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contrechamp / ACTUALITÉS

Démocrature

À la fin de la semaine dernière, les pouvoirs publics ont fermé des locaux d’association et des lieux de culte protestants dans la région d’Oran.
À y regarder de près, la répression des libertés publiques constitue le domaine où le pouvoir aura le plus innové. Nul doute qu’il faille un réel effort d’engineering restrictif pour pouvoir, ainsi, étouffer des droits et des libertés, par ailleurs, garantis par la Constitution, consignés dans des pactes internationaux ratifiés et encadrés par la loi. Et cet effort est consenti inlassablement et avec un certain talent, il faut le reconnaître.
Cet attachement à la forme, que contredit une répression soutenue du fond, vient de ce qu’il importe beaucoup à notre pouvoir d’être rangé dans la classe des régimes démocratiques, amis, sans avoir à en souffrir le moindre désagrément. Ni une opposition politique qui pourrait l’importuner ou s’employer à le destituer, ni une classe laborieuse organisée qui pourrait peser sur les termes des rapports sociaux, ni une société civile autonome et entreprenante qui l’interpellerait, ni même des investisseurs affranchis de son obédience… Tout le génie de notre “démocrature” consiste donc à entretenir un système de dictature conditionné dans un emballage de République démocratique.
Depuis une vingtaine d’années, l’Algérie s’est transformée en un terrain d’expérimentation du fonctionnement démocratique détourné. À commencer par le scrutin, entièrement contrôlé par des institutions mises au service politique exclusif du pouvoir en place. D’ailleurs, l’opposant politique et le contestataire social sont perçus par l’agent du service public comme des éléments séditieux menaçant la “stabilité” — c’est-à-dire le statu quo — que le pouvoir a décrétée comme indispensable à notre bonheur.
La seconde “tâche immédiate des Soviets” était de contenir la liberté d’expression illustrée par la diversité de tons émanant des multiples titres de presse créés au lendemain de la promulgation de la loi sur l’information post-Octobre 1988. Harcèlement judiciaire, fermeture administrative, imprimatur, répression économique, pénalisation du délit de presse, financement indirect de journaux de complaisance et de louange, chantage à la publicité des institutions et entreprises publiques et même privées… Le tout dans le cadre revendiqué d’une liberté de presse légalisée ! Ne parlons pas de ce qui se fait de “l’ouverture du champ audiovisuel”. Le spectacle est parlant !
La vie associative, pareillement soumise à l’agrément, a été le prétexte à des prouesses de “répression douce”. D’abord, par le jeu subvention, ensuite, le dossier qu’on refuse de réceptionner ou qu’on réceptionne sans délivrer le récépissé de dépôt, enfin, le dossier qu’on n’accepte ni ne refuse. Et l’on vient d’inventer la répression par la fermeture de local.
Il reste, quand même, quelques Algériens encore convaincus de leur incapacité à influer sur le cours de leur pays en exerçant leurs droits civiques et politiques dans un système prétendument démocratique. Les autres ont réagi à ce paradoxe de la “démocrature”, soit en se convertissant en clientèle d’un pouvoir qu’ils ne pourront ni infléchir ni déloger par la voie institutionnelle, soit en se murant dans l’abstention désespérée.

M. H.


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