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contrechamp / ACTUALITÉS

Avec le retard à se réaliser, la rupture gagne du temps

Quand on connaît quelques côtés du mental du régime, on ne s’étonne pas de le voir attendre, semaine après semaine, que l’agitation populaire diminue et finisse par s’éteindre. Même si, de semaine en semaine, le mouvement ne fait que s’amplifier et se confirmer dans sa résolution.
Pour la cinquième fois, et malgré des conditions climatiques défavorables sur une grande partie
du territoire, aucune région ne fut en reste.
L’illusion d’une manifestation feu de paille — celle qui permettait à Sellal de dire à Haddad qu’il fallait “juste tenir jusqu’au 3 (3 mars, date de clôture de dépôt de dossiers de candidature)” — a vécu. Depuis, Sellal et d’autres membres de l’équipage ont été débarqués et l’élection présidentielle sous
le régime en place n’est plus à l’ordre du jour.
Aujourd’hui, il résiste par réflexe, sans trop savoir dans quelle mesure il pourrait influer sur l’issue du soulèvement. Faisant mine de ne pas saisir l’appel populaire dans son vrai sens, celui qui invoque sa dissolution immédiate et globale, le régime se mure dans son autisme et le peuple s’en tient à sa marche résolue vers la rupture. Bouteflika, ou son entourage, n’a sûrement pas encore opéré la révolution mentale qui lui permettra, s’il y arrive, d’intégrer cette réalité que “l’écrasante majorité” dont il s’est toujours revendiqué est en train de
l’éconduire.
Mais cette résistance, à l’évidence vaine, du régime n’a pas que du mauvais pour la révolution en cours. En même temps qu’elle met la résolution du peuple à l’épreuve, elle éclaire le pouvoir sur la profondeur du mouvement qui est en train de l’emporter. Elle exacerbe alors les contradictions du régime et démantèle progressivement une cohésion factice du régime bâtie sur une solidarité de mesquins intérêts de castes et de coteries.
Le régime s’arc-boute, en effet, mais il ne le fait plus dans son intégralité. Chaque jour, des pans de l’édifice se détachent et chutent. L’Organisation des moudjahidine avait commencé par faire défaut avant de se laisser démarcher par Sellal ; hier, elle est revenue à la charge pour dénoncer l’exploitation mafieuse qui a été faite du FLN. Cela dit, quand on accapare le sigle de la Révolution, ce n’est point pour en faire un usage démocratique ; quand on a des idées et des convictions à faire valoir, on ne peut détourner un emballage conçu pour un autre projet. Des légions en tout genre (entrepreneurs, syndicats, partis…) sont en train d’être désertées par bataillons entiers, histoire de sauver leur peau ou de sauver le registre du commerce commun, selon le cas.
Le temps a même donné le temps à la hiérarchie de l’ANP d’ajuster son tir et de revenir du discours de la menace pour enfourcher le discours de l’unité et de la légitimité populaires.
La défection la plus incommodante pour le régime, et la plus significative du bouleversement civilisationnel en cours, réside dans la proclamation faite par les magistrats de leur émancipation vis-à-vis du pouvoir politique !
Devant de telles évolutions, on aurait tort de penser que les tergiversations du pouvoir occasionnent du retard au processus de rupture. En même temps qu’il se désagrège, le régime fait faire des progrès intermédiaires à la révolution démocratique.


M. H.


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