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contrechamp / ACTUALITÉS

Dégradation du cadre de vie et culture de l’insouciance

Selon le ministre de la Santé, les résultats partiels des analyses pour définir l’origine de l’épidémie de choléra incriminent les sources d’eau.
Bientôt, on en saura encore plus et on oubliera,  comme l’épisode du H1N1, dont les autorités ont commencé par dissimuler les faits de contamination avant de les reconnaître devant leur évidence. Mais tout en admettant la réalité du problème, le ministre a tenu à rassurer la population en rapportant que le président Bouteflika avait donné des instructions “fermes” et “urgentes” pour que les personnes atteintes de la maladie soient prises en charge. Comme si cette prise en charge ne coulait donc pas de source, sans mauvais jeu de mots, et qu’elle nécessitait l’intervention du chef de l’État.
Rien ne doit échapper à la machine de propagande à déclenchement automatique et qui peut transformer une catastrophe sanitaire ou un scandale de corruption ou de trafic de drogue en opportunité promotionnelle !
Qu’il dissimule les problèmes par son silence ou qu’il les assume avec fracas, le pouvoir est, dans tous les cas, en campagne. Et, dans tous les cas, gagnant : quand il réussit, parce qu’il a réussi, et quand il échoue, parce qu’il prend des victimes de sa mauvaise politique.
Puisque journaux, télés et réseaux sociaux ont “chauffé le bendir”, ils vont être servis : les mêmes canaux de communication qui ont crié au scandale de mauvaise gestion sanitaire vont devoir prendre en charge la promotion de la généreuse réaction de l’autorité politique.
Le choléra est une maladie qui a laissé des traces. Son évocation réveille vaguement en nous un traumatisme. Un faux traumatisme, parce que pour se traumatiser, il faut se rappeler. Et nous, ce n’est pas la mémoire qui nous étouffe. Ni l’hygiène. Si nous avons pu ressusciter le choléra et d’autres maux disparus, comme la typhoïde ou la tuberculose, c’est juste parce que nous profitons rageusement de la liberté de piétiner et d’abîmer que le pouvoir bienveillant nous a concédée. Tout ce que vous ne pouvez pas  accaparer, vous pouvez le dégrader. Ou le détruire. La pollution généralisée dont nous sommes coupables et qui, en dernière analyse, est la cause de ce genre de maladies, découle de cette philosophie : parce que chacun ne contribue qu’en partie à la détérioration globale aucun ne s’en estime particulièrement responsable.
État et citoyens regardent l’immense déficit en assainissement des eaux usées, la multiplication des décharges sauvages et l’absence de culture de l’hygiène sur la voie publique avec une indifférence partagée. Tant que la propreté n’est pas élevée au rang de valeur et décrétée question d’ordre public, nous continuerons à fréquenter les mêmes bactéries que les rats. Sauf que les rats en sont immunisés.
Le choléra ne nous alarme peut-être que par l’image pêchée dans les films de ces processions de chariots funèbres vers les fosses communes collectives. Réaction émotive qui passera en même temps qu’épisode sanitaire.
En ce week-end où la maladie faisait controverse, la route a tué… treize personnes et blessé cinquante-trois autres ! Et si cela nous émeut si peu, est-ce parce que, contrairement à la médiévale maladie du choléra, l’accident de la route est, une façon moderne de mourir ?


M. H.


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