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contrechamp / ACTUALITÉS

Démocratie et culture

C’est devant “les Sages” — c’est ainsi qu’on surnomme l’assemblée des sénateurs dans les démocraties — que le ministre est allé insulter les millions d’Algériens qui, depuis plus de neuf mois, usent leur temps et leurs forces à exiger un changement de système. 
S’il restait un doute sur le niveau de dégénérescence éthique et politique de ce qui nous tient lieu d’institutions, Dahmoune, par cette saillie, vient de le chasser. Et il vient de faire la démonstration du fait que cette déchéance morale est globale et est partagée par l’intégralité de ce système : aucun des augustes membres de la “haute chambre” ne s’est offusqué de voir son temple éclaboussé par tant d’insanités à l’endroit du peuple qu’il est supposé représenter ! Pas même le président de chambre, “deuxième homme de l’État” !
En allant puiser dans le langage outrageant les termes de “pseudo Algériens”, de “traîtres”, de “pervers” pour nous en accabler, le ministre, outre qu’il illustre la décadence culturelle qui a altéré les sphères du pouvoir et des affaires en Algérie, exprime le désarroi de fin de règne des rescapés du régime déchu désespérément agrippés à ses débris qui flottent encore.  Quand un ministre de la sécurité use du terme homosexuel comme d’une insulte, ce n’est pas pour nos concitoyens et concitoyennes homosexuels qu’on devrait avoir de la pitié. Car la dignité n’est pas dans la “bonne” orientation sexuelle qui, elle, ne se choisit pas, même si l’ignorance persiste à le faire croire ; la dignité est dans l’aptitude à se donner des principes et des convictions et à ne jamais les vendre. Même assuré d’être du côté de la force et se croyant protégé par elle, monsieur le ministre devrait méditer l’Histoire politique toute récente du pays. Elle est un livre ouvert sur la précarité de la position tenue par cette force.
On peut comprendre que, dans la pratique politique, l’on veuille déconsidérer la consistance politique ou numérique de l’adversaire, voire le néantiser. Dans le cas du mouvement populaire, le pouvoir a souvent présenté les manifestations comme une agitation marginale de citoyens manipulés ou gagnés à l’infidélité patriotique, mais c’est la première fois qu’un membre du gouvernement se laisse aller à lâcher une telle volée d’injures contre des gouvernés.
Mais, encore une fois, ce n’est qu’une des manifestations de la crise aiguë du système. Dans les systèmes non démocratiques, il n’existe pas de règles d’encadrement des alternances. Les moments de changement y sont 
toujours des moments de déchirement. Alors qu’en démocratie, il y a un protocole de succession qui organise et banalise les alternances. Parfois difficiles à vivre pour les partants parce qu’elles sont aussi l’échec de certains et le triomphe d’autres. Comment voulez-vous qu’un personnel promu par des voies ne comportant aucune règle du jeu puisse repartir avec la grâce d’un responsable qui a accompli sa mission ? Par nature, la démocratie est élégance et la dictature est brutalié.
Finalement, “l’incident” ne fait que confirmer que la démocratie est un fait essentiellement culturel, civilisationnel.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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