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contrechamp / ACTUALITÉS

Défaillance médiatique et information participative


Le peuple en révolution retiendra qu’après la justice la presse aura été le grand déserteur de sa cause. Les manifestants nous le rappellent d’ailleurs régulièrement en des termes qui ne laissent aucun doute sur l’estime perdue de la profession. Même si la récrimination s’adresse essentiellement à la télévision, publique et privée, les slogans, nécessairement généralisateurs, ne prennent pas le temps de faire le tri entre les différentes “approches” qui cohabitent dans le large spectre médiatique national. L’état peu enviable de la presse algérienne est le résultat d’une stratification progressive de la construction médiatique. C’est le résultat, provisoire espérons-le, de l’affrontement continu entre l’aspiration citoyenne au droit de s’informer et de s’exprimer, d’un côté, et la volonté caractéristique du système de soumettre le peuple à sa pensée et sa vérité uniques, de l’autre. Longtemps installés dans le confortable dispositif de propagande qui tenait lieu de presse, les hommes du pouvoir ont vécu l’irruption de la presse privée comme un viol de l’intimité de sa pratique. De ce fait, la revendication des libertés d’expression et de la presse, qui s’est imposée dans la foulée de l’insurrection d’octobre 1988, n’a été satisfaite qu’à la marge, n’ayant concerné que la presse écrite.Malgré le multipartisme assumé — et manipulé —, le système ne s’est jamais accommodé de ce projecteur, pourtant à portée limitée, braqué sur les fautes, les abus et les crimes récurrents de ses hommes. Dès le lancement des quotidiens pionniers, au début des années 1990, et aux premières révélations répondirent les premières représailles. Prenant prétexte de la situation sécuritaire, le pouvoir a expérimenté, successivement ou en les combinant, tous les modes de sanction, de pression et de corruption aujourd’hui encore appliqués à la presse : harcèlement judiciaire des journalistes, allant jusqu’à l’emprisonnement, pression économique à travers l’ancien monopole d’impression, intrusion multiforme des services de sécurité dans l’activité de presse et même l’imprimatur, appliquée par le gouvernement Abdeslam ! La répression, la pression et le trafic d’influence ne suffisant pas, le pouvoir a créé sa propre “presse privée”. Profitant de ses largesses corruptrices, elle lui servira, en retour et jusqu’à maintenant, à noyer le peu de journalisme engagé ou éthique dans le brouillard de la désinformation entretenue par ces titres que lui-même a suscités !  Quand le clan Bouteflika, tenu par un engagement politique qui lui était préalable, dut concéder la concrétisation de l’ouverture du champ audiovisuel, il prit soin de reproduire le même procédé : tout en sélectionnant les promoteurs de ces chaînes, il a fait dépendre la rentabilité de ces organes de la générosité publique et oligarchique.
Pendant que ces télévisions et ces journaux asservis font l’embargo sur l’événement au cœur de la vie nationale — le mouvement populaire —, la presse de combat, se résumant à quelques journaux et sites électroniques, fait ce qu’elle peut. Une insuffisance largement compensée par “la presse citoyenne” que sont devenus les réseaux sociaux. À l’image du mouvement populaire, et conséquence de ce mouvement aussi, ne sommes-nous pas déjà entrés dans la civilisation de l’information participative ? 
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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