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contrechamp / ACTUALITÉS

Autisme politique et expression populaire

Des étudiants et lycéens s’insurgent pour tamazight. Particulièrement dans les villes universitaires de Béjaïa, Bouira et Tizi Ouzou. Mais aussi ailleurs, à Sétif, à Batna…
Pour l’heure, les “explications” autour du “malentendu” introduit par la proposition d’amendement législatif ne suffisent pas à enrayer le mouvement. Et le pouvoir fait ce qu’il fait en pareille circonstance : il tente l’étouffement et si cela ne suffit pas à rétablir son ordre, il passe à la répression. Tout en criant à la manipulation des manifestants.
Mais à supposer que le PT ait eu, à travers son initiative, des intentions subversives, on ne peut pas dire, non plus, que les raisons de se mobiliser manquent aux partisans de la promotion de tamazight. Le pouvoir aurait voulu que l’officialisation et la constitutionnalisation de la langue constituassent la fin de l’Histoire pour cette question. Il semble surpris de découvrir qu’il n’en est rien et que la cause ait, quand même, conservé toute son intensité. Il croyait probablement aussi que la revendication autonomiste et la radicalisation indépendantiste allaient lui fournir l’argument d’une mise en veille de la question identitaire au prétexte de la priorité de la défense d’une unité nationale menacée.
Or, c’est la même demande qui prend des formes variées. Et une demande, quand elle émane de ce qu’une population a de plus profond en elle, son identité, ne peut être définitivement dépassée que par sa satisfaction effective. Les différentes revendications autour de tamazight et de la Kabylie se concurrencent dans le discours militant, mais, sur le terrain, elles se chevauchent sans s’opposer. C’est le pouvoir qui, en se reposant sur ses concessions formelles, a cru avoir avantageusement manipulé la question. La députée du PT n’a fait que réveiller une déception contenue. Au demeurant, un pouvoir qui interdit même une réunion littéraire, peut-il s’étonner que, par moments, le peuple étouffé s’insurge ?
Le problème est que, le régime, maniant le clientélisme et la répression, colmatant tous les canaux d’expression autonome de la société, ne se donne même pas le moyen de saisir les colères et les aspirations de la société. Comme en tout domaine, il ne fait que réagir en improvisant. Il fait dans la fuite en avant, abandonnant la construction nationale au hasard des rapports de force.
De façon plus générale, les motifs de protestation ne manquent pas aux Algériens, même s’ils n’ont pas toujours le moyen de les exposer. On ne peut alors pas dire à des gens qu’on n’écoute pas qu’ils sont manipulés. Quand, par exemple, dans le cadre institutionnalisé de la tripartite, le gouvernement ne reconnaît, comme organisation syndicale, que l’UGTA, il ne laisse aux syndicats autonomes que l’option de la lutte de terrain. À ignorer les difficiles conditions sociales, pédagogiques, voire sécuritaires, des enseignants universitaires, syndiqués notamment, il ne leur reste que l’action syndicale.
On peut toujours chercher la manipulation dans la grève annoncée du Cnes, histoire de justifier d’éventuelles représailles. Mais on ne peut pas dire que leur mouvement était imprévisible. Il suffisait d’écouter.

M. H.


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