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contrechamp / ACTUALITÉS

Cupidité, piété et morale

L’Aïd el-Adha est une fête sacrée. La plus sacrée de nos fêtes religieuses. De bons musulmans en ont profité pour nous refiler des moutons à cinq millions de centimes l’unité. “Bel baraka”, ajoutaient-ils au moment d’encaisser.
Le négoce est hallal et la religion ne condamne pas l’opportunisme commerçant, ni ne fixe de limite au profit qu’il peut engranger. Sauf que certains de nos maquignons ne se sont pas contentés d’exploiter la pieuse aubaine. Ils ont fourgué à leurs clients des bêtes dont la chair a pourri au deuxième ou troisième jour de leur abattage. Selon les faits rapportés, le phénomène s’est produit dans une dizaine de régions différentes.
A priori, dans une société où les citoyens exhibent à tout propos leur dévotion, on ne devrait normalement pas assister à de tels faits d’empoisonnement collectif. Quand la pratique était de nous vendre de l’âne pour du bœuf, nos charognards de marchands devaient au moins avoir bonne conscience en sachant que… nous la consommions. Jusqu’au jour où les membres d’une de ces bandes de fraudeurs furent appréhendés à leur retour… du hadj. Parce que les escrocs tiennent à leur pieuse réputation ! Regardez autour de vous ! Même que cette apparente ferveur facilite les métiers d’arnaque.
Si des mercantis, apparemment avec foi mais certainement sans loi, en sont arrivés à nous vendre des bêtes dont la viande se décompose au lendemain de leur sacrifice, c’est parce que nous avions, citoyens et autorités, commencé par avaliser leurs petits crimes ordinaires. Nous les voyons, le matin, au marché, astiquer avec des chiffons gras les fruits et légumes de leurs étals, puis les empiler dans un ordre qui leur permet de nous refiler en priorité les déchets de leurs stocks. Et quand nous arrivons trop tôt au marché, nous n’avons surtout pas intérêt à les interrompre dans leur tâche de maquillage de la marchandise. Nous devons attendre patiemment qu’ils aient fini de frelater notre alimentation avant de nous la servir.
Nous sommes aussi tenus de fermer les yeux sur les mille défauts d’hygiène qui caractérisent tous ces marchés et tant d’autres locaux commerciaux et véhicules de transports émaillés de hadiths et de sourates où leurs exploitants faussement dévots attendent la victime consentante. Leur mépris du client, chez beaucoup d’entre eux, va jusqu’à les dispenser de prévoir de la monnaie. Et celui-ci a appris, dans sa légendaire flexibilité, à s’armer de pièces avant d’aller affronter le vétilleux caissier de la supérette. Pas même les sourires et les amabilités verbales qui, ailleurs, aident à faire passer la pilule de la dépense !
En les voyant baisser rideau le vendredi pour participer, par foules entières, à la parade des kamis immaculés, on se dit que nous sommes à l’abri de la tromperie et de la rapine. L’affaire des moutons faisandés en plein Aïd nous montre que l’apparent regain de piété ne nous a pas prémunis contre une profonde déliquescence morale. Mais il n’y a pas que le commerce qui dégage toutes ces formes d’expression de notre… mauvaise foi qui se généralise. Partout, la société semble redoubler de ferveur pour mieux cacher son irréfrénable dévergondage moral.
La rente, en affranchissant l’argent de toute odeur, nous a exonérés de toute retenue.

M. H.


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