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contrechamp / ACTUALITÉS

Bonne année !

Depuis la nuit des temps, les civilisations et sociétés qui se sont succédé et ont coexisté sur notre planète ont généralement adopté et entretenu le culte du nouvel an. Si, aujourd’hui, la célébration du premier jour de l’année grégorienne tend à s’universaliser et à se séculariser, celui-ci n’a pas réussi à évincer les autres rites de “nouvel an” et de “jour de l’an” (qui, dans certaines traditions, est fêté un autre jour que le premier de l’année).
Les Algériens fêtent officiellement deux “nouvel an” (la version chrétienne papale et le nouvel an hégirien) tout en cultivant la célébration de l’ancestral Yennayer (nouvel an du calendrier amazigh). Ils vont désormais bénéficier d’une journée chômée et payée qui correspond à Yennayer. N’ayant toujours pas constitué une revendication militante prioritaire, le vœu d’une officialisation d’“amenzu yennayer” ne s’est exprimé que ces dernières années et de manière diffuse.
On peut donc soupçonner le pouvoir d’avoir satisfait une demande flottante pour créer l’effet de surprise et de relative sidération dans un contexte de mobilisation croissante, histoire d’atténuer l’effervescence lycéenne et estudiantine, d’un côté, et de ne pas donner l’impression d’avoir cédé à la pression du mouvement de rue, de l’autre. Mais, en les interrogeant, on s’aperçoit que toutes les avancées démocratiques et identitaires réalisées, depuis octobre 1988 notamment, posent la question de la sincérité progressiste du pouvoir : elles portent souvent, dans leur formulation même, les éléments de leur future entrave.  
Il serait, cependant, inutile de décrier un acquis au motif qu’il est plutôt le fruit d’un calcul tactique que celui d’une conviction politique du pouvoir. Ou qu’il serait flanqué d’un piège handicapant.
Comme tout processus, le progrès s’accomplit par révolutions et par évolutions. Et il y a des évolutions qui s’apparentent à de petites révolutions. C’est peut-être le cas de cette consécration solennelle de Yennayer : jusqu’ici, le calendrier algérien des fêtes officielles présentait, hormis les dates liées à sa toute récente histoire (dates du déclenchement de la guerre de libération et de célébration de l’indépendance), des anniversaires empruntés à des civilisations, naturellement hégémoniques et englobantes, comme la chrétienté (même si le 1er janvier s’est laïcisé) ou l’islam ; c’est la première qu’il adopte, une date commémorative qui projette la nation dans la profondeur de son histoire “personnelle”. Une profondeur qui la préserve de ce statut d’excroissance géographique, culturelle, voire ethno-culturelle, dans laquelle ont voulu l’enchâsser les puissances qui l’ont successivement envahie, assujettie ou occupée, ainsi que toute l’Afrique du Nord, au cours des deux derniers millénaires.
De ce point vue, l’habilitation de Yennayer, dont on fêtera le 2 968e anniversaire dans quelques jours, constitue une étape indéniable du long et difficile processus de réappropriation identitaire qui ne fait que débuter. Cette réelle avancée n’atténue pas le fait que 2017 ait été une autre année de recul aux plans démocratique, économique et social.
Alors, bonne année 2018 ! À d’autres combats ! Et à d’autres avancées !

M. H.


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