comme nombre de maîtres, il préconise d’honorer la vie, l’engagement au service de la communauté et de l’humanité : “La retraite spirituelle est au milieu de la foule”, pour agir sur la vie concrète des masses.
Il ne cessait d’expliquer et de démontrer que le premier maître des ulémas soufis est le Sceau des envoyés. Sous une forme pédagogique, modérée et orthodoxe, il a démontré à nombre de musulmans rigoristes que le soufisme se fonde sur le respect de la Charia, avec une plus-value, celle de l’éducation au Dhikr, l’invocation-rappel du Divin, et au meilleur comportement.
Des chroniqueurs rapportent qu’il a eu l’occasion de nuancer les propos d’Ibn Taymiya connu pour son rigorisme. Souvent, le débat entre les deux courants, ésotérique et exotérique, a pris l’allure de la controverse et de la polémique. Mais les sages parmi les savants de tous les courants savent que la diversité d’approche est une richesse.
Des excès peuvent voir le jour dans toutes les écoles de pensée. Ibn ‘Atta Allah a laissé une œuvre éblouissante, avec des livres phare, dont les intitulés même sont le reflet de son haut degré de connaissance des sciences religieuses et du sacré.
Le plus célèbre est Al Hikam (Paroles de sagesse), traduit dans plusieurs langues, y compris en russe et en français, pensées, sentences et aphorismes traitant de la quête spirituelle. Ainsi que Latâ'if al-minan (les subtilités de la grâce, ou vertus spirituelles). At Tanwîr fî Isqât Ut Tabdîr (L'illumination par l'abandon de l'autodétermination), traité sur le détachement méthodique de tout ce qui n'est pas Dieu.
La clef de la réalisation spirituelle et l'illumination des âmes Miftâh al-falâh wa misbâh al-arwâh. Le Livre de l'Aspiration exclusive sur la Connaissance du nom Allah, sur la connaissance de Dieu et de Sa manifestation dans les degrés hiérarchiques. Un traité sur l'invocation, Dikhr, expose la méthode spirituelle. Un riche texte inédit, rapporté par un de ses disciples lors des cours oraux, intitulé Zinat al nawâzir wa tuhfat al-khawatir (la parure des regards et le don des pensées). Ainsi qu’un autre sur la sagesse des maîtres soufis qui se concentrent sur le souvenir de Dieu : “Souvenez-vous de Moi donc, Je me souviendrai de vous. Remerciez-Moi et ne soyez pas ingrats envers Moi” (2-152).

Les maîtres spirituels
Ibn ‘Atta Allah précise que “les saints ulémas guident les hommes vers Dieu en fonction de leur degré”. Les maître spirituels comme Ibn ‘Atta Allah dévoilent à leur manière le savoir que la grâce divine leur a octroyé : “Les bienfaits de Ton Seigneur proclame !” (93-11) Il rappelle dans Lataif al Minan, que les notions de siddiq (véridiques), waly (amis de Dieu) et muhssine (vertueux bel-agissants) sont explicites dans le Coran, en tant que croyants nantis de grâces et de savoir. Ils sont ceux qui rendent grâces, reconnaissants, shakirun, et se conduisent pieusement, salikun, mutakun, les gens de la voie, ravis à eux-mêmes. Dans chaque pays musulman, ils appartiennent au patrimoine national.
Ibn ‘Atta Allah reconnaît qu’il y a plusieurs modes de cheminement vers Dieu, comme ceux du ravissement et de l’amour, tous liés à la piété et à la grâce, al baraka, et à l’effort, al mujahada, sur la base de gnose et de la progression par étapes, par progression, de la vie des cœurs, le combat contre l’ego et les passions de l’âme. Avec la possibilité de l’illumination, selon el idhn la permission divine. Pour cela, Ibn ‘Atta Allah rappelle que le Prophète a ordonné : “Questionne les savants, fréquente les sages et côtoie les grands maîtres.”
Dans Lataif al Minan, Ibn ‘Atta Allah insiste pour dire que la vie du croyant doit être une tawba permanente, un repentir constant et sincère. Il précise que chacun des degrés des gens de la connaissance a une fonction : “Le savant te guide comment parvenir au Paradis, le sage t’apprends à te rapprocher de Dieu, le maître spirituel te guide jusqu’à Dieu.” Tels sont les signes des secrets et les sagesses des maîtres spirituels musulmans, disciples du Prophète, qui dépassent le monde immédiat, sans oublier leurs devoirs terrestres, pour perfectionner l’âme et le vivre-ensemble.


M. C.
(*) Mustapha Cherif, professeur des universités, auteur de “Le Coran et notre temps”, Anep, Alger, 2012.


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