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contrechamp / ACTUALITÉS

De l’intelligence en politique

“Le FLN, c’est l’État”, avait proclamé Ould Abbes. “Le choix du Président, c’est l’affaire de l’État”, vient de prolonger Ghoul.
Pourquoi les “hommes politiques” agréés par le régime peuvent-ils dire n’importe quoi en guise d’assertions politiques ? À travers ces exemples, et d’autres, comme celui de Ziari proclamant la limitation de mandats “invention coloniale”, on peut mesurer le chemin parcouru par le pays dans sa régression politique au cours des deux dernières décennies. Mais il est faux de croire que la décadence intellectuelle qui frappe la vie publique procède d’une évolution spontanée.
L’appauvrissement sémantique de ce qui nous tient lieu de débat public a été soigneusement programmé. Il a débuté par une opération de restructuration du paysage médiatique. En suscitant l’éclosion et l’épanouissement de supports dont la viabilité ne dépend plus du succès commercial, mais de la gratuité d’impression et des subventions publicitaires, le pouvoir a mis la presse sur la voie de la déchéance qualitative. Et l’a progressivement initiée à la culture de la facilité : alors, progressivement, “la moindre butte ressemble à une montagne”, comme disait Marx à propos de l’économie vulgaire. Et nous en sommes arrivés à relayer, quotidiennement, des absurdités sémantiques et politiques que nous faisons vaniteusement trôner aux “Unes” de nos journaux. Avec la satisfaction du devoir accompli.
Avec “l’ouverture du champ audiovisuel”, le pouvoir a fait mieux en réalisant la jonction entre le populisme mercantile et le populisme politicien. Les quelques poches de résistance, où des professionnels tentaient de positiver cette ouverture médiatique, ont fini par être sanctionnées, soit par la censure officielle soit par la paresse politique qui, peu à peu, a engourdi la société. L’avènement du multipartisme avait poussé le citoyen à développer un réflexe de vigilance politique ; le régime de la corruption, en démocratisant le crédit bancaire facile, les subventions, les concessions, en faisant exploser les commandes publiques au profit d’un affairisme politique, en libérant l’activité économique informelle non imposable, en élargissant la pratique racoleuse du logement social, etc., a converti ce citoyen à l’instinct de rapine. Il a ainsi créé un conservatisme de prébende, un conservatisme de rente, dans la société.
Aujourd’hui, le discours politique joue à peine le rôle de musique d’ambiance que peu de gens écoutent. Ce que l’Algérien lambda craint le plus, c’est le changement, l’avènement d’un pouvoir rationaliste à la place du régime gaspilleur et suborneur en place. Et ceux qui sont promus leaders politiques par le pouvoir réel peuvent jouer ces mélodies de distraction sans avoir besoin de jouer juste : ils sont seuls sur scène. Ils peuvent dire toutes les niaiseries ; elles passeront pour d’intelligentes propositions politiques. Leurs contradicteurs potentiels, récalcitrants restés sur des positions de défiance vis-à-vis du régime, sont rejetés à la marge de la vie médiatique, d’abord, et politique, par conséquent.
Pendant ce temps, la croisière s’amuse. Surtout que l’Algérie a maintenant résolu la question de la précarité de la rente : si l’argent venait à manquer, il n’y aurait qu’à en imprimer. Il paraît que c’est une bonne idée, celle-ci aussi.

M. H.


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