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contrechamp / ACTUALITÉS

Démocratie et intolérance

Des Tunisois ont manifesté dimanche devant le ministère du Tourisme — à quelques mètres du ministère de l’Intérieur — pour dénoncer la fermeture de jour des cafés et restaurants durant le Ramadhan et pour protester contre le harcèlement des non-jeûneurs.
À chaque fois qu’un pays musulman est contraint par les luttes populaires à s’ouvrir au multipartisme, le même scénario semble se reproduire : le pouvoir qui succède au régime du parti unique s’emploie en priorité à se concilier les islamistes, contraignant la population à un plus grand rigorisme religieux plus sévère qu’avant… l’ouverture. Le régime “démocratique” tunisien ne déroge pas à la règle : il a tôt fait de donner des gages de piété aux mouvements islamistes en fermant les bars, cafés et restaurants traditionnellement ouverts en période de jeûne et en réprimant les non-jeûneurs. Pourtant, en Tunisie, la liberté de culte et la liberté de conscience sont inscrites dans la Constitution. Comme en Algérie.
À l’origine de ce zèle pro-religieux de la part des régimes “démocratiques” musulmans, il y a la peur que suscite en eux la violence potentielle des islamistes. De ce fait, ils préfèrent s’attaquer à des libertés auxquelles sont attachés des citoyens légalistes et pacifiques, physiquement inoffensifs, que d’affronter des intégristes belliqueux en assumant de défendre les droits constitutionnels des citoyens. Pourtant, la lutte pour la promotion de ces droits est à l’origine de l’avènement des régimes post-parti unique !
Le ministre de l’Intérieur tunisien, en justifiant l’interdiction de la manifestation des non-jeûneurs par le fait que ce mouvement de protestation pourrait “provoquer la fureur des extrémistes” et “des réactions violentes qui les mettraient en danger”, reconnaît qu’il cède à la terreur islamiste. En terre d’islam, celle-ci vient, invariablement, contrecarrer les processus de libération démocratique enclenchées par les révoltes populaires.
Les valeurs de droit, de liberté et de tolérance inscrites au fronton de la République volent alors en éclats. Et les textes qu’elles ont inspiré remplissent les tiroirs des institutions et n’en ressortent que pour agrémenter les discours de circonstance. Et, à l’occasion, les dirigeants concernés peuvent même surenchérir sur leur niveau d’ouverture démocratique. Ainsi, le régime algérien n’a pas hésité à récupérer l’adoption par les Nations unies de “la journée internationale du vivre ensemble en paix” dont l’idée a été émise par le chef de la zaouïa alaouïa.
Mais quel “vivre ensemble” si, au moment de sa commémoration, à Akbou, des concitoyens étaient soumis à une procédure judiciaire parce qu’ils ont adopté le rite ahmadi qui, sans explication, est présenté comme un si dangereux credo ? Plus dangereux que le wahhabisme dominant ? Quelle tolérance, s’il faut cacher ses convictions parce qu’elles contredisent le dogme régnant, s’il faut se faire discret pour sa foi quand elle est minoritaire, s’il faut raser les murs quand sa peau n’est pas de la bonne couleur ?
Que peuvent les lois et les institutions pour les libertés, si ceux qui en ont la charge sont, par culture ou par calcul, intolérants ?


M. H.


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