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contrechamp / ACTUALITÉS

APAISEMENT ET PACIFISME


L’extinction, mille fois annoncée et plus de mille fois espérée, du mouvement populaire a été majestueusement démentie ce 22 février. 
À la vérité, c’est sans conviction que les Cassandre distillaient leurs prémonitions de nature plus incantatoire que divinatoire. Il a toujours suffi, en effet, de tendre l’oreille pour entendre le souffle intact d’une revendication que la dégradation du contexte sanitaire à contraint à une suspension de ses manifestations. Les appareils de pouvoir se voyaient même fêtant l’anniversaire d’un soulèvement “béni”, mais accompli, et auquel il ne resterait qu’à aménager un musée, comme l’a suggéré l’inénarrable Bengrina. Il ne serait pas étonnant que ces augures annonçant la fin du mouvement aient hâté la reprise des actions de rue, les citoyens ayant à cœur de faire la preuve de leur intacte mobilisation.
Si les marches de Kherrata, de Khenchela et d’autres agglomérations et les rassemblements des Algériens de l’étranger n’ont pas pu convaincre de ce retour, les nombreuses manifestations qui, hier, ont eu lieu dans différentes villes du pays devraient avoir achevé de confirmer la vivacité du mouvement, malgré cette forme d’expression sourde à laquelle la Covid l’a forcé.
D’ailleurs, le pouvoir devait s’en douter tant il n’a, à aucun moment, et malgré une situation sanitaire peu propice à la protestation, desserré sa pression répressive autour du Hirak. Ce n’est qu’à la veille de la reprise annoncée des marches qu’il s’est résolu à prendre des “mesures d’apaisement” où se côtoient la libération de détenus d’opinion et des décisions qui procèdent de la mise en œuvre de sa feuille de route justement venue s’imposer en alternative à la revendication populaire de rupture systémique.
Il faut rechercher le paradoxe pour aller puiser dans le personnel de la Présidence et du gouvernement Bouteflika à l’effet de consolider l’Exécutif de “l’Algérie nouvelle” ! La nomination de Mohamed Boughazi, la voix de Bouteflika dans sa période aphone, au portefeuille du Tourisme, et le rappel de Dalila Boudjemâa, pour reprendre le ministère que l’ancien président lui avait confié, illustrent l’option de banalisation du maintien aux affaires du personnel du régime. De la même manière, la proclamation par Salah Goudjil, le jour de ces décisions, de son accès, à quatre-vingt-dix ans, au poste de deuxième personnage de l’État atteste de la persistance de la culture gérontocratique du système. 
Ces messages ne sont pas de nature “apaisante” pour des citoyens qui manifestent pour le changement.
Cela dit, en quoi un mouvement ayant, d’emblée, fait le choix de l’expression pacifique de ses revendications et qui s’y est tenu en dépit de la répression a-t-il besoin d’être apaisé ? À moins que l’effet attendu de cet “apaisement” soit que le peuple manifestant renonce à ses doléances.
Ce qui se passe depuis deux ans, ce n’est tout de même pas un coup de sang passager ou une émeute suscitée par un mécontentement catégoriel ; c’est un mouvement populaire au long cours, une révolution sereine qui ne peut être traitée par des “mesures d’apaisement”, mais qui appelle une réponse politique correspondant à la profondeur populaire et historique de la  revendication. 
 

M. H.
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