Déclin

Si le public manifeste quelque chose envers la campagne pour les élections locales en cours, c’est son désintérêt. À peine si l’engagement des partis donne-t-il l’impression d’une animation de la scène politique. Mais cette campagne fait aussi parler d’elle à travers cette vacuité conceptuelle et cette espèce de raffinement dans la futilité dont rivalisent les candidats.
Pendant que les réseaux sociaux et les chaumières se rient de ces ersatz de communication politique, la “grande” politique continue aussi à faire des siennes. Surtout que les politiciens d’“envergure”, comme dit Aboudjerra Soltani, ne voient dans la “petite” élection locale que le prétexte pour leur positionnement en vue de la “grande”, l’élection présidentielle.
Soltani, justement, vient d’en profiter pour se rappeler à notre souvenir et au souvenir de qui de droit. Bien que n’ayant plus de responsabilité partisane ou gouvernementale depuis un certain temps, il ne perd pas le Nord. Puisque l’option de Chakib Khelil pour succéder à Bouteflika est dans l’air, l’ancien ministre des Affaires sociales se hâte de faire l’éloge de son collègue de l’Énergie.
Il se limitera, cependant, à lui trouver des qualités de Premier ministrable. Il n’est pas question d’insinuer une succession au Président en exercice et de prendre le risque de le mécontenter. Pour cela, l’ancien ministre du Travail et des Affaires sociales, aux temps troubles où s’épanouissait le groupe Khalifa, fait comme si l’Algérie avait un problème de Premier ministre, alors que cela fait bien longtemps qu’elle a un problème de Président.
Mais c’est peut-être la seule manière qu’il a trouvé de louer le possible successeur sans fâcher l’actuel Président qui, possiblement, se voit encore en prochain Président. Et parmi les qualités qui, selon l’ex-ministre, aujourd’hui converti à la pêche au thon et à la pisciculture, font de Chakib Khelil un bon Premier ministre, c’est celle de disposer d’un bon “réseau”. On ne sait à quel réseau pense Soltani. Ceux qu’on peut tisser avec les patrons douteux de Saipem, avec les banques accommodantes de Suisse et avec les trusts pétroliers américains ? Ce qui est sûr, c’est qu’il doit confondre l’Algérie, un État, une nation, avec une officine d’affairisme. Cela correspond bien à la conception bazardjie du pouvoir chez les Frères musulmans de voir dans leurs pays une base de maquignonnage.
Cela dit, et au-delà des soupçons d’indélicatesse, pour ne pas dire plus, qui pèsent sur Chakib Khelil et sur d’autres responsables, en particulier ceux ayant contribué à la formation du scandale Khalifa, si l’on a pu concevoir le long ministériat de Soltani, pourquoi n’envisagerait-on pas un Premier ministère, voire une Présidence Khelil ?
En matière d’“envergure”, pour reprendre le terme de Soltani, le pays est bien servi. Avec Saâdani, Ould Abbes, Tliba… Tous des gens de… réseaux, pour emprunter un autre terme à lui ! À force de régresser, la réflexion de nos notables politiques a fini par ne plus servir qu’à remplir les échanges amusés de nos internautes.
Inutile d’accabler les candidats aux élections locales. Ils ne sont que l’expression du déclin culturel national.

M. H.