Culture et terrorisme : le cas algérien

Ces dernières années, le terrorisme islamiste n’a pas l’initiative en Algérie. Et pour ce qu’il en subsiste, l’armée lui porte régulièrement des coups sévères.
En ce début 2018, Aqmi a dû, pour ainsi dire, puiser dans sa direction pour sacrifier ses premiers “martyrs” de l’année. Pour certains, ce sont souvent des pionniers, terrés depuis plus de trente ans dans d’impénétrables maquis. À l’évidence, le recrutement s’est essoufflé et la chair à canon fait défaut.
Ce reflux du phénomène en Algérie, au moment où il s’épanouit un peu partout autour de notre pays, suscite l’intérêt des observateurs et des stratèges de la guerre antiterroriste. La débâcle que Daech vient de subir en Syrie et en Irak, où il était parvenu, pour quelques années, à la plénitude de sa nocivité, ne soulève pas la même curiosité, certainement du fait de la multiplicité des intervenants et de la débauche de moyens qui y ont été investis.
L’analyse de l’expérience algérienne en matière de terrorisme a été, dès l’origine, victime des préjugés politiques de ses auteurs. D’emblée, elle a constitué une question à forte dose d’arrière-pensée idéologique et à forte intensité manipulatoire. On en oublia, souvent consciemment et insidieusement, qu’elle posait une question d’humanité : celle du rapport de l’homme à la vie et à la mort.
Avec le départ tonitruant du terrorisme islamiste, s’amorçait l’âge d’or de son exploitation politique. En Algérie, mais aussi à l’étranger où le “qui tue qui” fit flores et servait de prisme d’étude politique sociopolitique du pays. Autant que ses premiers triomphes et sa rapide et longue prospérité, son déclin a servi des desseins politiques. À travers la mystification politique que constitue “la réconciliation nationale”. Réconcilier qui avec qui ? Le terrorisme est la manifestation culturelle consubstantielle de l’islam politique. Ce système de pensée, qui est à la base du devoir sacré du djihad, est intact et ses adeptes n’y ont pas renoncé. Et le peu de culture humaniste qui s’y opposait est encore vivace, même si elle a été passablement rétamée. Et le no man’s land politique et intellectuel qui les sépare est toujours aussi vaste et en jachère prêt à basculer dans l’escarcelle du plus fort. Ou du plus offrant.
En Algérie, le terrorisme islamiste a été vaincu, même si ce fut long et difficile, parce que les forces de sécurité ont fini par s’adapter aux conditions d’une guerre antiterroriste. Mais aussi parce qu’il a dû affronter une résistance populaire à fondement culturel. Une résistance de populations, minoritaire certes, mais bardée, en plus d’armes, de la conviction, même instinctive, du droit universel à la vie.
Ce fond de résistance morale a été anéanti de ce que l’historiographie lui dénie son intervention patriotique et salutaire. Il est partie “réconciliable” au même titre que l’islamisme terroriste. Et, selon l’esprit de “la réconciliation nationale”, l’islamisme pourrait mener une existence pacifiste et s’accommoder de la diversité.
Un mouvement terroriste ne peut, peut-être, pas se régénérer à brève échéance mais, cette fois-ci, l’islamisme n’aura pas besoin d’armes pour nous soumettre. Sauf pour quelques résiduelles poches de liberté et d’authenticité, c’est fait.

M. H.