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contrechamp / ACTUALITÉS

Échouer, et en silence

Un économiste, le professeur Lalmas, a ainsi expliqué l’unanimité du personnel politique autour du plan d’action d’Ouyahia : quand on prend place dans les institutions, c’est pour toujours approuver les initiatives du pouvoir qui vous a promu. Il ne sert donc à rien d’être compétent si le système est ainsi conçu de sorte que les “responsables” et “experts” ne puissent pas y faire valoir leurs points de vue.
Comment peut-il en être autrement dans un système où le détenteur de la décision pourvoit à sa guise aux besoins des institutions en personnel. Y compris pour le personnel des institutions à vocation de contre-pouvoir, comme le Parlement, la justice et les organes “indépendants” d’arbitrage, tels que le Conseil constitutionnel ou la Banque d’Algérie. Dans la pratique, les principes d’élection et d’inamovibilité garantissant l’indépendance de ces assemblées et instances sont, en effet, “adaptés” au besoin d’unanimité du pouvoir total. Au moment de rallier le cénacle, le nouveau promu sait que, là-bas, on parle d’une seule voix. C’est pour cela qu’en Algérie, quand on va vers la catastrophe, on y va dans une harmonie que perturbent à peine quelques oppositions réduites à leur minimum symbolique. Une contestation à peine perceptible, car ces oppositions sont maintenues dans un état d’atrophie qui les empêche d’influer sur le cours des choses. Elles sont en même temps contenues dans une existence marginale mais utile en ce qu’elle constitue un gage de vie “démocratique”.
Dans le débat télévisé, un député du RND donnait la réplique à l’économiste, en bon choriste du discours unique. Et avec l’aplomb qui sied à ce rôle, il appuyait que c’est bien la compétence qui présidait au choix des responsables et de leurs conseillers. Mais sans expliquer la parfaite uniformité du chorus officiel. Une uniformité qui ne souffre d’aucun doute, même pas lorsque les décisions politiques se succèdent et se contredisent.
Il ne suffit cependant pas au pouvoir de s’entourer d’unanimité et d’unité de pensée dans son sérail et à sa périphérie clientéliste. Il veille à ce que la société se garde de produire de la pensée divergente. Quand la contradiction et la raison autonome deviennent insupportables pour le pouvoir, il passe à la répression. On peut d’ailleurs observer comment la censure progresse à vue d’œil : le café littéraire d’Aokas ; ensuite celui de Béjaïa ; puis le Salon international du livre d’Alger…
Les espaces de vie intellectuelle indisposent, de plus en plus, un régime contraint de recourir à l’irrationnel pour “rattraper” sa trop longue ère de gabegie. L’absurdité de sa solution est en correspondance avec l’ampleur de son fiasco. Au lieu de prendre acte du fourvoiement national et reprendre, enfin, le chemin de la rigueur économique — puisque c’est le sujet, mais la démarche vaut pour tous les domaines de la vie nationale —, le régime se lance dans une suicidaire fuite en avant.
C’est ce choix de l’aventure qui obligera le pouvoir à plus de répression de la pensée. Il n’a plus que l’option de taire les avis qui dénoncent ce choix qui, pour faire l’unanimité sonore dans le sérail, fait aussi l’unanimité silencieuse quant à sa dangerosité. Le progrès ne peut reposer sur l’omerta.

M. H.


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