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contrechamp / ACTUALITÉS

De l’origine de notre violence

Le ministre des Affaires religieuses préconise d’envoyer des imams au stade pour calmer les supporters et y réduire ainsi la violence.
à supposer que ces tifosis exaltés — un vrai supporter est un supporter impétueux, prêt à en découdre avec l’adversaire — se mettent à prêter attention à la bonne parole du prêcheur de la rencontre, comment va-t-il s’y prendre ? Va-t-il se tenir face aux spectateurs, le regard fixant la succession de gradins, dos au terrain à la manière des stadiers, pour intervenir au moindre écart de langage ou geste déplacé d’un supporter ? Va-t-il prendre la parole juste avant le coup d’envoi pour dispenser son sermon sur les vertus du fair-play ?
On ne sait si Mohamed Aïssa cultive une sincère conviction quant au pouvoir d’influence pacifiste de l’imam ou s’il entretient une stratégie d’hégémonie
doctrinaire dans tous les domaines de la vie sociale où l’opportunité se présente. On l’a vu intervenir, en janvier dernier, pour demander aux imams d’expliquer aux fidèles la pertinence de l’institutionnalisation du nouvel an amazigh.
Fin février, il leur demandait d’ouvrir des pages et des sites au nom de leurs mosquées et d’investir les réseaux… pour contrecarrer “les campagnes sectaires et mouvements athéistes qui tentent de remettre en cause la Guerre de libération et ses symboles, l’indépendance,… les réalisations et décisions de l’État”.
Dans ce cas-ci, les tifosis agressifs et bagarreurs dont il est question fréquentent, pour la plupart, la mosquée ? Et si la parole de l’imam, à supposer qu’elle prêche toujours dans le sens de la non-violence, était de quelque effet, il n’aurait pas eu besoin de les accompagner au stade pour les calmer.
On ignore à quel point les prédicateurs et sermonneurs algériens ont évolué depuis “la décennie noire”. Mais, il faut bien rappeler qu’au commencement, la légitimation de la violence physique a été l’œuvre d’entreprises religieuses. Par conviction ou par peur, l’idée de violence légitime, de violence justifiée par sa finalité, a pris place dans la mentalité nationale. Même si la violence d’État, qui sévit depuis l’indépendance, n’est pas étrangère au cumul d’agressivité et d’explosions sporadiques qui surviennent à tout propos, le discours religieux a grandement servi à répandre la culture de la violence qui altère notre société.
Même quand il est délivré à des enfants, à l’école, le discours religieux de petits cheikhs est souvent mâtiné d’incitation à la haine. Qu’importe la haine de qui, du juif, de l’athée ou du chiite… Quand un cœur devient capable de haine, l’agressivité peut cibler n’importe qui ; elle a besoin d’une cible. Et cela peut être le simple supporter de l’autre club !
Durant ce qu’on appelle la “décennie noire”, en faisant mine d’ignorer son effet structurant sur notre mental, combien de “convertis” ont ciblé leurs voisins, leurs collègues, leurs parents ? Dans la logique de la haine culturelle, et faute de mieux, on prend le premier “ennemi” disponible.
Le pouvoir ferme les yeux sur les dégâts du discours religieux, histoire d’imposer que la tentation de violence totalitaire est passée. Et de repartir de zéro, avant de procéder à l’examen des causes de cette tragédie. Jusqu’à la suivante ?

M. H.


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