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contrechamp / ACTUALITÉS

Climat de soir d’été

L’été tire à sa fin sous une canicule persistante. Sur les routes, à la plage et dans la ville, l’effet incommodant de la chaleur est démultiplié par les tableaux de saleté qui, partout, nous entourent.
C’est, chez nous, la saison des fêtes. Et les concerts interminables de klaxons de cortèges nuptiaux, ponctués de pétarades pyrotechniques, ajoutent de la nuisance sonore à la pollution chimique, organique et atmosphérique.
Pour ceux qui sont en vacances, il est temps de rentrer. L’Aïd vous appelle. Cela fait une semaine que nous avons commencé à croiser les premiers moutons dans les quartiers d’Alger, sinon à les entendre se répondre d’un immeuble à l’autre, anachroniques bêlements dans une métropole qui se veut “intelligente”.  À la maison, et pour compléter l’ambiance rituelle, les télévisions nationales organisent des directs de La Mecque, nous permettant ainsi de suivre au quotidien la participation algérienne à un hadj qui, du fait de la couverture médiatique et de la propagande dont il jouit, prend des allures d’olympiade religieuse.
Tout l’été, les Algériens, qui ne pouvaient s’offrir des séjours hors du pays, se sont débattus entre une ville et un chez-soi rendus invivables par toutes ces nocuités ambiantes et des plages souillées où les derniers assauts intégristes contre le corps dévoilé de femmes finissent de faire place nette. L’“islamisation” de la plage produit ce spectacle laid du burkini imbibé et de la soutane flottante que surveillent des bermudas et des kamis à la légitimité autant religieuse que climatique. Une station balnéaire posée dans un camp bédouin.
Mais ne croyez pas que nous nous plaignons de la dégénérescence tendancielle de nos pratiques sociales. Nous y contribuons, en cédant sur nos droits et libertés, avec la conviction de participer à une œuvre de réhabilitation éthique de la nation. C’est ce qui explique le consensus qui entoure ce mouvement de décadence sous prétexte de réappropriation de valeurs. Et explique aussi la discrétion des intellectuels, bourgeois, progressistes et modernistes de la société devant l’avancée de cet ordre islamiste frelaté.
L’intégrisme qui envahit l’Algérie n’a rien à voir avec le système doctrinaire structuré qui s’est imposé en Iran ou au Soudan, par exemple. Ici, il n’y a pas de hiérarchie étatique ou cléricale qui dessine l’ordre nouveau et l’encadre. En Algérie, il est question d’un mouvement débridé conduit par un personnel à la culture religieuse sommaire et au référentiel doctrinal approximatif. Il n’y a pas que des imams qui se préoccupent de notre “réislamisation”. Elle est aussi conduite par des vigiles autoproclamés dont la vocation prosélyte cohabite avec le métier de contrebandier, de dealer, de parkingueur, de commerçant informel, de fonctionnaire et d’élu corrompus. Dans notre “révolution spirituelle”, improvisée dans sa conception comme dans son exécution, tout répond à des préoccupations politiciennes ou affairistes !
D’où cette forme dégradée d’État islamiste qui cultive l’ignorance plutôt que le savoir, l’incompétence plutôt que le savoir-faire, l’insuffisance plutôt que le talent, la peur plutôt que la conviction. Un État qui a su transmettre ces “contre-valeurs” à la société. Une
société qui s’est mise à se dissoudre solidairement et avec délectation dans la médiocrité et la décadence.

M. H.


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