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contrechamp / ACTUALITÉS

Agriculture : sans terre et sans travail ?

S’il y avait encore de l’argent, on aurait décrété un PNDAR 2. Mais comme il n’y en a plus assez, on organise un Grenelle de l’agriculture, comme on aurait dit en France.
Ah ! Le PNDAR ! Un moment fort du pillage de la rente pétrolière, un moment où l’agriculture a servi, à son tour, de prétexte à une vaste opération de détournement clanique des ressources publiques. N’en parlons plus, l’affaire s’est ensablée dans des procédures qui se sont éternisées jusqu’à l’évaporation. Et les protagonistes du hold-up ne sont plus aux affaires, en tout cas pas aux affaires agricoles ; ils se sont, peut-être pour certains et sûrement pour d’autres, convertis à un autre type de foncier, plus urbain.
Puisqu’il n’y a donc pas de quoi financer des “programmes de développement”, place alors à l’imagination ! Ces assises sont supposées servir à diagnostiquer le mal de l’agriculture nationale et trouver les remèdes qui lui siéent. On l’a fait à plusieurs reprises pour le tourisme ; il ne s’en porte quand même pas mieux.
Et même là, on n’est pas loin de la problématique agricole. Foncière, d’abord. Invariablement invoquée par tous les régimes, depuis l’Indépendance, la question agraire a juste servi à exaucer les caprices idéologiques de nos dirigeants successifs et les terres agricoles ont servi d’assiette facile à des choix industriels lourds. Et c’est précisément les grandes plaines maraîchères, viticoles et agrumicultrices du littoral qui vont accueillir les pôles de la “révolution industrielle”. La “révolution agraire”, quant à elle, ne fut qu’une tentative de réorganisation rurale : expropriation de grands et moyens propriétaires, construction de quelques villages, création de coopératives… L’essentiel des terres arables (ex-fermes coloniales) sont exploitées par des “domaines” de statut mixte entre entreprises publiques et exploitations autogérées.
Depuis son indépendance, l’État algérien n’a fait que renforcer sa vocation d’importateur de produits agricoles, de première nécessité surtout (céréales et farine, lait, sucre, huile…). Le confort de la rente l’autorisait à cette insouciance agroalimentaire. Plus récemment, la terre agricole, déjà victime de la pression urbaine et industrielle, a eu à expérimenter le statut mitigé de la concession. Complexé par les connotations historiques de la privatisation du domaine foncier agricole, le pouvoir distribue la terre à des gens qui ne l’ont pas achetée. Comment peut-on entretenir et valoriser un capital qu’on n’a pas payé ?
C’est dans ce contexte de dévalorisation du capital doublé d’un contexte général de dévalorisation du travail que le Président a appelé, dans son message aux assises, la jeunesse à entreprendre de travailler la terre. Difficile de réapprendre à affronter la boue, la poussière et les intempéries à des jeunes qui voient leurs grands frères déambuler dans le confort d’un fourgon à crédit pour exposer sur les bords de routes de lucratifs cartons de banane importée.
Peut-être faudra-t-il retourner aux fondamentaux : la terre à ceux qui la travaillent. Mais ne la travaillent vraiment que ceux qui la possèdent.

M. H.


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