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contrechamp / ACTUALITÉS

Comment le statu quo résiste à la faillite

Mercredi dernier, le wali de Boumerdès a inauguré un collège à Zemmouri. Une fois la cérémonie expédiée et la presse imprégnée de cette “réalisation” inachevée, les élèves rassemblés pour la circonstance ont été invités à retourner dans leurs anciens locaux en préfabriqué en attendant que le CEM étrenné soit effectivement achevé et livré… dans un mois, selon les prévisions officielles.
La farce pose une première question : celle de savoir qui, dans les échelons de la chaîne hiérarchique, était au courant de l’intention mystificatrice de l’opération ? Comment autant d’acteurs de la vie publique et sociale locale peuvent-ils se prêter à ce jeu consistant à “fêter” l’aboutissement d’un projet qui, en fait, n’est pas prêt à l’usage ? Il faut avoir  peu d’égards pour les futurs usagers de cet équipement pour les déplacer ainsi vers une inauguration pour l’heure sans autre objet que la photo.
Une telle opération de prestidigitation communicationnelle constitue une illustration parmi d’autres de cette stratégie de fuite en avant qui nous tient lieu de mode de gouvernance. Le problème est qu’elle exige un large consensus, dans les institutions et dans la société, autour de la durable entreprise de mystification de la réalité nationale et des sombres perspectives qui s’en dégagent.
Les bides et les fiascos se succèdent dans un interminable processus de décomposition nationale. Souvent, le public n’en est informé que lorsque le mal est fait. Aux premières dépréciations boursières du pétrole, en 2014, nous apprîmes que notre mode de vie reposait, depuis quinze ans, sur un système de ressources aléatoires. Enfin… on le savait tous, mais cela arrangeait trop de monde parmi nous de faire semblant de ne pas le savoir. Le consensus pour la fuite en avant est plus fort que la conscience de la course vers la faillite. Plus récemment, c’est au détour de l’adoption d’un plan d’action du gouvernement que nous apprenions que le Fonds de régulation des recettes est vide depuis sept mois déjà. Et, comme si de rien n’était, nous sommes invités à apprécier les mesures visant à réduire la faillite financière,  en assumer leurs effets sur notre niveau de vie.
Le pouvoir a préféré le risque d’une lente “venezuelisation” du pays à celui du mécontentement immédiat que susciterait la réduction des subventions ou la revaloriser des prix des carburants, par exemple. C’est dans la même veine qu’il a préféré la planche à billets à l’endettement extérieur : un procédé “invisible” et à des effets sournois, différés plutôt qu’un autre, forcément sujet à publicité, ce qui, pour un pays ayant bénéficié de deux décennies de rente abondante, équivaut à un constat de faillite.
Dans un tel contexte, la question, déjà ancienne, de la capacité du Président à assumer l’ensemble de ses prérogatives redouble d’acuité. Le pays est, en effet, si mal géré qu’il semble… pas géré du tout. Ou alors géré à mille mains. Mais cette question aussi réunit un étonnant niveau de consensus autour de son tabou. Comme un seul homme, le sérail, à tous ses étages, s’élève pour condamner ce doute intolérable et témoigner de la bonne santé du Président.
Le postulat a, en effet, l’énorme avantage d’assurer la pérennité du statu quo malgré la faillite !


 M. H.


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