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Abstention : La distanciation politique


Si l’on juge par les premiers éléments de résultat des élections législatives, le régime s’est reconstitué. Il s’est même conforté, puisque les formations d’opposition traditionnelle disposant d’un minimum de substance politique ont déserté l’hémicycle pour cause de boycott. 
Certes, dans le contexte national, le Parlement n’a aucune influence sur la politique publique, le fonctionnement électoral étant conçu pour fournir au régime une majorité d’élus qui lui sont organiquement liés. Cela pour solder la question de la responsabilité du boycott et de l’abstention dans la victoire annoncée du couple malfaisant FLN-RND et de leurs alliés accessoires. La participation n’aurait rien changé au score dans sa configuration générale ; elle aurait juste apporté une caution à une nouvelle étape de la restauration systémique.
Elle aurait surtout marqué l’échec et la fin de la revendication de rupture démocratique en déplaçant la problématique nationale de la question de système, posée par le mouvement populaire, vers une simple question de couleur politique du régime. Le débat se recentrerait alors à nouveau sur la question stérile du piège d’un multipartisme sous tutelle : peut-on envisager une évolution démocratique sur la base d’élections autoritairement contrôlées ?  Mais l’abstention, parce qu’elle est trop massive pour relever d’un simple désintérêt pour la chose publique, vient de rappeler combien la revendication populaire de rupture est restée vive et partagée malgré plus de deux ans de répression, de censure, de manipulation, d’intimidation et de fuite en avant électorale.
Alors que les marches populaires subissent une oppression étouffante, le niveau d’abstention, même “corrigé”, enregistré par ce dernier scrutin constitue, à lui seul, l’équivalent d’une manifestation de grande envergure du Hirak. Alors que près de deux cents citoyens sont en prison pour leur activité militante et que beaucoup d’autres ont déjà purgé des peines pour délit d’opinion, la masse de citoyens continue à se tenir à distance du fonctionnement systémique.  Cela montre qu’étouffer une revendication n’est pas l’annihiler.
Pendant la période préélectorale, le pouvoir a tenté de se rassurer en médiatisant un engouement de chapelles pour les candidatures et en bâillonnant brutalement l’expression populaire. 
À confondre empressement courtisan et popularité, à confondre silence imposé et consentement, il a dû attendre le jour du vote pour s’obliger à redécouvrir l’état politique de la société. Paradoxalement, un processus électoral censé sortir le régime de sa crise de légitimité l’y enfonce encore plus, scrutin après scrutin.
Dans sa grande majorité, le peuple s’est détaché du fonctionnement institutionnel, contraignant le régime à une vie politique désocialisée. 
Malgré sa volonté de donner des gages de changement, voire de rupture, le pouvoir est contraint de puiser dans ses appareils rentiers traditionnels le personnel devant garnir ses institutions. Ainsi, en revenant naturellement à son essence systémique, il s’inflige lui-même la preuve de sa vocation conservatrice et de sa mission de restauration du régime.
Mais cette mission pourra-t-il la remplir avec un peuple qui, faute d’être entendu, s’exclut de ce processus autoritaire ?

M. H.
[email protected]

 


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